Economie – démographie – viellissement – croissance – diplômés – consommation
La France et le péril « vieux »
La France serait-elle aux mains des baby-boomers finissant. Ces derniers sont accusés d’avoir ruiné la France et de faire payer leur gabegie par les jeunes générations. Compte tenu de leur poids électoral, ils empêcheraient toute réforme qui pourrait nuire à leurs intérêts. Les dépenses de retraite et les dépenses de santé des Français les plus âgés ont un poids croissant au sein du PIB, alors que la qualité du système éducatif est perfectible, que la proportion de jeunes déscolarisés et sans emploi est élevée et que le poids des prélèvements finançant la protection sociale est élevé. Cette image d’Epinal est par nature simplificatrice. Elle fait des baby-boomers des bouc-émissaires parfaits et évite de poser les véritables problèmes et surtout d’évoquer les solutions.
- En 2024, les dépenses de retraite s’élevaient, en France, à 14,8 % du PIB, contre 12,2 % du PIB de l’Union européenne. En 2023, d’après l’OCDE, les dépenses de retraite pour l’ensemble des pays de l’OCDE étaient estimées à 8,8 % du PIB.50 % de la dépense de santé concerne les personnes de plus de 60 ans. En parallèle, la France se caractérise par une proportion élevée de jeunes de 15 à 29 ans qui sont ni en emploi, ni en formation, 12,5 % contre 9,5 % en Allemagne ou 6 % en Suède. La France se classe dans la seconde partie des enquêtes PISA de l’OCDE visant à apprécier le niveau des élèves.
Cercle de l’Epargne – données OCDE
Les dépenses d’éducation, rapportées au PIB, sont assez élevées en France : 5,3 % du PIB, contre 4,1 % en Italie, 4,6 % en Espagne, 5,2 % en Allemagne et aux Pays-Bas, 5,9 % au Royaume-Uni ; mais ces dépenses d’éducation incluent en France les retraites des enseignants, ce qui n’est pas le cas dans les autres pays. Hors retraites des enseignants, les dépenses d’éducation ne sont en France que de 3,7 % du PIB et sont donc bien anormalement basses. Par ailleurs, le système éducatif français souffre aussi de problèmes d’organisation : formation insuffisante des enseignants, priorité donnée à la sélection par rapport à la hausse du niveau de tous les élèves, place trop grande de l’enseignement magistral, journées trop longues pour les élèves, congés d’été trop longs, etc. La France se caractérise par ailleurs, par le poids élevés des dépenses de protection sociale, 32 % du PIB en France, contre 28 % au sein de l’Union européenne et 19 % aux Etats-Unis. De leur côté, les dépenses de Recherche et Développement captent 3,5 % du PIB en Suède et aux Etats-Unis, contre 3 % en Allemagne et 2,2 % en France.
La France a priori une préférence pour les dépenses sociales (retraite, santé) qui bénéficient aux personnes âgées au détriment des dépenses d’avenir (qualité du système éducatif, recherche et développement). Cette préférence est également la conséquence d’une espérance de vie élevée en France et de l’augmentation de la population des seniors. La part des personnes âgées de 60 ans et plus dans la population totale est passée de 18 % en 1970 à 28,5 % à l’heure actuelle, et devrait atteindre 33 % à l’horizon 2050. L’augmentation des dépenses de santé résulte essentiellement de l’allongement de l’espérance de vie et du fait que la consommation de santé est nettement plus importante pour les plus de 60 ans. L’espérance de vie des hommes a, en France, gagné entre 1995 et 2025, 6 ans et celle des femmes 4 ans.
Cercle de l’Epargne – données Sécurité sociale
La France est pénalisée par un faible taux d’emploi. Il est de 69,5 % au 1er trimestre 2026, contre 77,7 % en Allemagne. Si la France avait le même taux que cette dernière, l’emploi serait en France plus élevé de 11,8 %, et le PIB probablement plus élevé de l’ordre de 10 %. Le poids des dépenses de retraite ne serait plus alors de 14,8 % du PIB, mais de 12,6 % du PIB, c’est-à-dire un niveau proche de la moyenne européenne. La faible taux d’emploi est imputable au fort chômage des jeunes et au sous-emploi des seniors. Le taux d’emploi des 60/64 ans s’élevait, en 2025, à 45 % contre plus de 65 % en Allemagne, au Danemark ou aux Pays-Bas. Une grande majorité de Français rejette le report de l’âge de la retraite ou la sous-indexation des retraites sur les prix. D’après le sondage Elabe du 17 juin 2025, 61 % des Français s’opposent à l’allongement de la durée de cotisation, 63 % au relèvement de l’âge légal et 65 % à la hausse des cotisations. Les mesures touchant les retraités actuels sont aussi massivement rejetées, 78 % s’opposant à la sous-indexation des pensions et 86 % à une baisse des pensions. Ce rejet est partagé par les jeunes. Ainsi, parmi les 25-34 ans, 67 % sont opposés à la sous-indexation des pensions, 65 % sont opposés au report de l’âge de la retraite et 62 % sont opposés à l’augmentation de la durée de cotisations. Un souhait collectif se dégage en faveur collectif se dégage ainsi pour conserver un faible taux d’emploi des plus de 60 ans.
