21 août 2026

Economie – France – zone euro – compétitivité – Etats-Unis – crise financière

Amélioration de la compétitivité de la France au sein de la zone euro !

Longtemps considérée comme moins compétitive que ses voisins industriels, la France améliore progressivement sa position au moment où le modèle productif de l’Allemagne entre dans une phase de transition. Les investissements internationaux, la stabilisation du poids de l’industrie après des années de recul, la vigueur des services et l’essor des actifs immatériels témoignent de cette évolution.

Depuis 2017, et plus nettement encore depuis 2020, les indicateurs économiques français s’améliorent même si la population a le sentiment inverse. Dans le même temps, ceux de la zone euro, essentiellement ceux de l’Allemagne, connaissent une évolution moins favorable.

Les investissements directs constituent un premier marqueur de cette nouvelle donne. Depuis 2018, les flux entrants et sortants sont globalement équilibrés en France. Les entreprises françaises poursuivent leur développement à l’international, tandis que les groupes étrangers continuent d’investir dans l’Hexagone. Cette situation confirme l’intégration de la France dans les chaînes de valeur mondiales et de sa capacité à attirer des projets nouveaux. La taille de son marché, la qualité de ses infrastructures, la qualification de sa main-d’œuvre et le dynamisme de plusieurs de ses secteurs d’activité contribuent à cette attractivité. L’aéronautique, le luxe, l’énergie, les services financiers, la recherche, le numérique et, plus récemment, l’intelligence artificielle figurent parmi ses principaux atouts.

À l’échelle de la zone euro, les investissements directs entrants sont, depuis 2020, inférieurs aux investissements sortants. Cette évolution traduit notamment l’internationalisation croissante des entreprises européennes, qui cherchent à se rapprocher des marchés en expansion. Elle souligne également la perte de compétitivité de la première puissance économique de la zone euro, l’Allemagne, confrontée, depuis 2022, à l’augmentation des cours de l’énergie et à la concurrence de plus en plus frontale de la Chine en particulier en matière automobile. Longtemps préservée du déclin, l’industrie allemande enregistre depuis quatre ans un net recul.

L’évolution de l’industrie française semble s’améliorer après des années difficiles. Le poids de la valeur ajoutée manufacturière s’est stabilisé depuis 2020 autour de 9,5 % du PIB en volume. Cette stabilisation ne constitue pas encore une réindustrialisation de grande ampleur, mais elle marque l’interruption d’un mouvement de recul ancien. Les créations ou extensions de sites dans les batteries, l’aéronautique, la santé, l’électronique, l’agroalimentaire et les technologies environnementales participent à cette évolution. La France semble désormais mieux placée pour accueillir des activités industrielles associant recherche, production et services.  La zone euro conserve néanmoins une assise manufacturière plus importante. En 2025, l’industrie représentait encore 14 % de son PIB, contre 15 % en 2021. Le léger recul enregistré au cours de cette période s’explique principalement par les difficultés de l’économie allemande, exposée au renchérissement de l’énergie, à la transformation du secteur automobile et au ralentissement de certains marchés extérieurs.

Le commerce extérieur fait également apparaître une évolution contrastée. En France, les échanges de biens manufacturés sont déficitaires depuis 2003. Ce déficit demeure un point de vigilance, même si la stabilisation récente de l’industrie pourrait contribuer, à terme, à son atténuation. La France bénéficie, en revanche, d’un important excédent dans les échanges de services hors voyages. Celui-ci met en évidence la compétitivité des services financiers, de l’ingénierie, du transport, des prestations aux entreprises et des activités numériques. Malgré un recul ponctuel en 2023, cet excédent demeure élevé.

L’économie française tire ainsi parti d’une spécialisation croissante dans les activités à forte valeur ajoutée. L’industrie elle-même intègre une quantité toujours plus importante de services, de logiciels, de recherche et de données. La frontière entre production industrielle et production de services devient, de ce fait, de moins en moins nette.

Dans la zone euro, les échanges de biens manufacturés restent excédentaires, même si cet excédent tend à se réduire depuis 2024. Le solde des services hors voyages s’est également replié. Ces évolutions reflètent le ralentissement du commerce mondial et la réorganisation des chaînes de valeur. Elles invitent surtout les États européens à conforter leurs positions dans les secteurs technologiques et les services à forte croissance.

