13 février 2025

Le Coin de la Conjoncture – croissance – emploi – commerce extérieur

La France échappe à la récession

La récession se matérialise par le recul durant deux trimestres successifs du PIB. Pour la France, celui-ci a reculé de 0,1 point au quatrième trimestre 2024 mais selon les dernières prévisions de la Banque de France, il pourrait augmenter de 0,1 à 0,2 point au cours du premier trimestre 2025. Malgré tout, l’activité resterait relativement atone.

En janvier, après deux mois à l’étale, l’activité s’améliore dans l’industrie, à un rythme plus élevé que ce qui avait été anticipé par les chefs d’entreprise le mois dernier. La situation s’améliore dans l’automobile, l’habillement‑textile‑chaussure, et les produits informatiques‑électroniques‑optiques. Les chefs d’entreprise de ces secteurs mettent en avant un effet de rattrapage du mois de décembre marqué par des fermetures de sites plus longues qu’habituellement. La hausse dans la pharmacie se confirme. L’agroalimentaire continue de progresser (commandes hors Europe notamment dans la perspective éventuelle de tensions futures sur les droits de douane). À l’opposé, la métallurgie recule pour le quatrième mois consécutif. Les équipements électriques sont en retrait aussi, dans une moindre mesure.

Le taux d’utilisation des capacités de production (TUC) pour l’ensemble de l’industrie s’élevait en janvier, à 75,4 % (après un point bas à 73,7 % en décembre), revenant au niveau d’octobre mais toujours en deçà de sa moyenne de long terme. L’indicateur remonte dans la majorité des sous‑secteurs, dont l’habillement‑textile‑chaussure (+ 4 points), l’automobile (+ 3 points) et les produits informatiques‑électroniques‑optiques (+ 2 points).

 Dans les services marchands, l’activité progresse plus rapidement qu’anticipée en janvier par les chefs d’entreprise. L’activité se redresse notamment dans les services d’information et s’amplifie dans le nettoyage et l’édition. Elle continue de se relever dans la restauration. Elle est étale dans le transport et entreposage (après un mois de décembre soutenu par les livraisons des achats de Noël en ligne) ainsi que dans le travail temporaire. Seul le segment de la programmation est en recul.

Dans le bâtiment, l’activité est en hausse en janvier tant dans le gros œuvre que dans le second œuvre, après un mois de décembre en recul avec l’arrêt des chantiers plus marqué qu’habituellement.

En février, selon les anticipations des industriels, l’activité évoluerait peu. Elle serait en progression  dans l’aéronautique et les autres produits industriels ainsi que dans les produits électroniques‑informatiques‑optiques. Elle reculerait dans la chimie et le bois‑papier‑imprimerie. L’activité resterait en baisse dans la métallurgie, pénalisée par la faible demande de l’automobile et la concurrence étrangère (chinoise en particulier).

Dans les services marchands, après un mois de janvier bien orienté, l’activité ralentirait sensiblement. Elle resterait orientée à la hausse dans l’édition, la location, l’hébergement et la plupart des services aux entreprises (dont l’ingénierie, les activités juridiques et comptables, les services d’information). Elle reculerait en revanche, dans les activités de loisirs, de services à la personne et le transport et entreposage.

Dans le bâtiment, un nouveau recul est attendu notamment avec la baisse de l’activité pour  le gros œuvre.

En janvier, les difficultés d’approvisionnement dans l’industrie sont globalement stables par rapport au mois précédent, à un niveau relativement bas (9 % des entreprises les mentionnent, – 1 point par rapport à décembre). Dans l’industrie, les prix des matières premières sont jugés en légère baisse par les chefs d’entreprise. Ainsi, ils reculeraient sensiblement dans l’automobile, l’habillement‑textile‑chaussure et dans les produits informatiques‑électroniques‑optiques. Le solde d’opinion sur les prix de produits finis 1, légèrement positif, est stable par rapport à décembre, avec des mouvements hétérogènes entre sous‑secteurs : tendance à la baisse dans les machines et équipements et la chimie, et à la hausse dans l’agroalimentaire et la pharmacie.

En janvier, 26 % des chefs d’entreprise ont indiqué être confronté à des difficultés de recrutement, soit une détente de 4 points par rapport à décembre. Cette proportion diminue plus particulièrement ce mois‑ci dans les services marchands.

Sur la base des informations de l’enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France, complétée par d’autres données disponibles (indices de production dans l’industrie, enquêtes de l’Insee, ainsi que données à haute fréquence), le PIB devrait progresser au premier trimestre, de 0,1 % à 0,2 %. La valeur ajoutée dans les services marchands serait en hausse après le repli ponctuel observé au trimestre précédent, et augmenterait de nouveau dans le secteur de l’énergie. La valeur ajoutée dans l’industrie manufacturière serait stable. La construction connaîtrait un nouveau recul, mais moins marqué qu’au trimestre précédent. L’économie française est de plus en plus touchée par la stagnation de celle de son principal partenaire, l’Allemagne. La crise de cette dernière ponctionnerait le PIB en 2025, en France, d’au moins 0,1 point.

