2 juillet 2016

Le Coin de la conjoncture du 2 juillet 2016 – Brexit – Slovaquie

Brexit, de la fable du lièvre et de la tortue à l’effet domino

Le Brexit a eu au moins comme avantages de nous faire prendre conscience que l’Europe ne se résume pas aux 30 000 fonctionnaires de Bruxelles et de redonner du lustre à l’idée européenne. En une semaine, nous nous sommes aperçus que depuis 1957, l’Europe avait envahi notre vie quotidienne et de manière plutôt positive.

Ce référendum a révélé que l’institution européenne ne savait pas communiquer. A force de vouloir être une institution en creux, elle est devenue un bouc émissaire facile. Les gouvernements ont eu tendance d’imputer à Bruxelles la responsabilité de leurs politiques impopulaires.

L’Europe s’est toujours construite dans l’ombre des Etats. C’est un pari fou de quelques hauts fonctionnaires que des dirigeants politiques éclairés ont laissé faire afin de contourner le conservatisme de la classe politique et plus globalement des élites. L’échec de la Communauté Européenne de la Défense en 1954, la politique de la chaise vide du Général de Gaulle, les foucades britanniques ont conforté qu’il fallait avancer masqué. Au fur et à mesure des progrès de la construction européenne, cette savante discrétion s’est retournée contre les partisans européens accusés de déployer leur projet fédéraliste contre l’intérêt des peuples.

Quand le Britannique joue à la tortue !

Gagner du temps afin de dépassionner les débats, telle est la devise de David Cameron. Il a obtenu de ses ex-collègues européens de n’évoquer l’article 50 du Traité de l’Union européenne qu’au mois de septembre. D’ici là, il faudra constituer un nouveau gouvernement et empêcher l’éclatement du Royaume. Compte tenu du rapport de force au sein des Communes, très majoritairement « pro-remain » et du peu  d’empressement des partisans du Brexit pour occuper le poste de Premier Ministre, une dissolution de la chambre basse n’est pas à exclure ce qui ralentirait d’autant le processus de sortie. Les élections législatives pourraient se faire sur le thème des modalités de départ de l’Union européenne mais voire sur les conditions permettant d’y rester. Les « pro-remain », outre-manche, espèrent que l’Europe fera un geste sur la  question des migrants facilitant un enterrement de première classe du référendum.

Les Britanniques se doivent de gagner du temps car en cas d’application de ‘article 50, la liste des questions à régler est très longue.

Le Royaume-Uni sera contraint de renégocier avec l’ensemble des Etats les traités commerciaux et financiers. Aujourd’hui, il bénéficiait du cadre européen. Par ailleurs, il devra également adopter des normes pour les échanges, un cadre social pour les migrants ressortissants de l’Union…. C’est en tout 8000 textes à établir en toute hâte.

Les Britanniques risquent de prendre conscience qu’au niveau international, 67 millions d’habitants pèsent moins que 507 millions. De ce fait, leur pouvoir de négociation sera moindre. Il est fort probable que le Royaume-Uni obtienne des conditions moins avantageuses que l’Union en ce qui concerne les traités commerciaux. Aujourd’hui, les Britanniques arrivaient à imposer leurs normes via l’Union. Il est peu probable qu’ils y réussissent aussi bien seuls.

Jouer la montre pour obtenir des concessions de la part de leurs partenaires

Les Britanniques pensent qu’avec la dissipation de l’onde de choc provoqué par le référendum, des négociations pourront s’établir de manière plus sereine avec leurs anciens partenaires. Ils tendront à obtenir un accord commercial aussi proche que possible du Marché Unique. Si pour le moment, la fermeté est de mise chez les Européens, les Britanniques espèrent que les intérêts commerciaux des Etats membres, et en premier lieu de l’Allemagne, faciliteront la négociation d’un traité. En effet, un marché de 67 millions d’habitants plus jeunes que la moyenne européenne et à fort pouvoir d’achat ne peut pas être négligé. Ils peuvent compter sur quelques grands groupes comme Airbus qui n’ont pas intérêt à ce que les échanges avec le Royaume-Uni soient soumis aux simples règles de l’OMC. Certes, la participation du Royaume-Uni à un espace de libre échange pourrait donner lieu au versement d’une participation au budget européen en compensation de la suppression des droits des douanes. Les Britanniques dont la contribution nette au budget européen était de 6 milliards d’euros pourraient être amenés à payer une soulte annuelle de 1 à 3 milliards d’euros pour intégrer le club. Pour le Royaume-Uni, la conclusion d’un bon accord est cruciale pour éviter son implosion.