L’investissement apporte enfin un éclairage essentiel sur les perspectives de long terme. En France, les dépenses en machines et équipements ont reculé depuis 2021. Elles représentaient 4,7 % du PIB en 2025, contre 6,3 % dans l’ensemble de la zone euro. Cette différence s’explique en partie par le poids plus faible de l’industrie dans l’économie française. La France se distingue néanmoins par la progression rapide de ses investissements en produits de propriété intellectuelle. Les dépenses consacrées à la recherche et développement, aux logiciels et aux bases de données augmentent fortement depuis 2016. Elles atteignaient 5,5 % du PIB en 2025, contre 4,5 % dans la zone euro.

Ce résultat constitue un atout majeur dans une économie où la création de valeur dépend de plus en plus de la maîtrise des technologies, des connaissances et des données. La France investit dans les ressorts de la croissance de demain. Son effort dans les actifs immatériels correspond à la place croissante qu’occupent le numérique, la recherche, l’ingénierie et les services spécialisés dans son économie.

Pour sa part, la zone euro conserve un niveau élevé d’investissement en machines et équipements. Cette caractéristique illustre la solidité de son tissu industriel. L’investissement en produits de propriété intellectuelle stagne toutefois depuis 2020, ce qui constitue une incitation à renforcer les dépenses de recherche, d’innovation et de numérisation.

La France bénéficie d’une amélioration progressive de son attractivité. Les investissements directs étrangers sont importants, le poids de l’industrie s’est stabilisé et les services dégagent un excédent extérieur élevé. La progression rapide des investissements en produits de propriété intellectuelle conforte, par ailleurs, son positionnement dans les activités à forte valeur ajoutée. Cette évolution participe à l’amélioration de sa balance des paiements courants. La zone euro reste un des principaux pôles industriels mondiaux. Elle dispose d’un appareil productif puissant et d’un niveau élevé d’investissement en équipements. Depuis 2020, elle traverse néanmoins une phase de transition qui se traduit par une moindre dynamique des investissements étrangers, un recul modéré du poids de l’industrie et une stagnation des dépenses immatérielles.

Etats-Unis : les effets d’un éventuel éclatement d’une bulle boursière

Au début de l’année 2000 aux États-Unis, l’éclatement de la bulle internet (l’indice Nasdaq 100 passant de 4 700 en mars 2000 à 800 en octobre 2002) avait eu des effets réels sur l’économie américaine et mondiale. Comme depuis 2022, les cours des valeurs technologiques s’apprécient de manière importante, la crainte d’un krach refait surface périodiquement.

Retour sur la bulle Internet du début du siècle

La bulle Internet enfle véritablement à partir de 1995. La diffusion du Web, l’équipement rapide des ménages en ordinateurs personnels et l’essor des télécommunications donnent naissance au concept de « nouvelle économie ». Les règles traditionnelles de valorisation des entreprises seraient devenues obsolètes. La croissance du nombre d’utilisateurs, des visites sur les sites ou du chiffre d’affaires prend souvent le pas sur les bénéfices et les flux de trésorerie. L’environnement économique favorise cette euphorie. Les États-Unis connaissent alors une longue phase de croissance, une inflation relativement faible et des gains de productivité importants. Les capitaux affluent vers les entreprises technologiques. Selon une étude du FMI, l’investissement dans les technologies de l’information progresse en moyenne d’environ 24 % par an entre 1995 et 2000.

Le capital-risque finance une multitude de jeunes sociétés. L’introduction en Bourse devient elle-même un élément du modèle économique. Une entreprise peut lever des capitaux avant même d’avoir démontré qu’elle sera un jour rentable. La perspective d’une introduction ou d’un rachat par un grand groupe entretient ainsi la hausse des valorisations.

Le phénomène prend une dimension spectaculaire entre 1998 et mars 2000. Les valeurs liées à Internet enregistrent alors des performances sans commune mesure avec celles de l’économie réelle. Selon le FMI, entre 1998 et le début de 2000, le rendement cumulé des actions du secteur Internet dépasse 1 000 %. Les valorisations sont d’autant plus difficiles à apprécier que nombre d’entreprises ne réalisent aucun bénéfice. Le marché valorise des perspectives parfois très éloignées dans le temps. Le raisonnement est simple : Internet devant devenir incontournable, les entreprises qui occupent rapidement le terrain sont supposées devenir les géants de demain.

