1 juillet 2017

Le Coin de la Conjoncture du 1er juillet 2017

Quand le bâtiment va, tout va, enfin presque !

Depuis le début de l’année, l’investissement des ménages dans l’immobilier est en forte hausse. Au premier trimestre 2017, les ménages ont accru leurs dépenses d’investissement de 1 %, soit la septième hausse trimestrielle consécutive. Sur l’ensemble de l’année, l’INSEE prévoit une augmentation de 3,7 % après +2,4 % en 2016.

Ce regain d’intérêt pour la pierre est attisé par les faibles taux d’intérêt et par la crainte, exagérée de leur remontée. La baisse des rendements des fonds euros de l’assurance-vie a pu inciter quelques épargnants à investir dans l’immobilier même si sa rentabilité nette est faible voire très faible. L’espoir de plus-values constitue sans nul doute une des raisons de l’engouement dans la pierre. Le succès du dispositif fiscal en faveur de l’immobilier locatif, dit Pinel, contribue à la croissance de l’activité dans la construction. En un an, de juin 2016 à mai 2017, 477 600 logements ont été autorisés à la construction (en données brutes cumulées sur douze mois), soit une augmentation de 12,9 % par rapport au cumul des douze mois précédents. Sur la même période, 397 700 logements ont été mis en chantier, soit une progression de 14,0 %.

De mars à mai 2017, les autorisations de logements à la construction en données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables ont fortement progressé par rapport aux trois mois précédents (+ 7,3 % après - 1,1 %) : elles sont portées par les logements collectifs, y compris en résidence (+ 11,4 % après - 5,9 %) quand les autorisations de logements individuels ralentissent à + 1,4 % après + 6,6 %.

Sur les trois derniers mois, les mises en chantier progressent plus lentement avec un gain  de + 0,7 %. Elles restent bien orientées dans l’individuel (+ 2,7 % après + 4,8 %), mais se replient légèrement dans le collectif (y compris en résidence) : - 0,6 % après une hausse de 2,4 %.

La forte demande de biens immobiliers profite en premier lieu à Paris et aux grandes métropoles comme Bordeaux, Rennes ou Nantes. Au premier trimestre 2017, selon le réseau d’agents immobiliers Century 21, le prix du mètre carré à Paris a atteint 8 942 euros en moyenne, soit 7,7 % de plus qu’au premier trimestre 2016, ce qui constitue un nouveau record. Sur l’ensemble de la France, la hausse n’a été que de 1,5 % sur un an, avec un prix du mètre carré qui s’élève à 2 532 euros. Dans les grandes métropoles, les augmentations se situent entre 4 et 8 %. La capitale est désormais deux fois plus chère que Lyon qui se situe au deuxième rang. Entre 2009 et aujourd’hui, les prix parisiens auraient augmenté de 45 %, contre 9 % seulement en moyenne nationale. Le marché de l’immobilier est de plus en plus segmenté en quatre blocs. Dans le premier se situent Paris et quelques villes de la petite couronne ainsi que des agglomérations très huppées de bord de mer. Les prix obéissent à des considérations de placement et ont une dimension internationale. Dans le deuxième bloc, se trouvent les métropoles en forte expansion comme Lyon ou Bordeaux. Le troisième bloc est constitué de villes de taille moyenne non touristiques ainsi que des agglomérations en difficulté économique ou démographique. Les prix de l’immobilier peuvent être soit stables soit en baisse en fonction de la situation économique. C’est le cas de Mulhouse ou Limoges. Enfin le quatrième bloc comprend les communes rurales et les villes de moins de 40 000 habitants éloignées ou à la périphérie des grandes agglomérations et non touristiques. Les prix y sont en, règle générale, orientés à la baisse.

Les notaires évaluent que plus de 880 000 ventes de maisons et d’appartements pourraient être réalisées cette année, soit une hausse de 30 % qu’en 2014. De ce fait, il n’est pas surprenant que les encours de crédit, hors renégociation, ait augmenté de 8 % en un an. Les autorités monétaires commencent à alerter sur les dangers de cette frénésie immobilière. Une hausse trop rapide des prix qui est déconnectée de l’évolution des revenus et des loyers peut déboucher sur un ajustement rapide et violent.

Les États-Unis peuvent-ils longtemps faire mentir les statistiques ?