 

Comment se prémunir des effets dominos ?

Les Européens ne veulent pas ouvrir la boite de Pandore. Ils veulent éviter les surenchères de tout ordre et l’éclatement d’Etats.

Quels sont les pays qui pourraient être tentés de jouer leur partition en solo ? Les pays d’Europe du Nord pourraient être tentés de changer d’espace. La Suède, la Finlande voire le Danemark qui plus proche de l’Allemagne pourraient rejoindre la constitution d’un nouveau club. Plusieurs pays d’Europe de l’Est pourraient être tentés par l’aventure.

La Suède est en première ligne car c’est le pays le plus proche économiquement du Royaume-Uni. Un millier de filiales suédoises et 100.000 Suédois y sont installés. 66 000 emplois en Suède dépendent, plus ou moins directement, des exportations vers le Royaume-Uni.

La dévaluation de livre sterling pénalise les exportations des pays d’Europe du Nord. En outre, il y a un risque d’assèchement des investissements britanniques dans ces pays. La Ministre des Finances de Suède, Magdalena Andersson, a affirmé que son pays se positionnera en faveur d’une négociation aussi rapide que possible avec le pays sortant afin de créer un cadre favorable aux échanges. L’Allemagne n’est pas loin de penser de même.

L’effet de contagion porte sur les idées. Les responsables des pays d’Europe du Nord étaient assez en phase avec ceux du Royaume-Uni. Ils se retrouvaient sur les thèmes du libre-échange et sur l’anti-Bruxelles. Le départ des derniers affaiblit politiquement le poids de ces pays.

L’effet domino pourrait concerner des pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie ou la Slovaquie voire la Pologne. Néanmoins, compte tenu des aides européennes reçues, un départ serait suicidaire et poserait le problème des relations avec le grand voisin russe. Les pays d’Europe de l’Est et d’Europe Centrale dépendent économiquement de l’Allemagne. Leur départ de l’Union serait donc fortement préjudiciable.

L’effet domino joue évidemment au sein de la classe politique des différents Etats membres. Les partis anti-européens représentent de 15 à 30 % des voix au sein de nombreux pays. Comme en Autriche, en Slovaquie, aux Pays-Bas ou en France, ils réclament l’organisation de référendum afin de valider l’appartenance de leur pays respectif à l’Union.

 

Le tableau des conséquences

 

  Royaume-Uni Zone euro
Croissance Baisse de l’investissement

Baisse de la demande du fait de l’augmentation des prix des importations

Augmentation des exportations du fait de la dépréciation de la livre sterling

Ralentissement de la croissance : baisse d’un point de croissance d’ici la fin de l’année

Attentisme sur l’investissement

 

Récupération d’investissements internationaux

 

Dépréciation de l’euro favorisant les exportations hors zone euro

 

Léger impact sur la croissance d’ici la fin de l’année

Emploi Négatif mais situation actuelle de quasi plein emploi Neutre à légèrement négatif en fonction des conséquences sur la croissance
Finances publiques Suppression à terme de la contribution mais prise en charge dépenses agricoles et soutien aux secteurs touchés par les difficultés économiques Prise en charge de la quote-part  britannique par les Etats contributeurs nets
Inflation Inflation par dépréciation de la livre Neutre
Taux de change -10 à -20 % - 5 % à – 10%
Taux Taux courts faibles plus longtemps/ Baisse des taux par la banque centrale

 

Taux longs : écarts accrus  pour les entreprises, relativement neutres pour l’Etat

Baisse des taux sur Obligations Etats par aversion aux risques et dégradation de la conjoncture économique

 

La BCE pourrait annoncer de nouvelles mesures

Marchés actions Négatif avec volatilité accrue Neutre à négatif avec volatilité accrue
Immobilier Baisse sur Londres Augmentation dans les zones de bureau haut de gamme

Baisse dans le secteur résidentiel (résidences secondaires) Sud de la France, Europe du Sud

Sources : AG2R-LM et Cercle de l’Epargne

Les Slovaques, patrons de l’Union européenne

Depuis le 1er juillet, la Slovaquie préside, pour la première fois de son histoire, l’Union européenne en coordination avec les Pays-Bas et Maltes. Cette présidence intervient à un moment charnière de la construction européenne et pourrait générer quelques tensions du fait des positions du Premier Ministre slovaque, Robert Fico.

