20 février 2026

Economie – Etats-Unis – France

L’éternel déclin annoncé de l’Amérique… et si cette fois était différente ?

Les États-Unis, depuis la fin des années 1960, sont régulièrement annoncés comme appelés à connaître une grave crise conduisant à leur déclin. Cette prémonition ne s’est jamais réalisée. Les Américains ont même réussi, ces deux dernières décennies, à creuser un écart significatif avec l’Europe. À l’exception de 2020, avec la crise du Covid, la croissance, depuis la crise financière de 2008, surprend par sa constance. L’économie américaine semble ainsi contredire la théorie des cycles selon laquelle une période de sept à huit ans de croissance constituerait un maximum.

Avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, des voix s’élèvent pour évoquer la survenue d’une possible crise économique et financière aux États-Unis. Fantasmes ou risques réels ?

Un déficit public extrêmement élevé pourrait apparaître à partir de 2026, malgré les recettes liées aux droits de douane, en raison des baisses d’impôts prévues dans le cadre du « One Big Beautiful Bill Act ». Le risque est identifié : hausse des taux d’intérêt à long terme sous l’effet des déficits publics et d’une possible perte de crédibilité de la Réserve fédérale ; ralentissement de la croissance lié à la diminution des dépenses de recherche et à la réduction de l’immigration ; ces deux évolutions pouvant déclencher une correction majeure des valorisations boursières.

La politique économique de Donald Trump est iconoclaste. Elle repose sur l’idée que les importations seraient responsables de la désindustrialisation et d’une perte de valeur majeure pour les États-Unis. Par ailleurs, l’immigration est accusée de peser sur les salaires et de nuire au pouvoir d’achat des Américains. Dans ce cadre, Donald Trump a décidé de relever significativement les droits de douane et de lutter contre l’immigration. Il souhaite également que la banque centrale abaisse ses taux directeurs afin de soutenir la croissance.

Les droits de douane sont, par nature, inflationnistes et défavorables à la croissance. Conscient du problème, le président américain a annoncé la redistribution aux ménages des gains issus des droits de douane. La réduction de l’immigration pèse également sur la croissance potentielle et favorise la hausse des prix. Certes, pour le moment, le président peut mettre en avant le maintien d’une croissance à un niveau correct. Il conviendra néanmoins d’en mesurer les effets sur une année pleine.

La tentative de prise de contrôle de la Réserve fédérale peut entraîner une perte réelle de crédibilité pour cette institution. Donald Trump a engagé des procédures judiciaires contre Lisa Cook et Jerome Powell, ce qui constitue un précédent dans l’histoire récente de la banque centrale. Il souhaite une forte baisse des taux directeurs malgré les menaces inflationnistes liées à sa politique. La Fed a en partie répondu à ses attentes en réduisant, à plusieurs reprises, ses taux et en rouvrant le canal du quantitative easing avec des rachats de Treasuries.

Une remise en cause de l’indépendance de la Fed pourrait conduire les investisseurs étrangers à réduire leur exposition en dollars. Depuis quelques mois, la demande en titres publics américains se contracte légèrement, ce qui contribue à la baisse du dollar. Si, pour le moment, cette évolution n’est pas problématique, elle pourrait le devenir en cas de politique monétaire erratique. Le dollar conserve l’avantage de ne guère avoir de concurrent crédible, mais un effritement progressif de sa position dominante n’est pas exclu. Une moindre demande d’actifs en dollars pourrait compliquer le financement de la dette publique et aboutir à une hausse des taux d’intérêt, à rebours de l’objectif poursuivi par le président américain. Cette hausse pourrait être accentuée par le tarissement des flux de capitaux en raison de l’augmentation des besoins de financement au Japon et en Europe.

Le marché financier américain commence à susciter des interrogations en raison de la valorisation élevée des entreprises, notamment dans le secteur de l’information et de la communication. Les ratios cours/bénéfices des entreprises du S&P 500 atteignent des niveaux comparables à ceux observés avant l’éclatement de la bulle Internet. Une correction pourrait intervenir dans un contexte financier plus incertain et une croissance plus terne. La diminution des capitaux étrangers, investis massivement ces dernières années dans les entreprises américaines, pourrait provoquer un reflux rapide des cours boursiers. Or, aux États-Unis, une baisse rapide des marchés actions affecte directement la demande interne : ménages et entreprises réduisent alors leur consommation et leurs investissements.