Le Nasdaq atteint son sommet historique de la bulle au mois de mars 2000. Le retournement n’est pas provoqué par un événement unique comparable à la faillite de Lehman Brothers en 2008. Il résulte plutôt d’un changement progressif des anticipations.

Les investisseurs commencent à s’interroger sur les pertes accumulées par les start-up, leurs besoins permanents de financement et la faiblesse de leurs perspectives bénéficiaires. Dans le même temps, les investissements massifs réalisés dans les télécommunications et l’informatique font apparaître des surcapacités. Le FMI souligne ainsi le rôle du surinvestissement et des capacités excédentaires, particulièrement dans les télécommunications et les technologies de l’information. Les investisseurs révisent alors brutalement leurs anticipations de bénéfices à long terme.

L’éclatement de la bulle ne prend pas la forme d’une seule séance de panique. Il s’agit d’une longue décrue. Entre le début de l’année 2000 et la fin de 2002, le Nasdaq perd environ 78 % de sa valeur. Pour le Nasdaq-100, la baisse maximale dépasse même 80 % entre mars 2000 et octobre 2002.  L’indice Internet du Dow Jones chute d’environ 93 % entre son sommet et son point bas. La dépréciation porte sur plus de de 5 000 milliards de dollars. De nombreuses entreprises technologiques disparaissent permettant un écrémage et la montée en puissance des entreprises comme Alphabet ou Amazon  L’effondrement des valeurs technologiques n’a nullement signifié l’échec d’Internet. Au contraire, les vingt années suivantes ont confirmé l’essentiel des anticipations formulées à la fin des années 1990.

Malgré l’ampleur de la destruction de richesse boursière, la crise ne provoque pas l’effondrement du système bancaire. Le FMI souligne que le secteur bancaire américain est resté relativement préservé malgré l’ampleur du cycle de hausse et de baisse des actions technologiques.  Les États-Unis connaissent néanmoins une récession en 2001. L’investissement des entreprises chute fortement, en particulier dans les télécommunications et les équipements informatiques. À ce choc s’ajoutent les attentats du 11 septembre 2001, qui aggravent temporairement les difficultés économiques et financières.

En 2026, sommes-nous confrontés à une nouvelle bulle boursière autour de l’intelligence artificielle ?

La forte appréciation des valeurs liées à l’intelligence artificielle conduit inévitablement à établir un parallèle avec la bulle Internet de la fin des années 1990. Cette comparaison mérite néanmoins d’être maniée avec précaution. Les valorisations sont certes élevées, mais les grandes entreprises technologiques d’aujourd’hui disposent de bénéfices et de capacités financières sans commune mesure avec les start-ups d’il y a vingt-cinq ans qui perdaient alors de l’argent.

Au printemps 2026, le PER prospectif des « Magnificent Seven » s’élevait à environ 26,5 fois les bénéfices attendus, contre 21 fois pour l’ensemble du S&P 500 et moins de 18 fois pour les autres sociétés de l’indice. Hors Tesla, dont le PER dépassait 170, le multiple moyen des six autres grandes valeurs était proche de 25 fois. Nvidia se situait autour de 23 fois les bénéfices attendus, Microsoft et Meta autour de 21 fois, Alphabet à près de 28 fois, Apple à 30 fois et Amazon à 31 fois. Ces niveaux témoignent indéniablement d’une prime accordée aux entreprises technologiques, mais ils restent éloignés des excès observés au tournant du siècle. En 2000, la difficulté était d’ailleurs que de nombreuses entreprises Internet ne dégageaient aucun bénéfice et n’avaient donc tout simplement pas de PER calculable. Les investisseurs recouraient au chiffre d’affaires, au nombre d’abonnés, voire au nombre de visiteurs des sites pour justifier des capitalisations toujours plus importantes. Même les entreprises rentables avaient atteint des valorisations extrêmes. Cisco, alors considéré comme l’un des principaux bénéficiaires du développement d’Internet, était devenu en février 2000 la deuxième entreprise mondiale par sa capitalisation, derrière Microsoft, avec une valeur proche de 500 milliards de dollars. Certains analystes imaginaient alors qu’elle serait la première entreprise de l’histoire à franchir le seuil des 1 000 milliards de dollars. Son action allait pourtant perdre l’essentiel de sa valeur avec l’éclatement de la bulle.