La situation de l’économie américaine, en cette fin de premier semestre, est difficile à décrypter. Plusieurs indicateurs soulignent qu’elle l’économie américaine est loin d’un haut de cycle. Même si les prix sont en hausse, le marché de l’immobilier n’a pas encore complètement digéré la crise de 2008. Le nombre de logements neufs mis en vente reste très en-deçà de son niveau d’avant crise. Les salaires et les prix malgré la situation de plein emploi ne progressent que faiblement. Les taux monétaires restent en territoire négatif ; la courbe des taux est relativement pentue. Le taux d’activité demeure faible, de nombreux Américains étant encore découragés de chercher du travail.

La croissance n’a pas réellement rebondi ces dernières années ; elle n’a pas permis de compenser le manque à gagner lié à la crise. Le retard de croissance est évalué à près de 6 points de PIB.

Mais, d’autres signes semblent prouver que les États-Unis, après plus de six ans de croissance, se rapprochent voire auraient déjà franchi un point de retournement de croissance. Le taux de chômage est de 4,3 %. Les entreprises souffrent d’une érosion de leurs marges et, en contrepartie, l’endettement des entreprises est en forte hausse. Le crédit à la consommation atteint des sommets en raison d’une forte augmentation des achats d’automobile. Néanmoins, la dette des ménages, hors logement, représente moins de 20 % du passif financier du secteur privé, soit un taux modeste au regard des errements passés. La dette étudiante constitue également une menace même si elle ne doit pas être exagérée. Entre les premiers trimestres de 2010 et de 2017, l’encours de prêts s’est accru de 338 % contribuant pour 66 % à la croissance du crédit à la consommation. Le risque financier est réduit car ce sont des structures fédérales plutôt bien notées qui sont à l’origine de ces prêts.

L’économie américaine est devenue dépendante de la production de pétrole et de gaz de schiste. Cette dépendance pourrait masquer les évolutions de fond de l’activité. Depuis 2010, trois secteurs générant à eux seuls la moitié des dépenses en capital fixe des entreprises ont largement eu recours aux marchés : l’énergie (exploration et production d’hydrocarbures non conventionnels), les services de distribution et les infrastructures. L’augmentation des prix du baril de pétrole au cours du premier trimestre a eu un effet positif sur l’investissement. En revanche, la rechute de ces dernières semaines pourrait avoir un effet inverse même s’il apparaît que le seuil de rentabilité des gisements de pétrole de schiste s’est abaissé nettement en-deçà de 60 dollars le baril.

La hausse des taux d’intérêt, combinée au maintien d’un faible prix du pétrole, pourrait modifier les anticipations des acteurs économiques qui prendraient d’avantage en compte les signaux de fin de cycle.

 

Dépenses publiques, stop ou encore

La Cour des Comptes a souligné dans son audit des finances publiques que la France doit réaliser de nouveaux efforts pour maitriser son déficit et espérer réduire le niveau de sa dette publique qui atteint plus de 97 % du PIB. Dans ses dernières perspectives économiques, l’OCDE souligne que depuis le pic de dépenses publiques en 2008/2010 pour endiguer la crise financière, les pays occidentaux ont, pour la quasi-totalité d’entre eux, mis en œuvre des politiques d’assainissement budgétaire. L’organisation internationale mentionne que depuis deux ans un assouplissement de ces politiques est en cours sauf au Royaume-Uni, en Italie et en France où un léger durcissement est en cours.

Si le principe d’une réduction du déficit public s’impose pour éviter des effets d’éviction au niveau du financement de la sphère privée et pour éviter une augmentation à terme des prélèvements obligatoires ainsi qu’une forte dépendance aux capitaux extérieurs, la nature de cette réduction n’est pas sans incidence sur la croissance potentielle des différents États.

La quasi-totalité des États de l’OCDE, à l’exception de la Norvège et du Danemark, ont réduit leurs investissements publics dans le cadre de leur programme d’assainissement des finances publiques. Les dépenses en faveur des infrastructures et de l’éducation ont été reportées ou annulées. L’OCDE demande, de ce fait, une reprise ciblée de l’investissement afin d’éviter des goulots d’étranglement au sein de plusieurs États.

L’Europe qui a mené une politique budgétaire récessive de 2012 à 2015 doit faire face à un retard en ce qui concerne tant dans l’entretien des équipements publics  que dans leur modernisation ou leur remplacement. Les différents États de l’Union sont ainsi en retrait en ce qui concerne le déploiement du très haut débit sur l’ensemble de leur territoire par rapport à des pays comme la Corée du Sud ou même certaines parties du territoire américain. L’écart pour le digital entre l’Europe et les États-Unis serait de quatre ans. La suppression de ce décalage pourrait se traduire par un surcroit de croissance dans les prochaines années.