8 mai 2026

Economie – Inflation – Marchés financiers

Inflation forte ou faible dans le futur ?

L’inflation est à nouveau en hausse avec le conflit au Moyen-Orient. D’autres facteurs pourraient, de manière structurelle, conduire à une progression de celle-ci dans les prochaines années. Parmi ceux-ci figurent les tensions sur les marchés des minéraux critiques et des semi-conducteurs, le vieillissement démographique avec, en parallèle, le recul induit de la population en âge de travailler, ainsi que les tendances protectionnistes.

A contrario, des facteurs pourraient, en revanche, peser sur l’évolution des prix, comme l’excès de l’offre de biens résultant des surcapacités de production en Chine, le développement de l’intelligence artificielle avec une forte augmentation des gains de productivité, et la hausse de la production d’énergie électrique en lien avec l’essor des sources d’énergies renouvelables.

En ce début d’année 2026, l’inflation provient essentiellement de la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel, +40 % entre fin février et début mai. L’inflation a atteint 3 % en zone euro en avril. Cette vague inflationniste est la seconde en moins de cinq ans. L’instabilité croissante de l’économie mondiale, de conjoncturelle, devient structurelle. Le risque inflationniste géopolitique est intégré dans la fixation des taux obligataires.

La multiplication des conflits et des risques géopolitiques est de nature inflationniste. Les primes d’assurance pour le transport maritime augmentent. Les perturbations dans l’approvisionnement (blocus, embargos, sanctions, changement de routes) génèrent des surcoûts et des pénuries.

D’autres facteurs pourraient accentuer les tensions inflationnistes dans les prochaines années. Figurent notamment les tensions sur les marchés des minéraux critiques et des semi-conducteurs. Le développement de l’intelligence artificielle, avec les besoins de data centers et de puissance de calcul, provoque une forte demande en cuivre, en métaux rares et en microprocesseurs. Le prix du cuivre a doublé entre 2020 et 2026, celui du platine a progressé de 40 %. De 2025 à 2026, le prix des semi-conducteurs DDR3 2GB (mémoire vive) a été multiplié par trois, celui des semi-conducteurs Flash NAND par plus de deux. Compte tenu de l’augmentation des besoins avec la digitalisation croissante de l’économie, les prix de ces produits risquent d’être orientés à la hausse sur le moyen terme.

L’évolution de la démographie est également potentiellement inflationniste.

Le vieillissement démographique devrait se traduire par un surcroît d’inflation. La population en âge de travailler (de 15 à 64 ans) recule au Japon et dans la zone euro, et progresse peu aux États-Unis.

La baisse au sein de la zone euro est de 0,6 % par an, comme au Japon. D’ici 2040, la contraction devrait atteindre, dans ce dernier pays, 1,8 % par an. Aux États-Unis, avant la mise en œuvre de la politique anti-immigration de Donald Trump, la population active progressait de 0,1 à 0,2 % par an. Désormais, celle-ci serait étale, voire en légère baisse. Cette évolution de la population active signifie la multiplication des pénuries de main-d’œuvre, avec à la clé des hausses de salaires. Par ailleurs, une population âgée consomme avant tout des services générant de faibles gains de productivité, ce qui induit également de l’inflation.

Le recours croissant au protectionnisme

La hausse des droits de douane (aux États-Unis, en Europe sur les produits chinois) ou les autres formes de protectionnisme (réglementations qui défavorisent les produits importés, préférence nationale…) sont inflationnistes. L’augmentation des droits est en grande partie répercutée sur les consommateurs. La multiplication des contraintes non tarifaires aboutit à réduire la concurrence et favorise donc les hausses de prix. Par ailleurs, une moindre concurrence signifie une réduction des gains de productivité, ce qui alimente l’inflation.

Surcapacités de production en Chine

La Chine est caractérisée par un faible taux d’utilisation des capacités de production en lien avec la faiblesse de sa demande intérieure. Cette situation incite les entreprises chinoises à exporter en jouant sur les prix afin de soutenir leur production. Entre 2021 et 2026, le taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie manufacturière est passé, en Chine, de 76 à 74 %. En 2025, les exportations chinoises ont progressé de près de 10 %, quand celles à l’échelle mondiale n’ont connu qu’une augmentation de 3 %.

Les prix des biens en Chine étant d’environ 30 % inférieurs aux prix des biens aux États-Unis et en Europe, la Chine gagne des parts de marché à l’exportation. La faiblesse de l’inflation en Chine se diffuse à l’ensemble de la planète.

L’effet « intelligence artificielle »

Aux États-Unis, le développement de l’intelligence artificielle se traduit par d’importants gains de productivité. De 2010 à 2025, la productivité par tête dans le secteur privé a progressé de 25 % dans ce pays et de près de 10 % ces cinq dernières années.

Des capacités énergétiques importantes d’ici 2030

Tous les États mettent en œuvre des programmes visant à accroître leurs capacités de production d’énergie électrique afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de réduire la dépendance aux hydrocarbures et d’accompagner l’essor de l’IA, fortement consommatrice d’énergie. La hausse des capacités de production pourrait aboutir à un retournement des prix d’ici quelques années.