Contrairement à quelques idées reçues, la durée du temps de travail pour les personnes qui travaillent est en France comparable à celle des autres pays européens. La durée annuelle du travail des salariés à temps complet est plus faible en France (1 664 heures) qu’en Allemagne (1 785 heures) ou dans l’ensemble de l’Union européenne (1 784 heures). Cela reste le cas si l’on considère les salariés à temps complet et ceux à temps partiel, avec une durée annuelle du travail de 1 545 heures en France contre 1 625 heures dans l’ensemble de l’Union européenne. Cependant, en prenant en compte l’ensemble des personnes en emploi, les salariés et les non-salariés, la durée du travail en France (1 595 heures) est supérieure à celle observée en Allemagne (1 539 heures) et légèrement inférieure à celle de l’ensemble de l’Union européenne (1 667 heures).
Le système de retraite français n’est pas le plus généreux d’Europe. Le taux de remplacement net est le ratio des pensions des régimes de retraite obligatoires (publics et privés) au salaire individuel moyen (hors impôts et cotisations sociales).
Cercle de l’Epargne – données OCDE
La France ne favorise pas les retraités au détriment des actifs. Le problème numéro 1 vient du trop faible nombre d’emplois. La tentation de transformer les baby-boomers en responsables de la situation des finances publiques est forte mais ne repose pas sur des données tangibles. La France souffre avant tout d’un manque de travail mais nul ne souhaite changer la donne.
Faut-il réellement être pessimiste pour la croissance de la zone euro ?
Avec la hausse du cours de l’énergie provoquée par la guerre en Iran, les gouvernements européens révisent à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2026. La signature, le 17 juin dernier, du protocole de paix entre l’Iran et les États-Unis ne suscite pas, au sein de la communauté économique, d’immenses espoirs en matière d’activité. Le pessimisme semble avoir pris ses quartiers d’hiver sur le Vieux Continent.
La Commission européenne a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro le 21 mai 2026. Cette révision porte à la fois sur l’année 2026 (0,9 % contre 1,2 % auparavant) et sur l’année 2027 (1,2 % contre 1,4 % auparavant). En avril 2026, le FMI prévoyait pour la zone euro une croissance de 1,1 % en 2026 et de 1,2 % en 2027. L’INSEE prévoit désormais une croissance de 0,7 % pour la France, contre 0,9 % en début d’année. La Banque de France retient, de son côté, un taux de 0,5 %. L’Allemagne a également revu à la baisse ses prévisions.
Les corrections de croissance à la baisse sont réalisées en prenant en compte les effets de l’alourdissement du prélèvement pétrolier sur les revenus, en raison de la hausse des cours. Celui-ci passerait, en 2026, de 3,7 à 5,2 points de PIB pour la zone euro. Une telle augmentation pourrait provoquer un très net ralentissement de l’activité. Depuis février 2026, le prix des engrais a augmenté de 30 %, celui du polypropylène de 33 %, celui du polyéthylène de 20 % et celui du kérosène de 47 %. L’indicateur avancé PMI composite (qui permet d’apprécier l’évolution de la croissance) est passé, pour la zone euro, de 51,8 en février 2026 à 47,5 en mai, ce qui signifierait un recul de l’activité dans les prochains mois. Par ailleurs, dans les pays européens, les entreprises ont tendance à reporter leurs investissements et leurs embauches. L’investissement des entreprises pourrait reculer de 0,5 point de PIB cette année. La hausse des taux d’intérêt à long terme pèse également sur l’investissement. En moyenne, le taux à dix ans des obligations d’État au sein de la zone euro est passé de 3 à 3,2 % entre février et juin 2026. L’économie européenne subit un choc négatif d’offre dans de nombreux secteurs d’activité (ciment, acier, aluminium, agroalimentaire, bois et papier, chimie) ainsi qu’un choc négatif de demande, avec le recul du pouvoir d’achat des consommateurs.
