7 octobre 2017

C’est déjà hier (7 octobre 2017) Emploi – Investissement – Epargne – Catalogne

Le chômage a atteint un palier en Europe

Depuis le début de l’été, le chômage ne recule plus au sein de la zone euro. Cette stagnation s’explique par le fait que plusieurs pays sont en situation de plein emploi et ne peuvent plus peser sur le niveau de chômage européen. Par ailleurs, les pays à fort taux de chômage comme l’Italie ou la France n’enregistrent pas de diminutions de leur nombre de demandeurs d’emploi depuis plusieurs mois.

Dans ces conditions, en zone euro, le taux de chômage corrigé des variations saisonnières s’est établi à 9,1 % en août 2017, stable par rapport à juillet 2017. Sur un an, la baisse est de 0,8 point. Le taux du mois d’août est le plus faible enregistré dans la zone euro depuis février 2009. Au sein de l’Union européenne, le taux de chômage s’est établi à 7,6 % en août en baisse de 0,1 point  par rapport à juillet 2017. Il y a un an, le taux était de 8,5 %. Il s’agit du taux le plus faible enregistré au sein de l’Union depuis novembre 2008.

Parmi les États membres, les taux de chômage les plus faibles en août 2017 ont été enregistrés en République tchèque (2,9 %), en Allemagne (3,6 %) ainsi qu’à Malte (4,2 %). Les taux de chômage les plus élevés ont quant à eux été relevés en Grèce (21,2 % en juin 2017) et en Espagne (17,1 %). Sur un an, le taux de chômage a baissé dans tous les États membres dont les données sont comparables dans le temps, sauf en Finlande où il est resté stable. Les baisses les plus marquées ont été observées à Chypre (de 13,1% à 10,7%), en Grèce (de 23,5 % à 21,2 % entre juin 2016 et juin 2017) et en Espagne (de 19,3 % à 17,1 %). Le taux de chômage est resté stable à 9,8 % en France en hausse de 0,1 point par rapport à juillet. Sur un an, la baisse est faible, -0,2 point. Certains experts doutent de la fiabilité des statistiques d’Eurostat qui extrapole les résultats trimestriels de l’INSEE en intégrant l’évolution du nombre des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle Emploi.

En août 2017, le taux de chômage aux États-Unis s’est établi à 4,4 %, en hausse par rapport au taux de 4,3 % enregistré en juillet 2017 mais en baisse par rapport au taux de 4,9 % d’août 2016.

 Les entreprises européennes toujours sur la bonne voie

 Les entreprises européennes ont repris le chemin de l’investissement en 2016. Cette reprise se confirme de trimestre en trimestre. Ainsi, selon Eurostat, au deuxième trimestre 2017, le taux d’investissement des entreprises s’est établi à 23,2 % dans la zone euro, contre 22,9 % au trimestre précédent. Néanmoins, ce taux est inférieur à celui d’avant crise. En 2007, le taux d’investissement était de 24 %.

 

Les résultats des entreprises européennes sont en amélioration depuis le début de l’année 2014 tout en restant également en-deçà de leur niveau d’avant crise. La part des profits des entreprises s’est élevée à 40,8 % de leur valeur ajoutée au deuxième trimestre 2017 dans la zone euro, contre 40,5 % au premier trimestre 2017.

Le taux d’épargne en progrès en Europe

Dans l’ensemble des pays de la zone euro, les ménages ont tendance à accroître leur effort d’épargne. A première vue, cette situation peut surprendre. En effet, l’amélioration de la situation de l’emploi et la progression du niveau de confiance des ménages auraient pu s’accompagner d’une hausse plus rapide des dépenses de consommation. Mais, après de nombreuses années de crise marquées par une stagnation voire un recul du pouvoir d’achat, les ménages ont tendance à augmenter leur épargne de précaution. Le vieillissement de la population européenne favorise également la montée de l’épargne. Enfin, par effet d’encaisse, la faible rémunération des produits de taux amènent les européens à augmenter leur épargne. En effet, pour atteindre à terme un montant jugé satisfaisant, il faut augmenter les versements par rapport à une situation où les taux seraient plus élevés. Ce comportement avait été constaté en période de forte inflation.

Ainsi, au deuxième trimestre 2017, dans la zone euro, le taux d’épargne des ménages s’est établi à 12,1 % contre 12,0 % au premier trimestre 2017. Le taux d’investissement des ménages qui dépend essentiellement des achats immobiliers était en léger recul au 2e trimestre à 8,7 % du revenu disponible brut contre 8,9 % au trimestre précédent.

