18 mars 2017

Le coin de la conjoncture du 18 mars

La croissance française pourrait retrouver la moyenne communautaire

Cette année, la France pourrait renouer avec une croissance proche de la moyenne de la zone euro ; c’est du moins ce qu’espère l’INSEE dans sa dernière note de conjoncture. La croissance devrait atteindre 0,3 % au 1er trimestre puis 0,5 % au 2e. Pour établir ses prévisions, L’INSEE se fonde sur les bons indices publiés depuis le début de l’année (climat des affaires et confiance des consommateurs). Les économistes de l’institut statistique français croient en la reprise de l’investissement des entreprises qui serait favorisée par le régime de suramortissement en vigueur jusqu’à mi-avril. Ils pensent également que le commerce extérieur devrait moins peser négativement sur la croissance. En revanche, la hausse des prix de l’énergie devrait freiner la hausse de la consommation des ménages. Ils parient sur la poursuite de la progression de l’investissement des ménages en logement. L’emploi total devrait augmenter de 93 000 sur le premier semestre, soit à un rythme plus rapide que celui de la population active permettant ainsi une baisse du taux de chômage qui passera de 10 à 9,8 % de décembre 2016 à juin 2017.

Évolution du chômage et de l’emploi

Le Frexit ou la dangereuse tentation de l’autarcie

Depuis la crise financière, les tentations protectionnistes voire autarciques se développent. Cela remet en cause un des principes de la vie économique de ces soixante-dix dernières années, la libéralisation croissante des échanges. Le commerce international, après la Seconde Guerre mondiale, a été perçu comme un des moyens d’instituer la paix entre les nations et de favoriser la croissance. Les accords du GATT puis ceux initiés par l’Organisation Mondiale du Commerce ont été – même s’ils ont été obtenus dans la douleur – considérés comme des vecteurs de la croissance mondiale. Depuis plusieurs années, le multilatéralisme n’a plus la cote. Les accords commerciaux sont de plus en plus difficiles à élaborer en raison des contestations qu’ils génèrent. Les coopérations régionales n’échappent pas à cette remise en cause du libre-échange. Ainsi, le Royaume-Uni qui a toujours été un ardent défenseur de la libre circulation des biens, des services et des capitaux a choisi de sortir de l’Union européenne. Même si le référendum s’est joué avant tout sur la question de l’immigration et des normes et non sur le libre-échange.

En France, plusieurs candidats ont présenté des mesures visant à favoriser sous des formes diverses le « fabriqué en France ». Si tous ne sont pas pour la sortie de l’Union européenne, il n’en demeure pas moins que leurs propositions sont en contradiction avec l’esprit du marché unique.

Plaçons-nous dans l’hypothèse où la France déciderait de sortir de l’euro. Quelles seraient les conséquences en matière de production et de croissance ?

La sortie de l’euro signifierait la réintroduction d’une monnaie nationale que par simplification, nous appellerons « le franc nouveau ». Supposons qu’un référendum soit organisé pour décider de la sortie de la zone euro et que les sondages donnent le « oui » gagnant, une fuite des capitaux serait incontournable. Les résidents français chercheraient à placer leurs actifs dans une autre monnaie que l’euro pour éviter d’être touchés au moment de la conversion. Les non-résidents réduiraient leur exposition vis-à-vis des actifs français et privilégieraient des investissements hors zone euro. Face à ce risque, le Gouvernement sera dans l’obligation d’instituer un contrôle des changes et certainement de limiter les retraits sur les comptes courants comme sur les principaux produits d’épargne pour éviter un « bank run » et un « assurance-run ».