Des économistes comme Patrick Artus estiment que la Commission européenne et le FMI sont trop optimistes et que le choc économique subi par les différents États membres est de grande ampleur. Ce dernier considère que le prix du pétrole restera durablement autour de 80 dollars malgré l’accord de paix, en raison des destructions d’installations au Moyen-Orient et de la nécessité de reconstituer les stocks stratégiques. Il prévoit que, par rapport à janvier-février 2026, le prix du gaz naturel aura augmenté, sur l’ensemble de l’année, de 34 % et celui du pétrole de 43 %. La perte de croissance pourrait atteindre un point de PIB, faisant ainsi flirter la zone euro avec la récession.
L’année 2026 pourrait néanmoins être moins catastrophique que certains ne le prétendent. La détente sur les prix de l’énergie pourrait être rapide. En effet, avec la hausse du cours du pétrole, de nombreux pays situés en dehors du Moyen-Orient ont accru leur production (États-Unis, Brésil, Nigeria, etc.). Les pays du Golfe ont mis en place des solutions pour contourner le problème du détroit d’Ormuz. Ils disposent d’importants moyens financiers pour remettre leurs installations en état dans les meilleurs délais. L’Iran, avec la fin des sanctions, souhaitera revenir sur le marché le plus rapidement possible. L’offre de pétrole devrait donc augmenter assez rapidement, alors même que la demande demeure atone. Avant le conflit au Moyen-Orient, le marché pétrolier était orienté à la baisse. La fin de l’accord de régulation des prix de l’OPEP+ expliquait en partie cette évolution. Depuis, les Émirats arabes unis sont sortis de l’OPEP, ce qui les affranchit des quotas de production. Enfin, il faut prendre en compte le fait que le prix du baril de ces dernières semaines comportait une composante spéculative non négligeable. Avec l’accord de paix, celle-ci se réduit fortement. Le cours du pétrole pourrait revenir autour de 60 dollars d’ici à la fin de l’été. Le 18 juin, le baril de Brent s’échangeait à 77 dollars. Un contre-choc pétrolier devrait entraîner une baisse de l’inflation d’ici à la fin de l’année ainsi qu’une légère reprise de la consommation. Sur l’ensemble de l’année, la perte de croissance pourrait être limitée à 0,4 point. La France et le péril « vieux »
La France serait-elle aux mains des baby-boomers finissant. Ces derniers sont accusés d’avoir ruiné la France et de faire payer leur gabegie par les jeunes générations. Compte tenu de leur poids électoral, ils empêcheraient toute réforme qui pourrait nuire à leurs intérêts. Les dépenses de retraite et les dépenses de santé des Français les plus âgés ont un poids croissant au sein du PIB, alors que la qualité du système éducatif est perfectible, que la proportion de jeunes déscolarisés et sans emploi est élevée et que le poids des prélèvements finançant la protection sociale est élevé. Cette image d’Epinal est par nature simplificatrice. Elle fait des baby-boomers des bouc-émissaires parfaits et évite de poser les véritables problèmes et surtout d’évoquer les solutions.
- En 2024, les dépenses de retraite s’élevaient, en France, à 14,8 % du PIB, contre 12,2 % du PIB de l’Union européenne. En 2023, d’après l’OCDE, les dépenses de retraite pour l’ensemble des pays de l’OCDE étaient estimées à 8,8 % du PIB.50 % de la dépense de santé concerne les personnes de plus de 60 ans. En parallèle, la France se caractérise par une proportion élevée de jeunes de 15 à 29 ans qui sont ni en emploi, ni en formation, 12,5 % contre 9,5 % en Allemagne ou 6 % en Suède. La France se classe dans la seconde partie des enquêtes PISA de l’OCDE visant à apprécier le niveau des élèves.