Légère baisse du taux de chômage en France en fin d’année 2024

Au quatrième trimestre 2024, le nombre de chômeurs en France (hors Mayotte) au sens du Bureau international du travail (BIT) diminue, selon l’INSEE, de 63 000 par rapport au trimestre précédent, à 2,3 millions de personnes. Le taux de chômage est quasi stable (-0,1 point) à 7,3 % de la population active et retrouve son niveau du deuxième trimestre 2024. Il demeure légèrement supérieur à son précédent point bas depuis 1982 (7,1 % au quatrième trimestre 2022 et au premier trimestre 2023). Il est inférieur de 3,2 points par rapport à son record de la mi-2015. Le résultat du dernier trimestre 2024 est encourageant. Malgré la diminution du PIB au dernier trimestre, le chômage ne s’est pas accru. Les importants départs à la retraite contribue à son maintien à un niveau faible.

Baisse du chômage des jeunes

Au cours du dernier trimestre, le taux de chômage des 15-24 ans a diminué de 0,8 point après une hausse de 2,0 points au trimestre précédent. Il s’élève à 19,0 %, 1,4 point au-dessus de son niveau d’un an auparavant. Pour les 25-49 ans, le taux de chômage diminue de 0,1 point sur le trimestre, à 6,5 %, portant à 0,5 point la baisse sur un an.  Le taux de chômage des plus de 50 ans est en légère hausse, +0,1 point après -0,3 point. Il s’élève à 4,8 % et se situe 0,3 point au-dessous de son niveau d’un an auparavant.

Sur le trimestre, le taux de chômage des femmes est quasi stable (-0,1 point), à 7,1 %, quand celui des hommes diminue de 0,2 point, à 7,5 %

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Cercle de l’Epargne – données INSEE

Forte hausse du halo autour du chômage

Parmi les personnes inactives au sens du BIT, 2,0 millions souhaitent un emploi sans être considérées au chômage parce qu’elles ne recherchent pas d’emploi ou ne sont pas disponibles. Elles constituent le halo autour du chômage. Ce nombre a augmenté de 138 000 au cours du dernier trimestre et de 93 000 sur un an.

Stabilité du  taux de chômage de longue durée

Parmi les chômeurs, 542 000 personnes en moyenne déclarent au quatrième trimestre 2024 être sans emploi et en rechercher un depuis au moins un an, soit 8 000 de plus qu’au trimestre précédent. Le taux de chômage de longue durée s’élevait au dernier trimestre 2024 à 1,7 % et est stable sur un an (-0,1 point). Il demeure ainsi inférieur à son niveau de fin 2019, de 0,5 point.

Baisse du taux d’emploi des 15-64 ans

En moyenne au quatrième trimestre 2024, le taux d’emploi des 15-64 ans a diminué de 0,2 point sur le trimestre, à 68,9 %. Il demeure supérieur de 0,4 point à son niveau d’un an auparavant.

Pour les 15-24 ans, le taux d’emploi est en baisse  de 0,7 point, à 33,7 %, portant à 1,6 point la baisse sur un an. Le repli de l’emploi des jeunes depuis deux trimestres fait suite à une période de hausse marquée entre 2019 et 2023, portée notamment par la forte croissance de l’apprentissage. Au quatrième trimestre, le taux d’emploi des jeunes reste supérieur à son niveau d’avant-crise sanitaire (+3,9 points par rapport au quatrième trimestre 2019).

Pour les 25-49 ans, le taux d’emploi est quasi stable sur le trimestre (-0,1 point), à 82,8 %, un niveau supérieur de 0,4 point à celui de fin 2023.

Pour les seniors âgés de 50-64 ans, le taux d’emploi est stable à 68,8 % , soit 1,6 point de plus qu’un an auparavant et son plus haut niveau depuis que l’Insee le mesure (1975). La montée en puissance de la réforme des retraites explique cette évolution. Le taux d’emploi des 55-64 ans augmente, en particulier, de 0,1 point sur le trimestre, à 60,9 %, et de 2,0 points sur un an.

La part du temps partiel dans l’emploi stable

Au quatrième trimestre 2024, le taux d’emploi à temps complet diminue de 0,2 point sur le trimestre, à 57,3 %, mais demeure au-dessus de son niveau d’un an auparavant de 0,2 point. Le taux d’emploi à temps partiel est stable sur le trimestre, à 11,6 %, et en hausse de 0,2 point sur un an. La part du temps partiel dans l’emploi s’élève à 17,6 %. Cette part est supérieure à son niveau d’un an auparavant (+0,1 point), mais inférieure de 1,2 point à son niveau de fin 2019.

Le sous-emploi stable sur le trimestre

Au quatrième trimestre 2024, 4,4 % des personnes en emploi sont en situation de sous-emploi. Cette part est quasi stable sur le trimestre (+0,1 point) et sur un an (-0,1 point), et se situe 1,5 point au-dessous de son niveau de fin 2019.

