Economie – Espagne – Italie – Etats-Unis – Europe
Europe : pourquoi un tel retard sur les Etats-Unis ?
Depuis une vingtaine d’années, les Etats de l’Union européenne accuse un retard de croissance par rapport aux Etats-Unis. Celui-ci est mesuré par plusieurs indicateurs : le taux de croissance, le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat, la productivité. Au-delà de sa mesure, les deux questions clefs sont son origine et son comblement.
Le PIB par tête s’élève à 85 000 dollars aux Etats-Unis contre 42 000 pour l’Union Européenne. Ce rapport de 1 à 2 est plus faible en prenant en compte le niveau de prix et en retenant comme indicateur le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat. Celui-ci est de 78 000 dollars aux Etats-Unis et de 55 000 au sein de l’Union européenne. Depuis 2010, l’écart entre les deux zones économiques s’accroit fortement (+20 %).
L’écart de PIB est avant tout la conséquence de la divergence des gains de productivité de part et d’autre de l’Atlantique. La productivité par heure travaillée à progressé de 38 % entre 2002 et 2025 aux Etats-Unis, contre 20 % au sein de l’Union européenne e de 18 % en zone euro. Elle baisse depuis 2017 au sein de cette dernière. Au total, la productivité horaire a augmenté de 12% de plus aux Etats-Unis que dans l’Union européenne et de 16% de plus que dans la zone euro de 2002 à 2023.
Le retard de l’Europe est imputable à plusieurs facteurs dont, en premier lieu, à celui de la taille des secteurs des technologies de l’information et de la communication (TIC). La valeur ajoutée du secteur des TIC représente 8 % du PIB, en 2025, aux Etats-Unis, contre 4,5 % en zone euro. La croissance de ce secteur est deux fois plus rapide aux Etats-Unis qu’en Europe depuis le début des années 2000.
La productivité du travail dans le secteur des TIC augmente rapidement, et beaucoup plus vite aux Etats-Unis que dans la zone euro. Celle-ci, entre 2002 et 2025, a progressé de 200 % chez les premiers contre 50 % pour la seconde. Sur cette période, l’écart annuel entre les gains de productivité aux Etats-Unis et dans la zone euro dans les secteurs des TIC est de 4,5 points de pourcentage. Cet écart est particulièrement élevé de 2003 à 2011.
Le retard en matière de TIC en Europe s’explique notamment par la faiblesse des dépenses de Recherche-Développement. Ces dépenses représentaient 3,5 % du PIB, en 2025, aux Etats-Unis, contre 2,4 % en zone euro. Elles sont relativement stables en Europe depuis une dizaine d’années quand elles progressent Outre-Atlantique. Les investissements en Nouvelles Technologies dans la zone euro sont insuffisants. Ils s’élèvent à 0,7 % du Pib, en 2025, contre 1,25 aux Etats-Unis.
L’Europe est handicapée par l’absence d’un marché unifié de capitaux et par la faiblesse des fonds de private equity qui joue un rôle important dans le financement des entreprises du secteur des TIC.
Les mesures de protection de l’emploi en Europe ne favorise pas l’essor de nouveaux secteurs d’activité. Les pouvoirs publics tendent à protéger les secteurs traditionnels et sont les relais de la population qui sont inquiets du développement des nouvelles technologies accusées de détruire des emplois.
L’Espagne et l’Italie sont-elles surévaluées ?
L’Espagne, depuis plusieurs années, se distingue par un taux de croissance supérieur à la moyenne de la zone euro. De son côté, l’Italie, longtemps mauvais élève de l’Europe en matière de finances publiques a réussi le tour de force de diviser son déficit budgétaire. Au-delà de ces succès réels, la situation de ces deux pays demeure fragile. Le vieillissement démographique et la faiblesse des gains de productivité pourraient remettre en cause les performances économiques et financières dans un avenir proche. Pour le moment, les investisseurs ignorent ces problèmes mais pour combien de temps ?
L’Espagne et l’Italie empruntent à un taux pus faible que la France. Les écarts de taux avec ceux de l’Allemagne se sont réduits, preuve de la confiance qu’inspirent ces deux pays auprès des investisseurs internationaux. Le déficit public de l’Espagne comme de l’Italie est revenu autour de 3 % du PIB. Pour la seconde, la réduction entre 2023 et 2025 a été importante, plus de trois points de PIB. L’Espagne connait une croissance autour de 3 % pour son PIB. En revanche, l’Italie enregistre une expansion plus modérée entre 0,5 et 1 %. La croissance espagnole est tirée par le tourisme et par l’agro-alimentaire. Mais cette amélioration de leur situation économique ne doit pas cacher que l’Espagne et l’Italie sont affectées par de nombreux problèmes structurels.