Cercle de l’Epargne – données OCDE
Les dépenses d’éducation, rapportées au PIB, sont assez élevées en France : 5,3 % du PIB, contre 4,1 % en Italie, 4,6 % en Espagne, 5,2 % en Allemagne et aux Pays-Bas, 5,9 % au Royaume-Uni ; mais ces dépenses d’éducation incluent en France les retraites des enseignants, ce qui n’est pas le cas dans les autres pays. Hors retraites des enseignants, les dépenses d’éducation ne sont en France que de 3,7 % du PIB et sont donc bien anormalement basses. Par ailleurs, le système éducatif français souffre aussi de problèmes d’organisation : formation insuffisante des enseignants, priorité donnée à la sélection par rapport à la hausse du niveau de tous les élèves, place trop grande de l’enseignement magistral, journées trop longues pour les élèves, congés d’été trop longs, etc. La France se caractérise par ailleurs, par le poids élevés des dépenses de protection sociale, 32 % du PIB en France, contre 28 % au sein de l’Union européenne et 19 % aux Etats-Unis. De leur côté, les dépenses de Recherche et Développement captent 3,5 % du PIB en Suède et aux Etats-Unis, contre 3 % en Allemagne et 2,2 % en France.
La France a priori une préférence pour les dépenses sociales (retraite, santé) qui bénéficient aux personnes âgées au détriment des dépenses d’avenir (qualité du système éducatif, recherche et développement). Cette préférence est également la conséquence d’une espérance de vie élevée en France et de l’augmentation de la population des seniors. La part des personnes âgées de 60 ans et plus dans la population totale est passée de 18 % en 1970 à 28,5 % à l’heure actuelle, et devrait atteindre 33 % à l’horizon 2050. L’augmentation des dépenses de santé résulte essentiellement de l’allongement de l’espérance de vie et du fait que la consommation de santé est nettement plus importante pour les plus de 60 ans. L’espérance de vie des hommes a, en France, gagné entre 1995 et 2025, 6 ans et celle des femmes 4 ans.
Cercle de l’Epargne – données Sécurité sociale
La France est pénalisée par un faible taux d’emploi. Il est de 69,5 % au 1er trimestre 2026, contre 77,7 % en Allemagne. Si la France avait le même taux que cette dernière, l’emploi serait en France plus élevé de 11,8 %, et le PIB probablement plus élevé de l’ordre de 10 %. Le poids des dépenses de retraite ne serait plus alors de 14,8 % du PIB, mais de 12,6 % du PIB, c’est-à-dire un niveau proche de la moyenne européenne. La faible taux d’emploi est imputable au fort chômage des jeunes et au sous-emploi des seniors. Le taux d’emploi des 60/64 ans s’élevait, en 2025, à 45 % contre plus de 65 % en Allemagne, au Danemark ou aux Pays-Bas. Une grande majorité de Français rejette le report de l’âge de la retraite ou la sous-indexation des retraites sur les prix. D’après le sondage Elabe du 17 juin 2025, 61 % des Français s’opposent à l’allongement de la durée de cotisation, 63 % au relèvement de l’âge légal et 65 % à la hausse des cotisations. Les mesures touchant les retraités actuels sont aussi massivement rejetées, 78 % s’opposant à la sous-indexation des pensions et 86 % à une baisse des pensions. Ce rejet est partagé par les jeunes. Ainsi, parmi les 25-34 ans, 67 % sont opposés à la sous-indexation des pensions, 65 % sont opposés au report de l’âge de la retraite et 62 % sont opposés à l’augmentation de la durée de cotisations. Un souhait collectif se dégage en faveur collectif se dégage ainsi pour conserver un faible taux d’emploi des plus de 60 ans.
Contrairement à quelques idées reçues, la durée du temps de travail pour les personnes qui travaillent est en France comparable à celle des autres pays européens. La durée annuelle du travail des salariés à temps complet est plus faible en France (1 664 heures) qu’en Allemagne (1 785 heures) ou dans l’ensemble de l’Union européenne (1 784 heures). Cela reste le cas si l’on considère les salariés à temps complet et ceux à temps partiel, avec une durée annuelle du travail de 1 545 heures en France contre 1 625 heures dans l’ensemble de l’Union européenne. Cependant, en prenant en compte l’ensemble des personnes en emploi, les salariés et les non-salariés, la durée du travail en France (1 595 heures) est supérieure à celle observée en Allemagne (1 539 heures) et légèrement inférieure à celle de l’ensemble de l’Union européenne (1 667 heures).
Le système de retraite français n’est pas le plus généreux d’Europe. Le taux de remplacement net est le ratio des pensions des régimes de retraite obligatoires (publics et privés) au salaire individuel moyen (hors impôts et cotisations sociales).
