12 juin 2026

Coin de l’économie – dette publique – Etats-Unis

Comment réduire la dette publique ?

Les taux d’endettement public sont très élevés dans pratiquement tous les grands pays de l’OCDE. Leur hausse provient actuellement de taux d’intérêt à long terme supérieurs à la croissance nominale et de la présence de déficits publics primaires (hors intérêts sur la dette) dans plusieurs pays. Toute maîtrise de la dette publique risque de s’accompagner d’un ralentissement de l’activité, d’autant plus que les pays de l’OCDE subissent un choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient. Pour éviter des problèmes de solvabilité, l’idée d’une inflation plus importante, comme ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale, gagne du terrain.

Les taux d’endettement public sont très élevés dans tous les plus grands pays de l’OCDE, à l’exception de l’Allemagne. Ils dépassent 100 % du PIB au Japon, en Italie, en France, en Espagne et au Royaume-Uni. En Allemagne, ils sont proches de 60 % du PIB, mais ce taux devrait augmenter dans les prochaines années avec la mise en œuvre du plan d’investissements dans les infrastructures et l’augmentation des dépenses militaires.

La hausse des taux d’endettement public s’explique par l’augmentation des taux d’intérêt, par l’affaiblissement de la croissance ainsi que par le maintien de déficits primaires élevés (déficits avant prise en compte du service de la dette).

Les taux d’intérêt à dix ans sur les emprunts d’État sont orientés à la hausse avec la fin des politiques monétaires accommodantes et l’accroissement des déficits publics. Ils sont passés, entre 2022 et 2026, de 1,8 % à plus de 4 % aux États-Unis, de 1 % à 4,5 % au Royaume-Uni, de 1,2 % à 3,5 % en Italie, de 0,2 % à 3,6 % en France, de 0,8 % à 3,4 % en Espagne, de 0 % à 3 % en Allemagne et de 0 % à 2,8 % au Japon. Dans le même temps, la croissance ralentit, notamment depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, de telle façon que, pour de nombreux pays, celle-ci devient inférieure aux taux d’intérêt.

La présence d’un déficit public primaire aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et au Japon alimente la dette.

Le déficit primaire s’élève à trois points de PIB en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Il est d’un point en Allemagne. En Espagne, en Italie et au Japon, il est, en revanche, proche de zéro.

Que ce soit en France, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, sans politique de maîtrise des déficits publics, la dette publique pourrait s’emballer. Le recours à des politiques budgétaires restrictives apparaît délicat.

Le précédent espagnol est riche d’enseignements. En 2010, le gouvernement de ce pays avait annoncé une baisse des dépenses publiques, une réduction des salaires des fonctionnaires, un gel des retraites et une hausse de la TVA. En 2011, il décide du recul de l’âge de la retraite et met en place de nouvelles coupes budgétaires. En 2013, le gouvernement espagnol poursuit sa politique de réduction des dépenses publiques et de hausse de la pression fiscale.

Les dépenses publiques dans le PIB sont passées de 50 % à 45 % entre 2010 et 2025, tandis que la pression fiscale a augmenté pour atteindre 38 % du PIB en 2025, contre 32 % en 2010. Son déficit public a été réduit à 2,2 % du PIB en 2025, contre 10 % en 2010. L’Espagne a connu, entre 2010 et 2012, trois années de recul du PIB. Elle n’a retrouvé son niveau de PIB en volume de 2008 qu’en 2017. Le poids de la dette publique a poursuivi sa hausse entre 2010 et 2013 avant de reculer entre 2017 et 2025 (hors période de Covid). Après avoir atteint 120 % du PIB, il s’élève actuellement à 100 % du PIB. La diminution de la dette publique en Espagne est en grande partie imputable au retour de la croissance. Celle-ci évolue autour de 3 % dans ce pays depuis plusieurs années. La croissance espagnole repose sur l’immigration, l’essor de l’industrie agroalimentaire et le tourisme.

Les autres pays de l’OCDE ne sont pas enclins à suivre ce modèle. Les opinions publiques sont rétives à accepter une longue récession. La sensibilité à la baisse du pouvoir d’achat est forte. Pour redresser ses finances publiques, la France devrait accepter un important recul du PIB. Or, avec la perspective des élections, ce scénario paraît impensable.

L’autre voie consisterait alors à jouer sur l’inflation. Si les banques centrales acceptent une inflation plus forte sans relever leurs taux d’intérêt, il en résulte l’apparition de taux d’intérêt réels à long terme négatifs, faisant baisser mécaniquement le taux d’endettement public. Cette dynamique a été observée après les deux guerres mondiales dans de nombreux pays, dont la France, les États-Unis et le Royaume-Uni.