En cas d’adoption d’une nouvelle monnaie, par simplification, le taux de change d’émission pourrait être fixé à un euro. Ce cours d’émission varierait ensuite en fonction de l’offre et de la demande de monnaie et des anticipations. Le franc nouveau, dès son émission, connaîtra, sans nul doute, une dépréciation. La valeur de l’euro est le reflet de la force des États membres. Par ailleurs, en étant la monnaie de plus de 300 millions d’habitants, il bénéficie d’un effet masse que n’aura pas la nouvelle monnaie française. En outre, la sortie de la zone euro sera perçue comme la volonté de s’affranchir des règles communes. Le franc se dépréciera tout comme l’euro par rapport au dollar et aux autres grandes monnaies internationales dont le dollar, le premier bien plus que le second. La monnaie unique, en étant amputée de la deuxième puissance de la zone euro, sortira, en effet, affaiblie par le départ de la France. Certains considèrent que le franc pourrait perdre 10 % de sa valeur par rapport à l’euro. Il conviendrait de mesurer la dépréciation par rapport au dollar. Elle pourrait atteindre sans nul doute 20 % voire plus, surtout dans la période de réintroduction.

Cette dépréciation du franc nouveau est jugée souhaitable par les tenants de la sortie de la zone euro. Ils mettent en avant que la compétitivité des produits et des biens français serait améliorée. Il en résulterait une progression des exportations ce qui favoriserait la croissance et l’emploi. Cet enchainement positif suppose que l’appareil de production soit en capacité de répondre à la demande et que l’inflation ne réduise pas l’avantage compétitif généré par la baisse de la valeur de la monnaie.

La France est, aujourd’hui, confrontée à un déficit commercial de 1,3 point du PIB. Ce déficit est en grande partie structurel. Il est lié à l’importation de produits énergétiques et de biens industriels. La facture énergétique est réglée en dollar. En cas de sortie de l’euro, elle pourrait augmenter d’au moins 20 % soit une dizaine de milliards de nouveaux francs à y consacrer par rapport au montant actuel. Il en résulterait un surcroît d’inflation.

 

Pour régler ses importations, la France aura besoin de devises, de l’euro, du dollar, du yen, du yuan. Nos partenaires pourraient rechigner à accepter notre monnaie. En optant pour la dévaluation de sa monnaie, la France s’exposerait à des réactions de la part des autres pays qui considéreraient que ce comportement est anti-coopératif. Il y aurait un risque non négligeable d’une montée du protectionnisme en Europe.

Si le Gouvernement décide d’exprimer en monnaie nationale la dette publique détenue à 60 % par des non-résidents, il s’expose à une crise financière grave car nul ne voudra, durant une certaine période, prêter aux agents économiques français. S’il accepte de rembourser en euro ou en monnaie forte, rapidement l’État sera confronté à un problème de solvabilité. Certains considèrent que la Banque de France qui serait placée sous l’autorité du pouvoir central pourrait suppléer l’absence de capitaux extérieurs. Une telle fuite en avant aboutirait à une forte dépréciation de la monnaie et à une progression de l’inflation débouchant sur une forte hausse des taux d’intérêt.

Face aux problèmes de financement et de règlement des importations, le Gouvernement n’aurait comme autre choix que de mener une politique de rigueur. Il faudrait tout à la fois réduire le déficit extérieur et limiter le déficit public afin de réduire les besoins de capitaux. À cette fin, les pouvoirs publics devront peser sur la demande intérieure en augmentant les prélèvements et en réduisant le montant des prestations. Pour légitimer cette politique d’attrition, le gouvernement pourra accuser de manière populiste les autres États européens. Ce choix de l’autarcie n’est pas tenable compte tenu de l’exiguïté du marché intérieur et de la forte dépendance de la France vis-à-vis des importations. En jouant la dépréciation de sa monnaie, la France pourrait attirer un nombre plus important de touristes mais ce serait faire le choix d’un développement économique via des activités à faibles gains de productivité.

 

L’Afrique entre l’eldorado et la bombe à mèche courte

L’Afrique qui représente 20 % des surfaces de la planète n’est pas une mais multiple, riche de ses 55 États aux caractéristiques très variées. Constitué de territoires aux frontières fragiles et contestées, ce continent qui est en pleine explosion démographique, constitue tout à la fois un gisement de croissance pour l’économie mondiale et un risque géopolitique.

D’ici 2050, la population africaine passera de 1,26 milliard d’habitants à 2,1 voire 2,4 milliards d’habitants (soit respectivement entre 16 et 26 % de la population mondiale). Les jeunes de 15 à 24 ans seront, en 2045, plus de 400 millions, selon la Banque Mondiale, contre 200 en 2015. Les jeunes représentent actuellement 60 % des chômeurs. En Afrique du Nord, le taux de chômage dépasse 30 %. Au Botswana, en République du Congo, au Sénégal, le taux de chômage y est encore plus élevé.