Cercle de l’Epargne – données OCDE
La France ne favorise pas les retraités au détriment des actifs. Le problème numéro 1 vient du trop faible nombre d’emplois. La tentation de transformer les baby-boomers en responsables de la situation des finances publiques est forte mais ne repose pas sur des données tangibles. La France souffre avant tout d’un manque de travail mais nul ne souhaite changer la donne.
Faut-il réellement être pessimiste pour la croissance de la zone euro ?
Avec la hausse du cours de l’énergie provoquée par la guerre en Iran, les gouvernements européens révisent à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2026. La signature, le 17 juin dernier, du protocole de paix entre l’Iran et les États-Unis ne suscite pas, au sein de la communauté économique, d’immenses espoirs en matière d’activité. Le pessimisme semble avoir pris ses quartiers d’hiver sur le Vieux Continent.
La Commission européenne a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro le 21 mai 2026. Cette révision porte à la fois sur l’année 2026 (0,9 % contre 1,2 % auparavant) et sur l’année 2027 (1,2 % contre 1,4 % auparavant). En avril 2026, le FMI prévoyait pour la zone euro une croissance de 1,1 % en 2026 et de 1,2 % en 2027. L’INSEE prévoit désormais une croissance de 0,7 % pour la France, contre 0,9 % en début d’année. La Banque de France retient, de son côté, un taux de 0,5 %. L’Allemagne a également revu à la baisse ses prévisions.
Les corrections de croissance à la baisse sont réalisées en prenant en compte les effets de l’alourdissement du prélèvement pétrolier sur les revenus, en raison de la hausse des cours. Celui-ci passerait, en 2026, de 3,7 à 5,2 points de PIB pour la zone euro. Une telle augmentation pourrait provoquer un très net ralentissement de l’activité. Depuis février 2026, le prix des engrais a augmenté de 30 %, celui du polypropylène de 33 %, celui du polyéthylène de 20 % et celui du kérosène de 47 %. L’indicateur avancé PMI composite (qui permet d’apprécier l’évolution de la croissance) est passé, pour la zone euro, de 51,8 en février 2026 à 47,5 en mai, ce qui signifierait un recul de l’activité dans les prochains mois. Par ailleurs, dans les pays européens, les entreprises ont tendance à reporter leurs investissements et leurs embauches. L’investissement des entreprises pourrait reculer de 0,5 point de PIB cette année. La hausse des taux d’intérêt à long terme pèse également sur l’investissement. En moyenne, le taux à dix ans des obligations d’État au sein de la zone euro est passé de 3 à 3,2 % entre février et juin 2026. L’économie européenne subit un choc négatif d’offre dans de nombreux secteurs d’activité (ciment, acier, aluminium, agroalimentaire, bois et papier, chimie) ainsi qu’un choc négatif de demande, avec le recul du pouvoir d’achat des consommateurs.
Des économistes comme Patrick Artus estiment que la Commission européenne et le FMI sont trop optimistes et que le choc économique subi par les différents États membres est de grande ampleur. Ce dernier considère que le prix du pétrole restera durablement autour de 80 dollars malgré l’accord de paix, en raison des destructions d’installations au Moyen-Orient et de la nécessité de reconstituer les stocks stratégiques. Il prévoit que, par rapport à janvier-février 2026, le prix du gaz naturel aura augmenté, sur l’ensemble de l’année, de 34 % et celui du pétrole de 43 %. La perte de croissance pourrait atteindre un point de PIB, faisant ainsi flirter la zone euro avec la récession.
L’année 2026 pourrait néanmoins être moins catastrophique que certains ne le prétendent. La détente sur les prix de l’énergie pourrait être rapide. En effet, avec la hausse du cours du pétrole, de nombreux pays situés en dehors du Moyen-Orient ont accru leur production (États-Unis, Brésil, Nigeria, etc.). Les pays du Golfe ont mis en place des solutions pour contourner le problème du détroit d’Ormuz. Ils disposent d’importants moyens financiers pour remettre leurs installations en état dans les meilleurs délais. L’Iran, avec la fin des sanctions, souhaitera revenir sur le marché le plus rapidement possible. L’offre de pétrole devrait donc augmenter assez rapidement, alors même que la demande demeure atone. Avant le conflit au Moyen-Orient, le marché pétrolier était orienté à la baisse. La fin de l’accord de régulation des prix de l’OPEP+ expliquait en partie cette évolution. Depuis, les Émirats arabes unis sont sortis de l’OPEP, ce qui les affranchit des quotas de production. Enfin, il faut prendre en compte le fait que le prix du baril de ces dernières semaines comportait une composante spéculative non négligeable. Avec l’accord de paix, celle-ci se réduit fortement. Le cours du pétrole pourrait revenir autour de 60 dollars d’ici à la fin de l’été. Le 18 juin, le baril de Brent s’échangeait à 77 dollars. Un contre-choc pétrolier devrait entraîner une baisse de l’inflation d’ici à la fin de l’année ainsi qu’une légère reprise de la consommation. Sur l’ensemble de l’année, la perte de croissance pourrait être limitée à 0,4 point.
