28 janvier 2017

Le Coin de la conjoncture du 28 janvier 2017

Russie, en attendant la Coupe du Monde de football

En 2018, la Russie accueillera le plus grand évènement sportif de l’année en organisant sa première coupe du monde de football. C’est la première fois depuis la fin de l’URSS que la Russie a en charge une telle manifestation en exceptant les Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi de 2014. Cette coupe du monde risque d’intervenir dans un climat de tension internationale important sans précédent depuis les années 80. Le maintien des embargos n’est évidemment pas sans poser des problèmes pour une manifestation aussi importante.

Pour la Russie, la coupe du monde de football est un évènement capital en termes d’image. C’est le deuxième événement planétaire le plus télédiffusé, derrière les Jeux olympiques et devant le Tour de France. La FIFA estime l’audience cumulée télévisuelle à plus de 26 milliards de téléspectateurs. L’épreuve est diffusée dans plus de 210 pays et les droits payés dépassent le milliard de dollars.

Cette coupe du monde interviendra dans une période économique charnière pour la Russie. Ce pays a connu trois années de récession faisant suite à la chute du prix du pétrole et aux embargos décidés par les occidentaux après le rattachement de la Crimée.

Après une contraction très forte de l’économie, en 2014 et 2015, la Russie sort progressivement de la récession. Sur les neuf premiers mois de 2016, l’activité n’a connu qu’un recul de 0,7 % contre une diminution de 3,7 % un an plus tôt. Au troisième trimestre la croissance est redevenue légèrement positive, +0,1 %. Pour l’ensemble de l’année dernière, le PIB n’aurait diminué que de 0,5 %.

Le retournement du prix du pétrole et la baisse des pressions inflationnistes expliquent cette reprise. Le gouvernement maintient pour le moment sa politique de soutien à la demande en n’affectant pas les recettes excédentaires générées par la hausse du pétrole au fonds de réserves qui sera épuisé dans le courant de l’année 2017.

Dans ces conditions, la consommation des ménages et les investissements des entreprises enregistrent encore des diminutions qui sont de plus en plus faibles au fil des mois. Malgré ce recul contenu, il n’en demeure pas moins que les revenus des ménages ont baissé de 9 % en deux ans (rapport de l’agence Rosstat du 25 janvier 2017). Les exportations contribuent en revanche à la croissance d’autant plus que les importations diminuent. Le climat économique est en train de se retourner comme le confirment plusieurs indicateurs. Les indices de confiance des entrepreneurs ont atteint des niveaux sans précédent et la croissance de la production industrielle a augmenté de 2,7 % en novembre.

La reprise sera bridée dans les prochains mois par la baisse des revenus des ménages induite par la diminution en termes réels des prestations sociales. Les entreprises demeurent très prudentes en matière d’investissement et cela malgré une hausse de leurs profits depuis le mois de juillet et d’un taux d’utilisation des capacités de production historiquement élevé. Les taux d’intérêt restent élevés les dissuadent, en effet, de s’endetter (les taux de crédit excédaient encore 12 % fin octobre). Par ailleurs, les incertitudes géopolitiques pèsent négativement sur l’investissement.

Les autorités monétaires devraient abaisser en-deçà de 10 % leur taux directeur du fait que l’inflation tend à se modérer. La hausse des prix n’était plus que de 6,2 % en en novembre contre plus de 15 % un an auparavant.

Malgré la récession, le Gouvernement russe a réussi à maîtriser le déficit budgétaire  qui est passé de 1,3 à 3,7 % du PIB de 2015 à 2016. Cette détérioration des finances publiques s’explique par la baisse des recettes pétrolières et gazières (-19 %). Afin de compenser ce manque à gagner, les autorités russes ont procédé à une série de privatisations (Alrosa, Bashneft et Rosnet pour un gain, total de 17,4 milliards de dollars soit 1,3 % du PIB). Si les recettes totales des pouvoirs publics ont diminué de 0,7 point en 2016, les dépenses ont augmenté de 1,2 %. Les dépenses de protection sociales et notamment de retraite expliquent cette évolution.

