9 janvier 2016

Le Coin de la Conjoncture du 9 janvier 2016

Le pétrole a sauvé notre croissance en 2015 mais qu’en sera-t-il demain ?

 

En un an, le pétrole a perdu le tiers de sa valeur. Sur trois ans, le cours du baril de Brent a chuté de plus de 68 %. Vendredi 8 janvier, le baril s’échangeait à 33 dollars quand il valait plus de 126 dollars en 2012.

Cette chute des cours a réduit la facture pétrolière pour la zone euro de plus de deux points de PIB. Certes, les effets sont, en partie, compensés par la dépréciation de l’euro (-10 % en un an et -18 % sur trois ans). Par ailleurs, la réduction des revenus des pays producteurs entraîne une diminution de leurs importations. Leur demande extérieure adressée à la zone euro s’est ainsi contractée d’un point de PIB. Il n’en demeure pas moins que le gain net pour la zone euro est de 1,2 point de PIB.

La baisse du prix du pétrole pèse sur l’ensemble des prix. Elle a par ricochet accéléré la mise en place du Quantitative Easing par la Banque Centrale Européenne.

Du fait de l’augmentation de leurs revenus disponibles réels, les ménages ont repris le chemin de la consommation. La reprise est assez nette au sien de la zone euro à partir de 2014. En ce qui concerne l’investissement des ménages, l’évolution est moins nette. Néanmoins, après avoir été négatif depuis 2009 (à l’exception de 2010), l’investissement des ménages enregistre une hausse en 2015 (ce qui n’a pas été le cas en France).

La baisse des cours du pétrole a également contribué à l’amélioration des marges des entreprises. L’augmentation de l’investissement des entreprises en 2015 a été, en grande partie, gagée par les gains issus du pétrole. Au sein de la zone euro, l’investissement a progressé de 0,7 point du PIB en 2015 quand le taux de profit a gagné 0,6 point de PIB.

Sans la baisse des cours du pétrole, la croissance aurait été très faible en 2015 au sein de la zone euro. Elle n’aurait pu atteindre que 0,3 % contre 1,5 %. Logiquement, en 2016, le pétrole ne pourra pas jouer le même rôle de catalyseur. Le fait que les entreprises aient investi en 2015 constitue une bonne nouvelle en signifiant que les dirigeants croient en une reprise endogène.

 L’industrie, c’est fini mais pouvons-nous croire aux services

La Chine, première puissance industrielle, est de fait un pays de services car ces derniers représentent plus de 50 % du PIB. Au sein des pays de l’OCDE, le secteur tertiaire assure plus de 70 % du PIB.

La crise de 2008/2009 a amplifié le processus de tertiarisation de l’économie. Depuis cette crise, la production manufacturière croit à un rythme très faible et nettement inférieur à celui du PIB mondial.

Cette évolution s’explique par :

  • la saturation des besoins industriels ;
  • l’augmentation du niveau des revenus dans les pays émergents qui aboutit à une consommation plus forte de services ;
  • le vieillissement de la population ce qui entraîne également une progression des dépenses de services ;
  • le développement de la digitalisation qui révolutionne la production des services et qui transforme des activités industrielles en activités de service.

Sur ce dernier, la révolution numérique s’accompagne d’une montée en puissance de la société de l’usage, de la location ; le service prime alors sur la production. C’est la gestion du réseau qui prime par rapport à l’acte de production.

Cette mutation économique de grande ampleur a été mal anticipée. Les entreprises ont, au sein des pays émergents, multiplié les investissements industriels aboutissant à d’importantes surcapacités. Ces dernières existent également au niveau de la production des matières premières favorisant la chute de leur prix.

Ce changement de l’orientation de l’économie mondiale conduit à un ralentissement du commerce international – moins de biens industriels et moins de matières premières échangés surtout en valeur -  et donc à une diminution ou une moindre progression des exportations des pays spécialisés dans les biens manufacturiers (Allemagne, Japon, Corée du Sud, Taïwan…). Les pays exportateurs de produits énergétiques et de matières premières sont également touchés par ce déclin relatif de l’industrie.

La tertiarisation s’accompagne d’une diminution des gains de productivité. Elle provoque également des changements au niveau du marché du travail. Les emplois proposés dans les services sont, en règle générale, moins qualifiés et offrent des rémunérations moindres par rapport à ceux du secteur industriel. Cette substitution d’emplois génère également une montée des inégalités et accroit la précarité, les emplois au sein des services étant moins stables que dans l’industrie. Aux Etats-Unis, les 20 % ménages les plus modestes gagnent moins en 2014 qu’en 1990. En revanche, les 5 % des ménages les plus aisés ont enregistré une hausse de leurs revenus de plus de 36 % depuis 2014.