Par ailleurs, le président américain a décidé de réduire les budgets des agences fédérales de recherche. La diminution est moins forte que prévu en raison de la résistance du Sénat : le budget de la NASA ne baisse que de 2 %, celui de la National Science Foundation de 4 %, tandis que celui du National Institutes of Health augmente en 2026. Malgré tout, la réduction des crédits de recherche constitue un facteur susceptible d’affaiblir à terme la compétitivité de l’économie américaine, dont la force repose sur l’articulation entre recherche publique et recherche privée.

Avec le « One Big Beautiful Bill Act », Donald Trump accroît les dépenses publiques tout en réduisant certains impôts, ce qui entraîne un gonflement du déficit. Celui-ci pourrait passer de 5,9 % du PIB en 2025 à 7 % en 2026. Les promesses d’augmentation des dépenses militaires et de redistribution des recettes issues des droits de douane amplifieraient cette dérive. En outre, si la Cour suprême annulait les droits de douane – qui rapporteraient 250 milliards de dollars en année pleine – le déficit public des États-Unis pourrait dépasser 8 % du PIB en 2026.

Plusieurs enchaînements pourraient ainsi peser lourdement sur l’économie américaine dans les prochains mois. La hausse des déficits publics, la perte de crédibilité de la Réserve fédérale et le recul des achats de dette américaine par les non-résidents favoriseraient une remontée des taux d’intérêt. Tous ces facteurs peuvent contribuer à un ralentissement de l’activité, d’autant que la réduction de l’immigration et la contraction des dépenses publiques de recherche pèseraient sur la croissance potentielle. Une crise pourrait alors s’autoalimenter, surtout en cas de chute des marchés boursiers.

Quelle politique économique pour la France ?

C’est un peu comme pour la composition de l’équipe de France de football, tout le monde a un avis sur le contenu de la politique économique à mettre en œuvre. Beaucoup rêvent du grand soir mais peu savent comment y parvenir. Certains estiment que les dépenses publiques peuvent être réduits d’un coup de baguette magique, d’autres qu’il suffit d’augmenter les impôts en particulier sur les riches pour résoudre tous les problèmes. Le rendez-vous de 2027 pourrait se transformer rapidement en miroir aux alouettes sachant qu’en France, depuis quarante ans, toutes les campagnes présidentielles ont donné lieu à des concours Lépine de la démagogie.

Depuis une dizaine d’années, les politiques qui ont été menées par les différents gouvernements, contrairement au ressenti de la population ont été centrées sur la préservation du pouvoir d’achat. A l’exception de 2020 et de 2023, depuis 2015, le revenu disponible brut réel a augmenté. Cette situation est la conséquence de l’indexation des pensions de retraite et des prestations sociale. La création de la prime pour l’emploi ou de la prime de la valeur ajoutée défiscalisée obéit  à la logique de maintien du pouvoir d’achat. La conséquence a été l’aggravation du déficit de la Sécurité sociale et de celui de l’Etat. 50 % de l’aggravation de la dette publique depuis 2017 est imputable au vieillissement démographique. Au niveau des impôts, plusieurs allègements ont été adoptés dont la suppression de la taxe d’habitation ou de la redevance audiovisuelle.

La préférence donnée à la redistribution s’illustre également par la préférence donnée au non-travail. Le taux d’emploi a progressé de 2016 à 2024 (hors période covid) en passant de 65 à 69,5 % mais depuis le milieu de l’année 2025, il stagne. La suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2027 ne permettra pas une augmentation de ce taux. Le niveau de formation des actifs est relativement médiocre et ne favorise pas l’obtention de gains de productivité. Sur la période 2017/2025, la productivité a reculé. Une légère amélioration a été enregistrée en 2025, les entreprises ayant ajusté leurs effectifs à la baisse. Entre 2002 et 2025, la productivité a augmenté de 35 % aux Etats-Unis, de 15 % dans l’ensemble de la zone euro et de 10 % en France.