Un vieillissement démographique prononcé
L’Espagne et l’Italie sont affectées par un fort vieillissement démographique qui n’est que partiellement compensé par l’immigration. L4espagne a accueilli 2 millions d’immigrés en 3 ans et assume cette ouverture sur l’étranger. L’Italie dont le gouvernement s’est faire élire en partie sur un programme anti-immigration a du y renoncer et a accordé 450 000 permis de travail entre 2023 et 2025. Elle prévoit d’en autoriser 500 000 entre 2026 et 2028. Ces deux pays se caractérisent par des taux de fécondité faibles, 1,1 en Espagne et 1,2 en Italie. Depuis plusieurs années, la population active diminue de 1 % par an.
Une stagnation de la productivité
La productivité du travail croît très lentement en Espagne depuis 2018 et recule en Italie depuis 2022. Dans ce dernier pays, la productivité est étale depuis quinze ans. En Espagne, la hausse atteint 10 %. La croissance n’est donc pas basée sur une progression de la productivité. L’Italie et l’Espagne sont avec la France les pays qui utilient le moins de robots au sein de l’OCDE.
Cercle de l’Epargne – données Worldrobotics
La faible productivité et la baisse de la population active associée à un niveau de compétences de celle-ci perfectible expliquent la stagnation de la production manufacturière en Espagne et son recul en Italie/
Une faiblesse ses compétences de la population active
L’Espagne et l’Italie sont en fin de peloton pour le niveau de formation de jeunes au sein de l’OCDE comme en témoignent les enquêtes de l’OCDE.
Cercle de l’Epargne – données OCDE
Ce faible niveau de formation rejaillit sur celui des compétences des actifs comme l’indique l’étude PISA de l’OCDE.
Cercle de l’Epargne – données OCDE
Un taux d’emploi médiocre
Au sein de l’Union européenne, l’Espagne et l’Italie se démarquent par un faible niveau du taux d’emploi. Avec des taux respectifs, en 2025, de 67 et 64 %, ces deux pays sont loin derrière les Pays-Bas (82 %) ou l’Allemagne (78°%).
Un taux de chômage des jeunes élevé
Le taux de chômage des jeunes (taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans, calculé comme la proportion de la population non scolarisée qui recherche un emploi), a certes beaucoup baissé depuis le début des années 2010, mais reste anormalement élevé, tant en Espagne qu’en Italie. Il s’élève à 25 % chez la première et à 20 % pour la seconde en 2025.
Un recul du pouvoir d’achat des salariés
Compte tenu de l’évolution de la productivité et de l’inflation, le pouvoir d’achat du salaire par tête a stagné depuis 2009 en Espagne et a reculé de 7% en Italie depuis 2011. Les consommateurs de ces deux pays se sont donc appauvris.
L’Espagne : championne des TIC
L’Espagne dont le taux de croissance est élevé arrive à réduire ses faiblesses ce qui est le moins le cas pour l’Italie. Les secteurs des technologies de l’information et de la communication et de la pharmacie se développent rapidement en Espagne, en particulier avec des investissements étrangers importants. Ces derniers ont atteint 35 milliards d’euros en 2024 en Espagne, contre 29 milliards d’euros en France, 19 milliards d’euros en Allemagne et 15 milliards d’euros en Italie.
La valeur ajoutée du secteur des technologies de l’information et de la communication représente 3,3 % du PIB en Espagne contre 3,1 % en Italie. L’économie espagnole n’est donc pas soutenue uniquement par les secteurs comme le tourisme. La balance commerciale assure néanmoins 4,5 % du PIB espagnol, contre 1 % pour l’Italie.
L’Espagne en pointe pour les énergies renouvelables
L’Espagne a réussi, ces dernières années, à développer les énergies renouvelables. Celles-ci fournissent 56 % de l’électricité et 25 % du total de l’énergie, alors qu’en Italie, les rations respectifs sont 43% de l’électricité et 19 % (année 2024). L’Espagne, dispose d’un avantage comparatif avec un prix de l’électricité plus faible que l’Allemagne et que l’Italie (82 euros le MWh en Espagne, 103 euros le MWh en Allemagne, 115 euros le MWh en Italie). Il demeure néanmoins plus élevé qu’en France (56 euros le MWh). Le taux d’investissement des entreprises est sensiblement plus important en Espagne qu’en Italie. Il s’élevait en 2025 à 12 % du PIB en Espagne contre 11 % en Italie.
L’Espagne et l’Italie, au-delà de certaines faiblesses structurelles, ont réussi un rebond économique et budgétaire prouvant que le déclin n’est pas une fatalité. Les deux pays sont dirigés par des gouvernements d’obédience différente. L’Espagne a été incapable de faire adopter depuis trois ans le moindre budget. Ces deux pays ont su utiliser de manière efficiente les aides européennes issues du plan Next Generation EU (72 milliards d’euros venant de ce plan on été reçus par l’Espagne, sur un total de 163 milliards d’euros de prêts et de subventions possibles, 140 milliards d’euros ont été reçus par l’Italie sur un total de 194 milliards d’euros possibles). Malgré tout, au vu du poids croissant des TIC et de l’énergie renouvelable au sein de l’economie, l’Espagne pourrait continuer à enregistrer un taux de croissance élevé. L’Italie, e revanche, risque de connaitre une évolution plus lente.