Le diplôme, de moins en moins un sésame ?
Durant des décennies, le diplôme a constitué l’un des principaux passeports vers l’emploi et la promotion sociale. Dans une France marquée par l’idéal méritocratique, l’accès à l’enseignement supérieur était perçu comme la garantie d’une meilleure insertion professionnelle et d’un niveau de vie plus élevé. Le baccalauréat et l’accession à l’enseignement supérieur étaient les gages d’une réussite personnelle et professionnelle. Cette certitude est aujourd’hui de plus en plus contestée.
La massification de l’enseignement supérieur a profondément modifié la valeur relative des diplômes. En quarante ans, la proportion d’une génération accédant au baccalauréat est passée de moins de 30 % à plus de 80 %, tandis que le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur a plus que doublé. Cette démocratisation a permis à davantage de jeunes d’accéder aux études longues mais elle a également entraîné un phénomène d’inflation scolaire. Des diplômes autrefois rares sont devenus courants et leur pouvoir de distinction s’est affaibli. Parallèlement, les entreprises accordent une importance croissante aux compétences opérationnelles, à l’expérience professionnelle et aux qualités comportementales. Dans de nombreux secteurs liés au numérique, à l’informatique ou à l’entrepreneuriat, les parcours atypiques se multiplient. L’essor de l’intelligence artificielle renforce cette tendance en facilitant l’accès à la connaissance et en remettant en cause certains savoirs académiques traditionnels. L’IA remodèle l’emploi pour les jeunes que ce soit pour les avocats ou les auditeurs dans les cabinets de conseil. Des métiers manuels autrefois déconsidérés offrent aujourd’hui des perspectives de revenus bien plus importantes que ceux relevant des cols blancs. Les plombiers, les boulangers, les pâtissiers ou les bouchers peuvent gagner des sommes bien plus importantes que des cadres au sein d’une entreprise. Ces dernières années, le peu d’engouement pour le travail manuel donne un avantage à ceux et celles qui ont choisi cette filière. Sur ce sujet sensible, l’INSEE a publié, en juin 2026, une étude qui apporte un éclairage nuancé. Elle rappelle que le diplôme conserve une valeur économique et sociale réelle, mais que celle-ci varie fortement selon le niveau de formation considéré. Plus encore que l’accès à l’emploi lui-même, c’est désormais la qualité de l’emploi obtenu qui semble constituer le principal dividende de la réussite scolaire. Le parcours professionnel, la prise de risque et les capacités à créer sont des facteurs plus importants que dans le passé.
L’INSEE a pour son enquête suivit une génération entière, celle des jeunes entrés en classe de sixième en 2007 et qui, seize ans plus tard, ont pour l’essentiel entre 26 et 27 ans. Parmi eux, 91 % ont quitté la formation initiale en 2023. Le parcours éducatif de cette génération témoigne de la poursuite continue de la massification de l’enseignement supérieur. Deux jeunes sur trois ont accédé à une formation post-baccalauréat. Les masters représentent à eux seuls près d’un quart des parcours, tandis que les licences, les écoles d’ingénieurs ou de commerce et les formations de niveau bac+2 concentrent également une part importante des effectifs. Cette montée en qualification s’accompagne d’un taux de réussite élevé. Parmi les jeunes ayant atteint l’année terminale du plus haut diplôme qu’ils ont tenté d’obtenir, 81 % ont effectivement décroché leur diplôme. Les taux de réussite dépassent même 90 % dans les écoles d’ingénieurs, les écoles de commerce et les formations de master. À l’inverse, les formations du secondaire affichent des taux plus modestes, compris entre 67 % pour les CAP et 76 % pour les baccalauréats professionnels. Ces écarts traduisent en partie les mécanismes de sélection qui interviennent tout au long du parcours scolaire. Plus on progresse dans le système éducatif, plus les étudiants ont déjà franchi de nombreuses étapes de validation.