Pour endiguer la hausse du déficit budgétaire, les gouvernements ont avant tout opté depuis 2024 pour l’augmentation de la pression fiscale sur les entreprises. Une surtaxe d’impôt sur les bénéfices des sociétés, touchant les 300 plus grandes entreprises, avec un rendement attendu de 7,5 milliards d’euros  a été instituée. La baisse de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) a été annulée. Le programme France 2030, un programme de soutien à l’innovation et aux industries du futur a été revu à la baisse.

Les pays ayant réussi à assainir en profondeur leurs finances publiques, ces dernières années, ont conduit des politiques différentes de celles de la France. Le Canada, la Suède, la Nouvelle Zélande, le Portugal, la Grèce ou l’Italie ont réduit le poids des dépenses publiques. Les prestations sociales ont été désindexées voire réduites. Les aides aux entreprises ont été diminuées. La France est le pays de l’OCDE où les dépenses sociales sont les plus élevées, un tiers du PIB, quatre points au-dessus de la moyenne des Etats membres. Les dépenses publiques de retraite sont supérieurs de deux points à la celles de zone euro, 14 % contre 12 % du PIB. Pour les dépenses publiques de santé, l’écart est également de deux points de PIB. Or, les Français ont l’impression pas complètement erronée que la qualité des soins se dégrade. Ce constat est connu mais il n’y aucun consensus pour les diminuer. La désindexation des pensions de retraite proposée par Michel Barnier ou par François Bayrou est en grande partie la cause de la chute de leur gouvernement. Les différents secteurs d’activité se battent pour maintenir par tous les moyens les subventions ou les régimes spécifiques dont ils peuvent bénéficier.

Pour améliorer sur la durée la situation des finances publiques, une augmentation de la croissance est indispensable. L’Espagne, le Portugal ou le Canada ont opté pour cette voie. Cela passe par une augmentation du nombre d’emplois et plus globalement du volume de travail. Or, en France, aucun consensus n’existe sur le sujet. La proposition de la suppression de deux jours fériés était rejetée par 80 % des Français. Depuis 2001, aucun gouvernement n’a osé remettre en cause les 35 heures. Des aménagement ont été adoptés pour en atténuer les effets mais ces derniers avantagent plus les grandes entreprises que les PME. Le report de l’âge à la retraite à 65 ans serait à même d’augmenter le taux d’emploi mais en 2027, une grande majorité des candidats y sera opposé. Le taux d’emploi des 60/64 ans évolue, en 2025, entre 68 et 70 % pour les Pays-Bas, la Finlande, la Suède ou l’Allemagne quand il est de 45 % en France.

Autre problème, l’économie française a un besoin d’un surcroit de dépenses d’investissement et de recherche. Or, l’idée d’une taxation accrue du capital est amplement partagée dans l’opinion publique. Les impôts de production sur les entreprises (3% du PIB en France, 0,9% du PIB en Allemagne) nuisent à la compétitivité des entreprises.

L’économie française a besoin d’un choc de concurrence et de compétitivité. Un tel plan passe par une phase douloureuse avec des remises en cause de position de rente et d’avantages acquis. Dans un pays marqué par un égalitarisme sans pareil, celle-ci suppose que les efforts soient demandés à toutes et à tous. Une logique gagnant/gagnant devrait être instaurée. Par exemple, la suppression des niches fiscales et des aides aux entreprises devraient s’accompagner de baisses des taux d’imposition. L’idée serait d’élargir les bases d’imposition, de supprimer les régimes dérogatoires mais en diminuant les taux de prélèvements. Au niveau des charges sociales, la suppression des mécanismes d’exonération sur les bas salaires adoptés dans le cadre de la réduction du temps de travail devrait donner lieu à une remise à plat des cotisations sociales. L’introduction d’un abattement à la base, sur les 500 ou les 1000 premiers euros de salaire (hors temps partiel) supprimerait les effets de seuils et rendrait le système de prélèvement des cotisations sociales légèrement progressif. Pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages, les pouvoirs publics devraient mettre un terme à la pénurie de logements. Aujourd’hui, pour les moins de 35 ans, les dépenses de logement représentent plus de 30 % de leur budget. Un allègement des contraintes pesant sur la construction avec une libération de foncier et la limitation dans le temps des recours sur les permis de construire constituent des moyens pour relancer la construction. Par ailleurs, une industrialisation du secteur du bâtiment devrait être favorisée avec un encouragement à des solutions de préfabrication.