À court terme, la guerre au Moyen-Orient entraîne une hausse des prix. À moyen terme, des facteurs inflationnistes cohabitent avec des facteurs déflationnistes, rendant les prévisions délicates en la matière. La baisse de la croissance potentielle, qui est admise par un grand nombre d’économistes, devrait jouer en défaveur de l’inflation, à moins que l’économie mondiale ne renoue avec la stagflation.

Les marchés d’actions : entre résilience et déni

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février dernier, les marchés « actions » font preuve d’une réelle résilience, les indices américains battant même de nouveaux records. Les investisseurs demeurent optimistes en ce qui concerne les résultats des entreprises dans les prochains mois, malgré le ralentissement attendu de la croissance de l’économie mondiale. Ce pari est-il audacieux au vu du choc subi par les différents pays depuis plus de deux mois ?

Du 28 février à fin avril, l’indice S&P 500 a progressé de près de 4 % et l’indice Nasdaq Composite de près de 9 %. L’indice des 7 Magnifiques (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia, Tesla) a gagné, de son côté, plus de 10,2 %. L’indice Euro Stoxx 50, toujours par rapport au niveau de fin février 2026, a reculé de 5,2 %, témoignant de l’exposition des entreprises européennes à la fois à la hausse du coût de l’énergie et à la désorganisation des échanges avec le Moyen-Orient. En revanche, si le Japon dépend des importations d’hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient, le principal indice « actions », le Nikkei 225, a gagné 0,7 % depuis la fin de février 2026. Par ailleurs, le MSCI Emerging Markets, qui intègre les meilleures valeurs des pays émergents, a progressé de 0,5 %.

La hausse du marché américain peut s’expliquer par le fait que les États-Unis, en tant que premier producteur mondial de pétrole et de gaz, tirent profit de la hausse des cours. Le supplément de revenus est évalué à un point de PIB. Les exportations de pétrole brut américain dépassent 4 millions de barils par jour au premier trimestre 2026, contre moins de 2 millions de barils par jour en 2019. Celles de gaz naturel sont passées de 400 à 850 milliards de pieds cubes entre 2018 et 2026.

Même si les prix de l’énergie ont augmenté aux États-Unis, la hausse est moindre qu’en Europe. L’écart entre le baril Brent, servant de référence pour cette dernière, et le baril WTI américain atteint 10 %. La hausse des prix de l’énergie atteint 40 % en Europe, au Japon ou en Corée du Sud. Pour ces deux derniers pays, des risques de pénurie se font, par ailleurs, jour.

Avant le début de la guerre au Moyen-Orient, les importations européennes de combustibles atteignaient 3,9 % du PIB de l’Union européenne. Au premier semestre 2025, 50 % des importations de pétrole et 30 % des importations de gaz naturel (sous forme de GNL) des pays d’Asie transitaient par le détroit d’Ormuz. Les pays d’Asie ayant la plus forte exposition directe aux exportations de pétrole brut transitant par Ormuz sont la Chine (5,4 millions de barils par jour de pétrole brut transitant par le détroit d’Ormuz), l’Inde (2,1 millions de barils par jour), la Corée du Sud (1,7 million de barils par jour) et le Japon (1,7 million de barils par jour).

Source : U.S. Energy Information Administration (EIA)

25 % des exportations mondiales de GNL provenaient des pays du Golfe avant la fermeture du détroit d’Ormuz. La Chine, l’Inde, Taïwan, la Corée du sud et le Pakistan sont les importateurs asiatiques de GNL les plus touchés par la fermeture du détroit d’Ormuz.

Cercle de l’Epargne – données : U.S. Energy Information Administration (EIA)

La hausse des prix du pétrole et du gaz naturel, ainsi que le rationnement de la demande de pétrole et de gaz naturel en Asie, pèseront sur la croissance. La perte pourrait se situer entre 0,6 et 1 point de PIB en rythme annuel. Pour le moment, en Europe et en Asie, les valeurs « actions » ne pâtissent pas de ce risque. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette étonnante résilience. Le premier tient au fait que les résultats des entreprises étaient plutôt bien orientés avant le déclenchement de la guerre. Deuxièmement, à défaut d’autres placements attractifs, les investisseurs préfèrent conserver leurs positions. Les taux obligataires pouvant augmenter dans les prochains mois avec la hausse de l’inflation et celle des taux directeurs des banques centrales, il est urgent d’attendre. L’or est plutôt orienté à la baisse en raison des cessions réalisées par la Russie et par certains pays du Golfe. Le bitcoin, à la différence des crises précédentes, ne constitue pas, pour le moment, une planche de salut. Troisièmement, l’engouement pour l’intelligence artificielle perdure. Aux États-Unis, les indices sont tirés essentiellement par les valeurs technologiques, qui ont gagné 30 %, contre 20 % pour celles des sociétés pétrolières.

Un ajustement pourrait néanmoins survenir, en particulier en Europe et en Asie. Celui-ci pourrait se matérialiser au moment du relèvement des taux directeurs par les banques centrales. La prolongation du blocus du détroit d’Ormuz pourrait également conduire les investisseurs à changer de cap dans leur politique d’allocation d’actifs.