En 2016, le déficit budgétaire du gouvernement aurait été financé à près de 86 % par des prélèvements sur le fonds de réserves. Pour 2017, le Gouvernement estime que le fonds de réserve ne sera pas suffisant pour couvrir le déficit attendu à 3,4 % du PIB et qu’il devra puiser dans le fonds de richesse. Néanmoins, le Gouvernement russe a été prudent dans ses prévisions en retenant un prix du baril à 40 dollars. Or, pour de nombreux analystes, il devrait évoluer entre 50 et 60 dollars. De ce fait, les autorités russes pourraient bénéficier d’un supplément de recettes. La Russie a décidé de s’associer à la politique de régulation du prix du pétrole mise en œuvre par l’OPEP. Elle s’est engagée à réduire sa production de 100 000 barils jours. Cette réduction intervient néanmoins après une envolée de la production en 2016.

D’ici à 2019, l’objectif affiché par le ministère des Finances est de parvenir à réduire le déficit budgétaire à 1,2 % du PIB en diminuant les dépenses de 1 % en moyenne chaque année et en augmentant les revenus de 11 % en trois ans. L’ensemble des déficits 2017-19 serait principalement financé au moyen des actifs liquides détenus dans le fonds de richesse nationale.

Les autorités russes espèrent que l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis facilitera la levée des sanctions. Le fait que ce dernier s’en soit pris à l’OTAN, perçue aux yeux des Russes, comme une alliance tournée essentiellement contre eux n’a pu qu’être bien accueilli. Les Russes demandent, depuis des années, que les Européens et les États-Unis n’intègrent pas l’Ukraine dans l’Union européenne et dans l’OTAN. L’arrivée possible de nouveaux dirigeants au sein de plusieurs pays européens pourrait également changer la donne pour les Russes.

 

La politique économique schizophrène des États-Unis

Les États-Unis sont en situation de quasi plein emploi, les salaires sont orientés à la hausse et la croissance atteint les 2 % et cela depuis 6 ans. Dans ces conditions est-il justifié de relancer l’économie comme entend le faire Donald Trump et qu’elles peuvent en être les conséquences ?

Pour justifier l’engagement d’une relance budgétaire certains économistes mettent en avant que le taux de participation à l’emploi reste nettement inférieur à son niveau d’avant crise. Il est d’un peu moins de 63 % en 2016 quand il dépassait 66 % en 2008. En provoquant une surchauffe de l’économie, l’augmentation des salaires qui en résulterait conduirait à l’arrivée sur le marché du travail de nouveaux actifs.

En fin d’année 2016, en rythme annuel, le salaire par tête progressait de 2 % et le salaire de près de 3 %. Ce résultat est jugé par certains comme suffisant pour inciter des personnes à revenir sur le marché du travail.

La mise en œuvre d’une politique de relance budgétaire devrait accroître l’inflation qui devrait franchir assez rapidement la barre des 2 %. La hausse des prix pourrait être alimentée par le développement du protectionnisme. La FED pourrait être amenée à augmenter plus rapidement ses taux directeurs pour contrer la dérive inflationniste ce qui favoriserait la montée des taux longs qui, par ailleurs, seraient orientés à la hausse par la progression du déficit public qu’il conviendra de financer. Une augmentation des taux s’accompagnerait de celle du dollar qui freinera les exportations. Certes, elle permettrait de réduire l’inflation en raison de la baisse des produits importés mais son effet serait globalement négatif sur l’activité américaine. La montée du dollar ne ferait qu’accroître l’importance du déficit commercial qui sera, par ailleurs, alimenté par la relance de la demande intérieure.

La hausse des taux entraînera une baisse de l’activité et pourrait mettre en difficulté certains secteurs d’activité, le bâtiment en particulier. Il en résultera une moindre croissance de l’emploi et de moindres rentrées fiscales. De ce fait, in fine, la relance budgétaire pourrait être contreproductive. La seule façon pour éviter l’engagement d’un cercle vicieux serait que la FED maintienne une politique monétaire expansionniste et accepte une inflation plus forte.