À première vue, le diplôme apparaît comme une garantie d’insertion professionnelle. À l’âge de 26 ou 27 ans, 88 % des jeunes ayant obtenu leur plus haut diplôme sont en emploi. Ce taux atteint 92 % pour les diplômés des grandes écoles et 90 % pour les titulaires d’un master. Même les titulaires d’un baccalauréat professionnel affichent un taux d’emploi remarquable de 87 %. À l’autre extrémité de l’échelle, les jeunes qui se sont arrêtés après un baccalauréat général ou technologique sans poursuivre leurs études ne sont que 77 % à occuper un emploi. L’analyse détaillée des données conduit à relativiser l’effet direct du diplôme sur l’accès à l’emploi. En neutralisant les différences liées à l’origine sociale, au sexe, aux résultats scolaires antérieurs ou aux difficultés personnelles rencontrées, l’obtention du diplôme n’améliore que modérément la probabilité d’être en emploi. En moyenne, le gain n’est que de deux points. Pour plusieurs diplômes, notamment les licences, les formations de niveau bac+2 ou les baccalauréats généraux, l’effet statistique devient même insignifiant. Le diplôme n’apparaît donc pas toujours comme la cause principale de l’insertion professionnelle. Il est souvent le révélateur d’autres caractéristiques favorables accumulées au cours du parcours scolaire.
Deux exceptions se distinguent néanmoins nettement. La première concerne les diplômés des écoles d’ingénieurs et de commerce. Pour eux, l’obtention du diplôme accroît de six points la probabilité d’être en emploi par rapport à ceux qui ont échoué lors de la dernière année. La seconde concerne les titulaires d’un baccalauréat professionnel, pour lesquels l’écart atteint neuf points. Dans ces deux cas, le diplôme joue un rôle de signal particulièrement puissant auprès des employeurs.
Le constat est similaire en matière salariale. Les jeunes diplômés gagnent en moyenne 2 020 euros nets par mois, contre 1 820 euros pour ceux qui n’ont pas obtenu le diplôme qu’ils préparaient. L’écart brut semble conséquent. En prenant en compte les différences de profil, le supplément de rémunération directement associé au diplôme n’est plus que de 3 %. Pour les diplômés du supérieur, il se situe autour de 4 %, tandis qu’il atteint 6 % pour les titulaires d’un baccalauréat professionnel. Les écarts de revenus restent néanmoins importants selon le niveau de formation atteint. Les diplômés des écoles d’ingénieurs et de commerce perçoivent en moyenne 2 610 euros nets mensuels à 26 ou 27 ans. Les titulaires d’un master gagnent 2 240 euros. Les diplômés de niveau bac+2 se situent autour de 1 820 euros, tandis que les titulaires d’un CAP ou d’un baccalauréat professionnel perçoivent environ 1 700 euros nets par mois. Ces différences illustrent la forte hiérarchisation des rémunérations selon le niveau de qualification dans l’économie française.
Parmi les jeunes diplômés, 61 % occupent un poste de cadre ou une profession intermédiaire, contre seulement 39 % parmi ceux qui ont échoué ou abandonné lors de leur dernière année d’études. Après correction des différences de profils, l’écart demeure de douze points, ce qui constitue un effet particulièrement important. Pour les jeunes ayant tenté un diplôme de niveau bac+2, la réussite augmente de vingt points la probabilité d’accéder à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire. Pour les titulaires d’une licence, le gain atteint dix-sept points. Quant aux diplômés de master, ils disposent d’une probabilité supérieure de quinze points d’occuper un poste de cadre par rapport à ceux qui n’ont pas validé leur diplôme.
Le diplôme n’est pas mort mais il n’est plus le passeport exclusif de la réussite. Avec l’IA, les besoins en services domestiques et le vieillissement, une nouvelle carte des emplois s’installe. Les routes du succès risquent d’être différentes de celles du passé. Le diplôme qui a été sacralisé en France perd sa toute puissance tout en restant un important levier de réussite.
Les ménages français fâchés avec la consommation
Malgré la baisse de l’inflation en 2025, les ménages français n’ont pas renoué avec la consommation. Après une hausse des prix de 7,1 % en 2023 puis de 2,2 % en 2024, les prix liés à la consommation n’ont progressé que de 0,8 % en 2025. Les prix de l’énergie avaient même reculé de 3 % et ceux des carburants de 4,4 %.La consommation finale des ménages n’a progressé que de 0,4 % en volume, après déjà une croissance limitée à 0,8 % en 2024. Ce rythme est deux fois inférieur à celui observé avant la crise sanitaire, lorsque la consommation augmentait en moyenne de plus de 1 % par an.