Au quatrième trimestre 2024, le nombre moyen d’heures travaillées par emploi est stable à 31,1 heures par semaine (en données corrigées des variations saisonnières et des effets calendaires). Il se situe à peine au-dessous de son niveau d’un an auparavant (31,2 heures par semaine au quatrième trimestre 2023). Depuis mi-2022, le nombre d’heures travaillées s’est stabilisé à un niveau similaire à celui observé avant la crise sanitaire (31,3 heures au quatrième trimestre 2019).

Le taux d’emploi en CDI se replie

Le taux d’emploi en contrat à durée indéterminée (CDI) des 15-64 ans diminue de 0,3 point sur le trimestre, à 50,8 %. Le taux d’emploi en contrat à durée limitée (CDD et intérim) est quasi stable (-0,1 point) sur le trimestre et sur un an, à 6,5 %. Le taux d’emploi indépendant augmente de 0,1 point sur le trimestre, à 8,9 %, portant la hausse à 0,5 point sur un an. Le taux d’emploi en alternance augmente  de 0,1 point sur le trimestre, à 2,4 %, et retrouve son niveau de fin 2023.

Le taux d’activité des 15-64 ans en baisse

Le taux d’activité des 15-64 ans recule de 0,3 point sur le trimestre, à 74,4 %, après +0,2 point au trimestre précédent. Il se situe 0,2 point au-dessus de son niveau du quatrième trimestre 2023 et 1,6 point au-dessus de son niveau de fin 2019

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La part des jeunes ni en emploi ni en formation en hausse

Au quatrième trimestre 2024, la part des jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études (NEET) augmente de 0,7 point, à 12,8 %, après une baisse de 0,4 point au trimestre précédent.

Les échanges extérieurs de la France : amélioration dans le déficit

Le déficit commercial de la France sur les échanges de marchandises s’est élevé à 81 milliards d’euros en 2024 selon les statistiques publiées par les Douanes, contre  100 milliards d’euros en 2023 et 163 milliards d’euros en 2022. Le recul des importations en valeur a contribué à la majorité du gain. L’amélioration du solde en 2024 s’explique, en effet, par le recul du prix de l’énergie. La facture énergétique s’est allégée de plus de 13 milliards d’euros, à 55,6 milliards. La diminution des importations est également imputable à la baisse de l’investissement des entreprises et au faible dynamisme de la consommation des ménages/

Les exportations ont également diminué de 1,6 %, à 598,3 milliards d’euros, pénalisées par le ralentissement de l’activité chez nos partenaires commerciaux. Les ventes d’automobiles, d’hydrocarbures et de certains produits manufacturés (équipements mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique, etc.) se sont en retrait, selon les Douanes. Les parts de marché de la France à l’exportation ont baissé de 0,1 point, ce qui porte à 0,4 point la perte enregistrée depuis 2019, avant l’épidémie de Covid. Cette année-là, le déficit extérieur s’était élevé à 59 milliards d’euros.

Hors énergie, le solde manufacturier s’est amélioré de 10,5 milliards d’euros en 2024, grâce au dynamisme de plusieurs secteurs dont la pharmacie et les produits de luxe dont l’excédent a atteint un niveau record à 17,3 milliards, porté par les parfums et les cosmétiques. En raison des difficulté de la filière automobile, le solde des « matériels de transport » s’est dégradé à 4,9 milliards d’euros. La hausse des ventes de l’aéronautique, moteur traditionnel des exportations hexagonales, a freinée par les difficultés d’approvisionnement d’Airbus et par le fait que les usines de montage final sont de plus en plus hors de la France. L’excédent du secteur agricole est également en baisse. Il a reculé de 700 millions d’euros, pénalisé par les mauvaises récoltes de céréales, tandis que celui des industries agroalimentaires a perdu un milliard d’euros, dont 500 millions d’euros liés au seul poste des boissons.

Sur le plan géographique, la France a réduit le déficit de ses échanges avec l’Union européenne, son premier partenaire commercial. A 35,8 milliards d’euros, soit 10 milliards de moins qu’en 2023, il affiche « son meilleur niveau depuis 2009 ».  Son solde s’est aussi amélioré avec l’Asie. Le déficit avec les Etats-Unis est en légère baisse mais atteint 6 milliards d’euros quand jusqu’en 2021 la France enregistrait avec ce pays des excédents.

En 2024, les échanges de services ont néanmoins permis de compenser en partie le déficit commercial. Grâce aux recettes de tourisme apportées par les Jeux Olympiques de Paris et par les services financiers, ils ont affiché leur deuxième plus fort excédent historique – après celui de 2022 – à 49,7 milliards d’euros, selon les données de la Banque de France, soit 14,5 milliards de plus qu’en 2023.

Malgré le déficit, pour la deuxième année consécutive, le commerce extérieur contribue positivement à la croissance du PIB. En 2024, il a même été le premier moteur, contribuant à hauteur de 0,9 point à la hausse du PIB évaluée à 1,1 %.