Le Premier Ministre rejette toute idée de solidarité en matière migratoire et demande une diminution des pouvoirs des autorités bruxelloises. A la fin de l’année 2015, la Slovaquie a déposé plainte devant la Cour de justice de l’UE contre la politique de quotas de la Commission.

Un petit pays aux fondamentaux économiques plutôt bons

La Slovaquie a intégré l’Union européenne le 1er mai 2004 et est membre de la zone euro depuis le 1er janvier 2009.  Le pays compte 5,4 millions d’habitants soit 1,1 % de la population de l’Union européenne. La Slovaquie représente 0,5 % du PIB de l’Union. Le PIB par habitant s’élève à 14 400 euros contre une moyenne de 28 700 euros.

Appès une contraction de 4,9 % du PIB en 2009, la Slovaquie a retrouvé une forte croissance (4,4 %) dès 2010. En 2015, elle était de 3,5 % et elle pourrait se maintenir à 3,2 % en 2016. Cette croissance est en partie tirée par la reprise de la demande intérieure. La consommation des ménages est en effet confortée par une inflation nulle et par une réduction du chômage (de 14,2 % en 2013 à 11,5% en 2015).

Le déficit public a été ramené de 4,2 % du PIB en 2012, à 2,7 % en 2015.  L’amélioration des rentrées fiscales, due à la reprise économique et aux bons résultats de la lutte contre l’évasion et la fraude fiscale, a donné une certaine marge que le précédent gouvernement a utilisée pour mettre en place des mesures sociales avant les élections. La dette publique a connu en 2014 son premier recul depuis l’éclatement de la crise en 2009. Elle était passée de 28,2 % du PIB en 2008 à 54,6 % en 2013 et est revenue à 52,3 % en 2015.

L’industrie automobile, fer de lance de la Slovaquie

La Slovaquie dispose d’une forte tradition automobile avec la présence notamment de Volkswagen (Skoda) et de nombreux sous-traitants. Le groupe indien, Jaguar Land Rover, construit une usine de grande taille en Slovaquie qui est le pays qui a le ratio d’exportations de voiture par habitant le plus important de l’Union. Les difficultés du constructeur automobile Volkswagen pourraient néanmoins peser sur les exportations.

La Slovaquie peut également compter de nombreuses entreprises spécialisées dans l’électronique, la machine-outil et les transports.

Une coalition hétéroclite au pouvoir depuis le mois de mars

Le parti, du Premier Ministre, le Smer-SD (membre du parti socialiste européen) a remporté les élections législatives du 5 mars 2016 mais a cependant perdu la majorité absolue des sièges qu’il détenait depuis 2012 au conseil national (passant de 83 sièges à 49 sièges sur 150). Le Smer-SD n’a obtenu que 28,28 % des voix, contre 44,4% en 2012 peut être interprété comme un signe de défiance à l’égard du parti et de son chef de file, M. Robert Fico.

Cette défiance à l’égard du Smer-SD n’a pas profité aux partis de droite classiques, qui ont été dépassés par des partis moins traditionnels. Parmi ceux-ci, le SaS, parti ultralibéral, a attiré 12,09 % des électeurs. OL’aNO-Nova, fusion de partis conservateurs a obtenu 11,02 % des suffrages. Sme Rodina, nouveau parti qui a centré sa campagne sur la défiance à l’égard de la classe politique a fait une percée avec 6,62 % des voix. Le parti nationaliste SNS, exclu du parlement en 2012, recueille 8,64% des suffrages. Enfin, le parti néo-fasciste SNS de Marian Kotleba entre au parlement avec 8,04 % des voix.

Face à ce paysage éclaté, Robert Fico a été contraint de constituer une coalition rassemblant son parti, le Smer-SD avec le parti de centre-droit Siet’, le parti de la minorité hongroise Most-Híd et le parti nationaliste SNS. Le nouveau gouvernement a élaboré un programme de coalition à l’orientation pro-européenne. Il dispose d’une majorité de 81 députés sur 150, après la défection de quelques députés, issus principalement du parti Siet’.

Les relations avec la Hongrie demeurent complexes du fait de la présence de 550 000 Hongrois dans le sud de la Slovaquie. Représentant 10 % de la population slovaque, la minorité hongroise est représentée politiquement par un seul parti qui demande une large autonomie pour les régions concernées. L’autre problème de population auquel est confronté la Slovaquie est lié aux rom. Majoritairement installée dans la moitié est du pays, la communauté rom est estimée entre 7,5 % et 10 % de la population, soit environ 400 000 personnes. La Slovaquie est souvent accusée par les ONG et par les institutions internationales de maltraiter les rom.