Coin de l’économie – mercantilisme – classes d’actifs – épargne
Les illusions du mercantilisme
Le mercantilisme est une théorie économique en vertu de laquelle la richesse d’une nation est liée à la présence d’excédents commerciaux. Cette théorie qui a eu notamment cours dans l’entre-deux-guerres postule que l’économie est un jeu à somme nulle, ce qu’un pays gagne, un autre pays le perd. Elle contredit la théorie des avantages comparatifs de Ricardo qui souligne le caractère enrichissant des échanges pour les pays qui les pratiquent. De plus en plus de pays sont enclins à revenir au mercantilisme et en premier lieu les Etats-Unis mais aussi la Chine.
Les Etats-Unis et la Chine n’hésitent pas à multiplier les dispositions pour réduire les importations et d’affirmer haut et fort l’ardente obligation de la préférence nationale. L’augmentation des droits de douane et la sous-évaluation de la monnaie constituent les deux armes les plus fréquemment utilisées par les Etats mercantilistes. L’objectif est de dissuader les importations et de favoriser les exportations. Donald Trump a multiplié par plus de trois les droits de douane et se bat pour obtenir une dépréciation du dollar notamment en demandant à la banque centrale d’abaisser ses taux directeurs. En parallèle, il entend imposer aux entreprises étrangères la réalisation d’investissements sur le territoire américain. En Chine, pour maintenir l’activité, les autorités ont favorisé les investissements avec comme conséquence une hausse de la production intérieure qui oblige de maintenir un haut niveau d’exportation. Il est à souligner que le taux d’utilisation des capacités de production est en baisse depuis 2022 passant de 78 à 75 %, signe d’un surinvestissement notoire.
Aux Etats-Unis, le mercantilisme s’est imposé comme la solution pour lutter contre la désindustrialisation et pour garantir un niveau de vie décent à la population. De 2002 à 2025, la proportion de salariés travaillant dans le secteur manufacturier y est passé de 15 à 12 %. Le poids de la valeur de l’industrie dans le PIB américain est passé sur la même période de 13 à 9 %. Dans le même, temps, les importations en provenance de Chine ont été multipliées par trois. Donald Trump a vendu, avec succès, l’idée que l’imposant déficit commercial traduisait un enrichissement réalisé par les étrangers au détriment de l’économie américaine. La résorption de ce déficit signifierait une amélioration de la situation des ménages notamment les plus modestes.
En Chine, l’adoption du mercantilismem vise à compenser la diminution de la population qui par définition s’accompagne d’une moindre progression de la demande intérieure avec en particulier une stagnation de la consommation conduisant au choix d’une stratégie de croissance tirée par les exportations. Le taux de fécondité est passé, en Chine de 1,6 à 1 entre 2002 et 2025. Dans ce contexte, la population a commencé à diminuer depuis 2022. Elle pourrait ainsi passer de1,4 à 1,2 milliard d’habitants de 2022 à 2045.
Le mercantilisme est une politique commerciale non coopérative qui amène des mesures de rétorsions et s’avère contreproductive. Pour le moment, la politique de Donald Trump ne s’est pas traduite par une réduction du déficit commercial. Elle a, en revanche, détérioré le pouvoir d’achat des Américains en raison de son caractère inflationniste. La remise en cause du libre -échange aboutit à une moindre concurrence et donc à un affadissement des gains de productivité. Or, les salaires dépendent de ces gains. La pratique du mercantilisme est antinomique d’une augmentation des pouvoirs d’achat. La politique agressive de la Chine entraîne des mesures de rétorsion de la part des pays importateurs. Les entreprises chinoises ont alors comme solution une fuite en avant en abaissant leurs prix en multipliant leurs pertes.
Le mercantilisme américain est une erreur surtout que la désindustrialisation est la conséquence d’une spécialisation dans les secteurs des technologies de l’information et de la communication qui dégagent d’importantes marges. Celui de la Chine est couteux pour les finances publiques car il repose sur un soutien à l’investissement sans prendre en ligne de compte la rentabilité. Il y a un gaspillage des ressources avec un risque de multiplication de bulles de production.
Dans quelles classes d’actifs financiers faut-il investir ?
La guerre en Iran marque une rupture après de nombreux mois de hausse du cours des actions. Certes, avant même le déclenchement du conflit, des fissures se faisaient jour sur le marché américain des valeurs technologiques. Les épargnants sont confrontés en cette fin de premier semestre à d’importants dilemmes pour placer leur argent. Ils doivent prendre en compte la menace du retour de l’inflation, le taux d’endettement public élevé de plusieurs pays occidentaux, le haut niveau du cours de l’or et une valorisation parfois excessive d’entreprises cotées en particulier aux Etats-Unis.
Les dettes et les actions, aux Etats-Unis et dans la zone euro, sont devenues peu attrayantes. L’endettement public au sein de nombreux pays de l’OCDE atteint désormais des niveaux très élevés. Aux Etats-Unis ou en France, elle dépasse 110 % du PIB et au Japon 210 % du PIB. Le taux d’endettement public de l’Allemagne devrait augmenter, avec le programme d’investissement dans les infrastructures et la hausse des dépenses militaires, de 64 % du PIB en 2025 à 74 % du PIB en 2030. Compte tenu du vieillissement démographique, de la transition écologique et des besoins militaires, les déficits publics n’ont pas vocation à diminuer dans les prochaines années. Dans ce contexte, une hausse de la prime de terme, donc des taux d’intérêt à long terme devrait se matérialiser, les investisseurs jugent qu’il sera de plus en plus risqué d’acquérir des titres publics. Les banques centrales pourraient être contraintes dans les prochaines années de remettre en place des politiques monétaires accommodantes afin de réduire le poids du service de la dette des Etats. Elles mettraient ainsi en œuvre « une répression financière » en réduisant autoritairement le rendement des obligations.