Les taux d’intérêt réels à long terme ont été négatifs aux États-Unis de 1916 à 1920 puis de 1941 à 1948. Le taux d’endettement public a diminué de 35 % à 24 % du PIB entre 1919 et 1924, puis de 118 % à 71 % du PIB entre 1946 et 1952. Au Royaume-Uni, les taux d’intérêt réels à long terme ont été négatifs de 1915 à 1920 puis de 1940 à 1950, permettant de réduire le taux d’endettement public de 259 % à 165 % du PIB entre 1947 et 1952. La France a, entre 1945 et 1947, connu des taux d’inflation de l’ordre de 50 %, qui ont conduit à effacer une grande partie de la dette publique. Celle-ci est ainsi passée de 300 % à 75 % du PIB entre 1945 et 1950.

Tant que les banques centrales conservent un objectif strict de maîtrise de l’inflation, le taux d’endettement public ne peut diminuer si les gouvernements refusent de mettre en œuvre des politiques de rigueur impopulaires. Après la Seconde Guerre mondiale, l’endettement a été réduit essentiellement par l’inflation. Une politique monétaire accommodante, associée à une érosion des revenus réels des épargnants, apparaît aujourd’hui comme l’une des options probables pour résoudre le problème potentiel de la dette des États.

Le déficit public des Etats-Unis est-il finançable ?

Le financement du déficit public des États-Unis repose à la fois sur les États fédérés et sur les investisseurs étrangers, notamment ceux de l’Union européenne, du Japon, de la Chine, du Royaume-Uni ou de l’Arabie saoudite. La politique de Donald Trump, depuis un an, a conduit certains pays émergents comme le Brésil, l’Inde ainsi que la Chine à réduire leurs achats de titres du Trésor américain. La guerre au Moyen-Orient pourrait réduire les capacités de financement de certains investisseurs confrontés à une facture énergétique en hausse et à une croissance en baisse.

L’Union européenne est le premier financeur des États-Unis en détenant 2 000 milliards de dollars de Treasuries. Le Royaume-Uni en détient pour 900 milliards de dollars et le Japon pour 1 200 milliards. La Chine n’en détient plus que 650 milliards de dollars. L’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis en possèdent pour 330 milliards de dollars. Depuis 2013, la Chine a réduit ses achats de manière assez importante, son encours de Treasuries ayant été divisé par deux.

Les besoins de financement des États-Unis sont en forte augmentation. Le Congressional Budget Office (CBO) prévoyait, en février dernier, un déficit public passant de 5,8 % du PIB en 2026 à 6,7 % du PIB en 2036. Mais, en raison, d’une part, de l’ouverture des remboursements des droits de douane perçus puis invalidés par la Cour suprême et, d’autre part, du coût de la guerre au Moyen-Orient, celui-ci pourrait atteindre près de 7 % du PIB dès 2026.

Or, la guerre au Moyen-Orient entraîne la disparition des excédents de balance courante des pays importateurs de pétrole et de gaz, comme le Japon ou les pays de l’Union européenne. Dans le même temps, les pays du Golfe sont privés d’une partie de leurs ressources en raison du blocage du détroit d’Ormuz. Le prix pondéré du pétrole et du gaz naturel dans les pays importateurs est aujourd’hui supérieur de 46 % à son niveau de février 2026, avant le déclenchement de la guerre. Avec un baril de pétrole autour de 100 dollars et un doublement du prix du gaz, les pays importateurs subissent un prélèvement dont l’ampleur dépend de leur exposition aux importations d’hydrocarbures.

Avant le conflit avec l’Iran, les importations de combustibles représentaient :

  • 2,2 % du PIB au Royaume-Uni ;
  • 3,9 % du PIB dans l’Union européenne ;
  • 4,3 % du PIB au Japon ;
  • 14,1 % du PIB à Singapour ;
  • 8,7 % du PIB en Corée du Sud.

En moyenne, le surcoût varie de 0,9 % du PIB en France à plus de 1,6 % du PIB pour les pays les plus dépendants.

Pour les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient, la guerre a entraîné une baisse de leur production de :

  • 3,3 millions de barils par jour en Irak ;
  • 2,4 millions de barils par jour en Arabie saoudite ;
  • 1,5 million de barils par jour aux Émirats arabes unis ;
  • 1,4 million de barils par jour au Koweït.

Cette perte de 8,6 millions de barils par jour de production coûte à ces pays 28 milliards de dollars par mois. En ce qui concerne le gaz naturel liquéfié (GNL), la totalité des exportations du Qatar (112 milliards de mètres cubes exportés en 2025) et des Émirats arabes unis (7 milliards de mètres cubes exportés en 2025) est à l’arrêt.

En 2024, la balance courante des Émirats arabes unis dégageait un excédent de 49 milliards de dollars. Celui du Koweït atteignait 47 milliards de dollars.

Si le blocage du détroit d’Ormuz perdure, les excédents des balances courantes des pays importateurs comme des pays exportateurs disparaîtront, réduisant leurs capacités à acheter des titres du Trésor des États-Unis. Si les achats nets de dette publique américaine ralentissent, une hausse importante des taux d’intérêt à long terme aux États-Unis est probable, ce qui renforcera la tentation d’un financement monétaire.