La différence avec la situation actuelle tient surtout à la réalité des profits. Microsoft, Alphabet, Meta, Amazon, Apple ou Nvidia génèrent aujourd’hui des dizaines de milliards de dollars de bénéfices et disposent de bilans particulièrement solides. Les bénéfices par action des entreprises technologiques ont fortement progressé, et le consensus des analystes anticipe une progression rapide des bénéfices en 2026 et 2027. Ainsi, de 2024 à 2027, le bénéfice par action d’Alphabet devrait progresser de 82 %, celui de Meta de 46 %, celui d’Amazon de 84 %, celui de Microsoft de 64 %, celui de Nvidia de 318 %. Certes, certains s’interrogent sur la nature de ces profits fruit d’une répartition déséquilibrée de la valeur ajoutée ou d’effets de rente. Il n’en demeure pas moins que les investissements dans l’intelligence artificielle ne sont pas uniquement financés par les marchés. Ils le sont largement par les flux de trésorerie des grands groupes. Les bons résultats récents de Microsoft et d’Amazon ont d’ailleurs atténué les craintes concernant la rentabilité des investissements dans les infrastructures d’IA.

L’expérience de l’an 2000 invite à ne pas confondre révolution technologique et rentabilité boursière. Les grandes entreprises technologiques consacrent des sommes croissantes aux centres de données, aux semi-conducteurs et aux infrastructures énergétiques nécessaires à son développement. Les dépenses mondiales des grands acteurs de l’IA pourraient approcher 900 milliards de dollars en 2026 et 1 200 milliards en 2027, selon des estimations citées par JPMorgan. Pour justifier durablement ces investissements et les valorisations boursières actuelles, l’IA devra donc générer d’importants gains de productivité mais également des revenus supplémentaires pour les entreprises qui financent son déploiement.

La progression des indices composés de valeurs technologiques commencent à interroger. Le Nasdaq 100 est passé de 10 680 à la fin de décembre 2022 à 26 525 le 11 août 2026. De 2010 à 2025, cet indice a été multiplié par 12. Certaines entreprises accumulent des pertes importantes comme SpaceX ( 5 milliards de dollars de perte en 2025 pour un chiffre d’affaires de 19 milliards de dollars et une valorisation de 1 780 milliards de dollars). En 2025, OpenAI a réalisé environ 13 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre environ 3,7 milliards en 2024. En revanche, les dépenses ont atteint environ 34 milliards de dollars, dont 19 milliards consacrés à la R&D et près de 6 milliards aux ventes et au marketing. La perte nette comptable aurait atteint 39 milliards de dollars. Par ailleurs, OpenAI est valorisée autour de 850 milliards de dollars en aout 2026.

Une correction forte des indices boursiers aux Etats-Unis auraient des effets économiques non négligeables. En 2000, le taux d’épargne des ménages passe de 4,7 à 7 % du revenu disponible brut, avec en parallèle un recul de la consommation. De 2000 à 2003, l’investissement des particuliers dans l’habitat baisse de 3 points de PIB, de 13 à 10 %. L’investissement privé non résidentiel diminue fortement à partir de la seconde moitié de l’année 2000 (recul de deux points de PIB). Le solde du budget fédéral passe d’un excédent de 2,3 % du PIB en 2000 à un déficit de 3,3 % du PIB en 2003. Le taux de chômage progresse à partir de 2001, ce qui entraîne un recul de l’inflation. La Réserve fédérale passe d’une politique monétaire restrictive, avec un taux des fonds fédéraux (fed funds) de 6,5 % à la fin de l’année 2000, à une politique expansionniste, avec un taux des fonds fédéraux de 1,75 % à la fin de 2001 afin de lutter contre la récession. L’éclatement de la bulle Internet se fera ressentir aux Etats-Unis jusqu’en 2006 offrant un répit assez court du fait de la survenue de la crise financière de 2007/2009. Les investisseurs, après les pertes encaissées sur les valeurs technologiques de l’époque, ont tenté d’améliorer leurs