Le marché des actions américaines, avant la survenue de la guerre en Iran était en surchauffe. Le ratio CAPE de Robert Shiller (ratio de la capitalisation boursière aux bénéfices, lissé sur 10 ans et corrigé de l’inflation) était pour les entreprises du S&P500 à 40, soit proche du niveau de 2000 avant l’éclatement de la bulle Internet (45). Cette valorisation élevée était liée à l’attente de résultats des entreprises dopés par l’intelligence artificielle, mais elle ne prend pas en compte plusieurs facteurs, le besoin d’investissements massifs pour développer les modèles d’intelligence artificielle, le fait que toutes les entreprises qui développent des modèles ne connaissent pas le succès et qu’aux Etats-Unis, les achats d’actions sont financés largement par le crédit.
Hormis, l’engouement pour l’intelligence artificielle, les investisseurs choisissaient les actions des entreprises des Etats-Unis en raison de la forte croissance de l’économie de ce pays. La forte rentabilité de celles-ci a contribué à attirer les investisseurs du monde entier. Avec la politique de Donald Trump, la croissance tend à s’éroder rendant moins attractives les actions.
En Europe, en revanche, la croissance potentielle est faible en raison des faibles gains de productivité et du vieillissement démographique. Celle-ci se situe autour de 1 %. Le bénéfice par action de l’Euro Stoxx n’a progressé, en conséquence, que de 4,4 % en 2025, ce qui explique le niveau assez bas du PER (19,1), qui reflète la faiblesse de la croissance des profits. La progression sur un an de l’Euro Stoxx, du 1er janvier au 28 février 2026 (4 % de hausse) paraissaient fortes comparée aux fondamentaux de l’économie européenne ou des entreprises cotées en Europe. Les valeurs européennes avaient alors bénéficié de la désaffectation des investisseurs pour celles des Etats-Unis. Sur longue période, il n’est pas évident que la hausse des actions européennes puissent se poursuivre.
Au Japon, l’indice Nikkei 225 a augmenté de 77 % entre le début d’avril 2025 et la fin de février 2026 malgré le fait que la croissance du pays est faible (1,1 % en 2025). La nomination de Sanae Takaichi au poste de première ministre et sa victoire aux élections législatives de février 2026 ont renforcé cet attrait pour les investisseurs du marché des actions japonaises. Pourtant, le programme de Sanae Takaichi inclut un plan de relance massif de plus de 3 % du PIB, l’exemption de la TVA pour les produits alimentaires, l’arrêt de l’immigration. Or le taux de fécondité ne dépasse pas 1,15 enfant par femme et la population recule déjà de 0,5 % par an. Elle s’élevait à 122,4 millions d’habitants en 2026 contre 128,2 millions en 2010. Les besoins de financement public importants pourraient créer un effet d’éviction qui pénaliserait l’investissement des entreprises. Au Japon ; la hausse des taux d’intérêt à long terme (1,1 % au début de 2025, 2,2 %aujourd’hui) s’amplifie et pourrait conduire à un recul des cours boursiers. L’augmentation du cours des actions du Nikkei était, ces derniers mois, dû à des arbitrages en faveur des valeurs de la haute technologie japonaise, jugée plus abordables que celles des Etats-Unis.
Aujourd’hui, il apparait déraisonnable d’investir dans l’or ou l’argent compte tenu de leur forte appréciation des six dernières années. L’once d’or est passé de 2000 à plus de 5000 dollars l’once de 2022 à 2025. Celui de l’argent est sur la même période passé de 20 à plus de 80 dollars. Le bitcoin même s’il connait de fortes fluctuations a enregistré une hausse de plus de 60 % entre 2022 et 2025.
La politique de Donald Trump génère de fortes incertitudes qui se manifestent par une volatilité accrue de la valeur des actifs. La dépréciation du dollar renforcent les inquiétudes et la méfiance à l’encontre des valeurs libellées en cette monnaie.
Pour échapper aux risques liés aux pays occidentaux, les épargnants peuvent regarder les dettes de certains pays émergents qui offrent de bons rendements. Il faut éviter les Etats ayant des taux d’inflation élevés comme l’Afrique du Sud, le Mexique, l’Indonésie. Le Brésil propose un taux d’intérêt à 10 ans de 13,7 % avec une inflation en baisse. Le taux d’intérêt à 10 ans des Philippines est de 6,4 % avec inflation basse et stable. Il faut aussi tenir compte du risque de change ; la livre turque se déprécie continûment, mais pas le real brésilien, le ringgit malais et le peso philippin.
L’investissement en actions des pays émergents constitue actuellement un choix intéressant. L’indice MSCI Emerging est plus performant que le MSCI World United States Dollar entre 2022 et 2026. La valorisation des actions des entreprises de la Corée du Sud enregistre une forte augmentation malgré une croissance faible du PIB. Les marchés « actions » de Taïwan, de l’Inde, du Brésil ou des Philippines sont également attractifs.
La guerre en Iran a provoqué une rupture dans le processus de valorisation qui avait cours depuis la fin de l’année dernière. Les pays dépendants du pétrole du Golfe sont les plus touchés. Cela concerne en priorité ceux d’Asie et d’Europe. En cas d’arrêt assez rapide du conflit, les marchés des pays émergents devraient reprendre leur dynamique. La baisse des cours peut offrir des opportunités d’achat.