 

Le coût du travail en France, une maîtrise relative

En France, selon COE-Rexecode, le coût horaire du travail est évalué, tout secteur confondu, à 37 euros au 2e trimestre 2017. Il demeure supérieur à la moyenne de la zone euro (30,8 euros) et aux coûts allemand, italien et espagnol. Néanmoins, sa progression est désormais inférieure à celle constatée chez nos principaux partenaires. Il a augmenté de 1,3 % sur un an, soit moins vite qu’en Allemagne (+2,3 %) et que la moyenne de la zone euro (+1,8 %). En Espagne, la progression est plus faible qu’en France (+0,7%).

En France, cette moindre progression des coûts salariaux est imputable au Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi dont le taux est passé de 6 à 7 points au 1er janvier 2017. Les charges annexes aux salaires n’augmentent que de 0,2 % sur un an. Le maintien d’un fort taux de chômage et le développement des emplois de service en intérim ou en CDD pèsent sur les augmentations de salaires. Ces derniers ont augmenté de 1,9 % sur un an contre 2 % au sein de la zone euro et 2,9 % en Allemagne.

Pour l’industrie manufacturière, la France est moins chère que l’Allemagne mais reste au-dessus de la moyenne de la zone euro. Le coût salarial horaire français s’élève à 38,6 euros au 2e trimestre 2017, en hausse de 1,5 % sur un an. La moyenne au sein de la zone euro est de 33,5 euros en hausse de 1,6 % sur un an. En Allemagne, le coût salarial au sein de l’industrie manufacturière est de 41,1 euros en hausse de 1,6 % sur un an. Le CICE explique la relative modération des salaires dans le secteur manufacturier. Les charges annexes aux salaires n’ont augmenté que de 0,4 % sur un an en France contre +1,3% en moyenne dans la zone euro. En revanche, les salaires manufacturiers français progressent plus vite que la moyenne de la zone euro (+2 % contre +1,7 %), à un rythme similaire à celui des salaires manufacturiers allemands.

 Sur la période 2012-2017, la diminution de 0,6 % des charges sociales a permis de compenser en partie la progression des salaires, cette dernière restant supérieure à celle enregistrée dans les autres pays de l’Union. Le SMIC et les dispositifs de revalorisation pluriannuelle prévus par les accords de branche ou d’entreprise, ainsi que ceux prenant en compte l’ancienneté, expliquent l’évolution des salaires.

 La Catalogne « au bord de la crise de nerfs »

L’Espagne est confrontée à une crise institutionnelle sans précédent avec la volonté des autorités locales de Catalogne de prononcer l’indépendance de leur région. Le pouvoir central a déjà été amené à gérer une telle situation avec le Pays basque mais ce précédent se distinguait du cas présent car les indépendantistes basques ne disposaient pas de la majorité au sein de l’exécutif régional.

 

La Catalogne a toujours eu des tentations irrédentistes liées à son histoire, sa culture et son positionnement géographique.

La Catalogne a été conquise par les Arabes en 712 et a été intégrée dans le califat omeyyade. Elle a été reprise par Charlemagne en 801. La Catalogne a été alors découpée en de nombreux comtés faisant partie intégrante de l’Empire Carolingien. La Catalogne, se situant aux marges de l’Empire, a vocation à être un rempart face aux invasions barbaresques. Après la chute de l’Empire carolingien, la région de Barcelone a appartenu à la couronne d’Aragon qui rassemblait de nouveaux territoires méditerranéens et pyrénéens (Corse, Sicile, Sud de l’Italie, Baléares, Albi, etc.). Le traité de Corbeil, en 1218, stipulait que le roi de France (Louis XI) renonçait à ses prétentions sur la Catalogne mais en contrepartie, celle-ci perdait ses possessions en Languedoc et en Midi-Pyrénées.