Le paradoxe de l’année 2025 réside dans le fait que la baisse de l’inflation s’est accompagnée d’un recul du pouvoir d’achat. Le revenu disponible brut des ménages n’a progressé que de 0,5 % en valeur, soit moins vite que les prix. Le pouvoir d’achat global a diminué de 0,4 % et celui calculé par unité de consommation de 0,7 %. Une fois prises en compte les dépenses contraintes, la dégradation apparaît encore plus marquée : le pouvoir d’achat du revenu arbitrable recule de 1,1 %, voire de 1,4 % par unité de consommation. En outre, les Français ont privilégié l’épargne dont le taux est resté particulièrement élevé à 17,9 % du revenu disponible, contre une moyenne de 14,4 % avant la crise sanitaire. Cette persistance d’une épargne abondante témoigne moins d’une aisance financière que d’un climat de précaution. Les ménages continuent d’accumuler des réserves en raison des incertitudes économiques, sociales et géopolitiques qui entourent les années à venir.
L’examen détaillé des postes de consommation met en évidence des arbitrages de plus en plus marqués. Les dépenses alimentaires progressent légèrement en volume (+1,5 %), mais certaines catégories continuent de reculer. La consommation de viande diminue encore de 0,6 % tandis que celle de poisson et de produits de la mer baisse de 1,5 %. Depuis 2019, ces dépenses ont respectivement chuté de près de 12 % et de plus de 20 %. Les considérations budgétaires se mêlent ici à l’évolution des habitudes alimentaires et aux préoccupations environnementales. Les dépenses liées au tabac ont reculé de 6,4 % tandis que celles consacrées aux boissons alcoolisées ont diminué de 2,3 %. Ces tendances prolongent des évolutions de long terme où les comportements de santé et les contraintes budgétaires convergent.
Le logement demeure l’un des principaux postes de dépenses. Les loyers continuent de progresser, tandis que les dépenses d’électricité et de gaz restent pratiquement stables malgré la baisse des tarifs énergétiques.
En 2025, les achats de véhicules ont reculé de 4,8 % après plusieurs années déjà décevantes. Depuis 2019, la baisse sur ce poste d’achat dépasse 15 %. L’augmentation du prix des véhicules, les incertitudes entourant la transition énergétique et le ralentissement économique expliquent largement cette situation. Dans le même temps, les dépenses de carburants restent orientées à la baisse malgré des prix plus favorables.
Les dépenses d’équipement du logement continuent également de souffrir. Les achats de meubles reculent pour la quatrième année consécutive. Le marché de l’ameublement demeure l’un des grands perdants de l’après-Covid. Après l’euphorie des années de confinement, les ménages semblent avoir achevé leur cycle d’équipement et privilégient désormais d’autres usages de leur revenu.
À l’inverse, certains secteurs continuent de bénéficier d’un fort attrait. Les dépenses de restauration et d’hébergement progressent encore de 2,3 %. Elles dépassent désormais de plus de 20 % leur niveau de 2019. Le désir e voyages et de loisirs semble résister aux contraintes budgétaires. Cette évolution illustre la transformation progressive de la consommation française : les dépenses d’usage gagnent du terrain sur les dépenses de possession.
La santé constitue un autre moteur important de la consommation. Les dépenses augmentent encore de 2,4 %, portées notamment par une forte progression des achats de médicaments. Le vieillissement démographique, les innovations thérapeutiques et l’augmentation des besoins médicaux soutiennent durablement ce secteur.
Plus largement, six ans après la crise sanitaire, le profil de consommation des Français apparaît transformé. Certaines dépenses demeurent durablement en dessous de leur trajectoire historique : habillement, alimentation, équipement du logement ou transport. D’autres affichent au contraire une dynamique supérieure à celle observée avant 2020, notamment les services de restauration, les activités de loisirs, la santé ou encore les services numériques. Cette recomposition reflète des mutations économiques et sociologiques profondes. Les ménages arbitrent davantage leurs dépenses, privilégient les services, accordent une place croissante au bien-être et à l’expérience, tout en restant attentifs à leur sécurité financière.
Le retour de l’inflation, en 2026, avec la guerre au Moyen-Orient, devrait accentuer les tendances de ces dernières années. Sur les premiers mois de l’année, la consommation est orientée à la baisse.