Des problèmes sanitaires et environnementaux

L’Afrique doit faire face à des problèmes sanitaires et climatiques importants. Ainsi, en deux ans, l’épidémie Ebola a occasionné 11 000 morts. L’Afrique subsaharienne comprend 70 % des personnes atteintes du SIDA à l’échelle mondiale. Cette maladie est la première cause de mortalité chez les jeunes de 10 à 19 ans.

Le réchauffement climatique et la surpopulation ne sont pas sans poser de problèmes. La surexploitation des fonds marins constitue un véritable danger à terme, avec la disparition de nombreuses espèces halieutiques. Le réchauffement accentue la dureté des sécheresses et entraîne des tensions entre les États pour l’accès à l’eau. Par ailleurs, du fait de la concentration de la population sur les côtes, l’élévation du niveau des mers constitue également un problème.

L’Afrique en proie au choc des migrations

Une forte croissance démographique, des taux de chômage élevés, une augmentation du niveau de formation, des structures politiques déliquescentes, sont autant de facteurs qui concourent au développement des conflits et de l’anarchie. La Libye. Le Niger, le Mali, le Soudan, la Centrafrique, la Somalie, l’Erythrée mais aussi la Côte d’Ivoire, le Burkina-Faso, le Nigéria, le Tchad, le Cameroun, le Sénégal ou le Kenya connaissent des troubles ethniques, religieux ou politiques violents, sur tout ou partie de leurs territoires. Plusieurs dizaines de millions de personnes sont sur les routes à la fois à la recherche d’un toit et de nourriture. Elles constituent des proies faciles pour tous les mouvements terroristes à la recherche de soldats et de bras pour servir leur cause. L’Afrique subsaharienne, à elle seule, comprend 18 millions de réfugiés gérés par le HCR, soit plus du quart de l’ensemble des réfugiés comptabilisés à l’échelle mondiale.

Une croissance en progrès mais insuffisante

La croissance du continent africain a fortement augmenté ces quinze dernières années pour atteindre plus de 5 %. Depuis deux ans, avec la baisse du cours des matières premières, elle est en baisse, autour de 3 % et est redevenue inférieure au niveau nécessaire pour permettre une augmentation du PIB par tête. Certains pays sont devenus des champions de la croissance comme le Mozambique, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Rwanda ou la Tanzanie avec des taux de croissance de 5 à 7 % par an. Néanmoins, ces croissances sont souvent le produit des exportations de matières premières ou d’opérations financières qui ne contribuent pas à structurer les économies. L’expansion a accru les inégalités et donc les tensions sociales. En Afrique, 41 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le nombre de pauvres continue d’augmenter en Afrique quand il se réduit sur les autres continents.

L’Afrique, à la recherche de coopération régionale

L’Afrique peine à se structurer en plusieurs sous-ensembles. L’absence de puissances dominantes ne favorise pas la constitution de marchés communs. Les conflits religieux et ethniques au sein et entre États membres compliquent la mise en place de coopérations régionales. Les deux puissances capables de jouer un rôle structurant, le Maroc et l’Afrique du Sud, ont le handicap d’être aux extrémités du continent. Par ailleurs, le Maroc dont les autorités tendent à jouer l’insertion dans l’économie mondiale ne peut guère compter sur ses voisins proches, soit en raison de conflits anciens (l’Algérie avec le Sahara occidental), soit en raison de crises politiques (Tunisie, Libye, Mali).

Les enjeux d’aujourd’hui et de demain

La question des migrations et de l’emploi constitue un véritable défi à relever. Les migrations concernent actuellement essentiellement les pays africains et à la marge l’Europe. Néanmoins, le taux de progression est exponentiel. Un être humain sur 100 a été contraint de quitter son pays et ce ratio a doublé depuis 2011. Plus de 26 000 ont trouvé la mort en mer méditerranée en 2015 pour avoir tenté de rejoindre l’Europe.