À l’extinction de la dynastie catalane en 1410, la Catalogne est rattachée à la Castille et donc à l’Empire des Habsbourg espagnols. Cette intégration prenant réellement effet en 1572 prévoyait que chaque royaume pouvait conserver ses coutumes, ses droits, sa langue et sa culture. Les relations entre le pouvoir central espagnol et la Catalogne se compliquèrent à partir du XVIIe siècle. Les autorités locales supportaient de plus en plus mal le centralisme imposé par Madrid. Lors de la guerre entre l’Espagne et la France, les autorités de Barcelone exprimèrent quelques sympathies à l’égard de la seconde. La France en profita pour récupérer l’ensemble du Roussillon. En revanche, dans la guerre de succession, la Catalogne prit le parti des Habsbourg contre les Bourbon. La victoire de ces derniers entraîna une guerre civile qui s’est traduite par un long siège de Barcelone dont la capitulation intervint le 11 septembre 1714. Ce jour est devenu celui de la fête nationale de Catalogne. Annexée à l’Empire français de 1812 à 1814, la Catalogne réintègre le giron de l’Espagne avec la première abdication de Napoléon 1er. Au cours du XIXe siècle, la Catalogne connut un vif développement industriel bien plus rapide que le reste de l’Espagne. Les idées autonomistes se diffusèrent au sein de la société. Le 25 mars 1882, une assemblée de 240 délégués se réunit et rédigea un document appelé « Bases par la constitutcion catalana » qui fixa le cadre institutionnel d’une future Catalogne libre.

La Catalogne bénéficia d’un premier statut d’autonomie en 1932. Durant la Guerre civile, la région était à dominante républicaine. Après la Seconde guerre mondiale, le régime franquiste accepta le maintien des droits linguistiques catalans. En 1978, la nouvelle constitution espagnole a reconnu le statut d’autonomie de la Catalogne. À partir des années 90, les relations entre Madrid et Barcelone se tendent ; le nouveau statut de 2006 qui devait pacifier les relations a eu un effet inverse. Ce statut accordait de larges pouvoirs aux autorités de Catalogne tant en matière culturelle, économique mais aussi sur le plan de la sécurité intérieure. Si le préambule du statut de 20006 reconnait la nation catalane, en revanche, au niveau juridique, la région est considérée comme une communauté autonome faisant partie de l’Espagne. Le tribunal constitutionnel espagnol a, en 2010, récusé plusieurs points du statut jugés non conformes à la constitution. Les points en question sont les notions de Nation, de justice autonome et de fiscalité. Cette décision a entraîné une manifestation rassemblant plus d’un million de personnes. Dans le prolongement de ce débat, le président de la Généralité de Catalogne, Artur Mas, a souhaité obtenir l’indépendance par référendum. Un premier scrutin, déjà jugé illégal sur l’avenir politique de la Catalogne est organisé en 2014. Les votes favorables à l’indépendance atteignent 80 % mais la participation avait été faible.

Avec le durcissement de la crise en 2011 et la montée de l’extrême gauche, le mouvement indépendantiste s’est radicalisé. Artur Mas qui ne récusait pas la négociation avec Madrid a été dépassé par Carles Puigdemont, député au Parlement régional et maire de Gérone. Il est le Président de l’Association des municipalités pour l’indépendance. Le 9 juin 2017, le gouvernement catalan, conjointement avec les députés indépendantistes du Parlement de Catalogne, a décidé l’organisation d’un référendum, le 1er octobre 2017 avec comme question « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une république ? ». 40 % des électeurs potentiels se seraient déplacés et auraient voté à 90 % pour l’indépendance. Ce scrutin avait été jugé illégal par le Tribunal constitutionnel espagnol et ses organisateurs sont poursuivis par la justice espagnole mais laissés en liberté. Carles Puigdemont menace prochainement de proclamer l’indépendance de la Catalogne.

Après l’Écosse, l’Europe est confrontée à un risque majeur de scission-sécession. L’éclatement de l’Espagne constituerait un précédent. Mais au-delà des questions d’ordre politique, quels sont les enjeux économiques de cette potentielle indépendance ?

La Catalogne, une région riche mais endettée

La Catalogne est une région riche mais pas la plus riche d’Espagne. La Catalogne possède 7,5 millions d’habitants, sa superficie est de 32 108 kilomètres carrés. Elle représente un peu moins d’un cinquième du PIB espagnol. Elle est devancée par la région de Madrid. En termes de PIB par habitant, elle se classe au 4e rang derrière Madrid, le Pays basque et la Navarre. Son taux de chômage est de 13,2 % (1er trimestre 2017), soit nettement moins que le taux moyen (17,2 %) mais équivalent à celui de Madrid (13 %).

L’économie catalane repose sur les secteurs de l’automobile (Nissan, Volkswagen), le secteur agro-alimentaire (viande) et la chimie (50 % de la production espagnole). La région est reconnue pour la vitalité de sa recherche en particulier dans les domaines de la génétique, des neuroscience et de la biologie. Les universités catalanes sont parmi les meilleures du pays: sur les cinq premières universités espagnoles du classement de Shanghai, trois sont catalanes. La Catalogne se présente même comme la première d’Europe en nombre d’entreprises pharmaceutiques par habitant. La Catalogne est la première destination touristique d’Espagne. Elle a accueilli en 2016 plus de 18 millions de touristes étrangers. Le développement touristique donne lieu à une contestation croissante en particulier de la part de l’extrême gauche. La nouvelle municipalité de Barcelone entend limiter l’afflux de touristes.

Le port de Barcelone est le troisième d’Espagne pour les marchandises, après Algesiras et Valence, et l’un des plus importants d’Europe pour les croisières. La Catalogne est la première région exportatrice d’Espagne, avec un quart des ventes de marchandises à l’étranger. Plusieurs grandes entreprises ont leur siège à Barcelone: le groupe textile Mango, la troisième banque espagnole CaixaBank, le géant gazier Gas Natural, le groupe autoroutier Abertis (propriétaire des autoroutes françaises Sanef) ou encore le parfumeur Puig (propriétaire de Nina Ricci, Paco Rabanne et Jean Paul Gaultier).

Les indépendantistes catalans mettent en avant que leur région finance à fond perdu les autres régions. Ils considèrent que la Catalogne ne bénéficie pas de l’appui de Madrid pour développer ses infrastructures. La contribution de Barcelone à l’État central est évaluée par les indépendantistes à 8 % du PIB régional contre 5 % par le Gouvernement de Madrid. Les opposants à l’indépendance soulignent que la Catalogne est pénalisée par le poids de sa dette qui atteint 35,2 % de son PIB, ce qui en fait la troisième région la plus endettée d’Espagne au premier trimestre 2017.

En valeur absolue, la Catalogne est même en tête, avec 75,4 milliards d’euros à fin mars. Sa dette est classée dans la catégorie spéculative, l’empêchant de se financer directement sur les marchés. Elle dépend, de ce fait, des prêts de l’État central.

L’Espagne ressortirait, en cas de scission, affaiblie tant politiquement qu’économiquement. Il y aurait un risque de contagion  avec une renaissance possible du nationalisme basque. Économiquement, l’Espagne perdrait une de ses grandes régions industrielles et touristiques qui était un peu devenue le symbole de l’après franquisme. Barcelone rivalise de plus en plus avec Paris, Londres, Berlin et New-York comme ville phare du tourisme mondial. En cas d’indépendance, la question de l’appartenance de la Catalogne à l’Union européenne et à la zone euro se poserait. Par définition, il n’y aurait pas d’adhésion automatique. Les États membre ne seraient guère pressés d’intégrer la Catalogne par crainte d’un effet domino. Par ailleurs, l’Espagne ne pourrait y être qu’opposée. Le Commissaire européen, Pierre Moscovici a ainsi déclaré le 5 octobre 2017, « imaginons que la Catalogne proclame son indépendance dans les jours à venir. Là, les choses sont assez claires. La Catalogne indépendante ne serait pas membre de l’Union européenne. L’Union européenne ne connaît qu’un État membre, l’Espagne ». Il ne pouvait guère dire autre chose… De ce fait, la Catalogne risquerait de devoir négocier des accords avec l’Europe et serait confrontée à des droits de douane et à la nécessité de battre monnaie. Certains économistes espagnols considèrent que le prix à payer serait une chute du PIB de 20 à 30 % dans les cinq années suivant l’indépendance.

Du fait des menaces que fait peser le risque d’indépendance à court et moyen terme, plusieurs entreprises catalanes ont annoncé leur souhaite de déménager leur siège social. Banco Sabadell, deuxième banque de Catalogne et cinquième d’Espagne, a ainsi annoncé le transfert de son siège à Alicante, dans le Sud-Est. CaixaBank, troisième banque d’Espagne, devrait également étudier un possible déménagement de son siège. Le gouvernement espagnol a approuvé vendredi un décret facilitant le changement de siège social des entreprises à travers l’Espagne. Cette décision pourra être prise par le conseil d’administration qui n’aura pas nécessité de convoquer une assemblée générale des actionnaires.