Les excès de production au niveau des biens industriels contribuent à en faire baisser les prix ce qui alimente la spirale récessionniste elle-même alimentée par la diminution des prix des matières premières. Sur un an, de novembre 2014 à novembre 2015, les prix à la production ont reculé de 3,2 %. En excluant le secteur de l’énergie, les biens industriels ont baissé de 0,7 % sur la même période.

Ce mouvement pèse sur les salaires et renforce la tendance de concentration de l’industrie dans les pays les moins chers. Les entreprises se délocalisent de Chine devenue trop chère pour d’autres pays d’Asie du Sud (Cambodge, Vietnam…). Au niveau européen, l’Espagne profite de la baisse de ses coûts salariaux pour attirer des productions qui étaient auparavant réalisées dans le Nord (France, Belgique, Allemagne…). Les pays d’Europe centrale bénéficient également de la concentration de l’industrie dans les zones à bas coûts.

La purge des excédents industriels peut prendre un certain temps au regard des surcapacités qui existent en Asie. Par ailleurs, la montée en puissance d’un nouveau type de services reposant sur le digital est pour le moment destructeur d’emplois qualifiés. Ce sont les emplois de la classe moyenne qui sont impactés par la nouvelle révolution économique. La robotisation et les pays émergents ont eu raison des emplois industriels. Aujourd’hui, ce sont les emplois de service pouvant soit être automatisés ou délocalisés qui sont sous le feu de la rampe.

Le potentiel des gains de productivité dans le secteur tertiaire à travers le recours à des process automatisés et le big data est très important, sous réserve de pouvoir déboucher sur un équilibre économique viable. La digitalisation s’accompagne d’une invasion du gratuit qui, à terme, tue tout forme d’échanges économiques en confirmant le principe suivant : « tout se passe comme si un petit nombre de gens très bien payés travaillent à rendre gratuit des biens consommés par des pauvres » (Edward Glaeser).

 

France, le plus dur est-il à venir ?

Avec une dette publique de plus de 97 % du PIB, avec une dette sociale de plus de 250 milliards d’euros, avec un déficit public, en 2015, qui a atteint 3,8 %, la France est encore loin d’avoir assaini ses comptes publics.

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics gagnent du temps en espérant le retour de la croissance. Le soutien pseudo-keynésien qui reste dans l’esprit des dirigeants publics peine à donner des résultats. L’amélioration du pouvoir d’achat, généré par la baisse des prix des matières premières mais aussi par la diminution des prélèvements obligatoires (suppression de la première tranche du barème de l’impôt sur le revenu, réduction des charges sociales), n’a pas réellement débouché sur un surcroît de croissance. Elle a provoqué une augmentation des importations qui a été heureusement compensée par la diminution de la facture pétrolière.

Le retour du déficit public en-dessous des 3 % du PIB en 2017 risque de s’avérer très compliqué à réaliser si la croissance n’arrive pas réellement à dépasser 1 %.

Tous les pays en indélicatesse avec leurs finances publiques ont, au sein de l’Europe, mis en œuvre de véritables politiques d’austérité. La Grèce, l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et l’Italie ont pris des mesures de réduction des dépenses publiques auxquelles la France se refuse pour le moment.

Les pays européens qui ont mis en place des politiques d’austérité ont joué sur les leviers suivants :

 

  • Réduction des dépenses sociales (diminution des pensions, remise en cause de certaines prestations) ;
  • Diminution des dépenses publiques (diminution des investissements, réduction du nombre de fonctionnaires, transfert au privé de certains services…) ;
  • Maitrise des salaires (blocage ou diminution des salaires).

 

Pour le moment, en France, les dépenses sociales n’ont pas été diminuées. Leur progression a été certes réduite avec le gel des pensions de retraite et la maîtrise des dépenses de santé. En revanche, aucune prestation n’a été diminuée.

 

Au niveau des dépenses publiques, le pacte de responsabilité prévoit un programme de réduction des dépenses publiques de 50 milliards d’euros permettant de gager des réductions d’impôt et de charges sociales d’un montant équivalent. L’effort demandé aux collectivités locales est conséquent et prend la forme d’une réduction des dotations de l’Etat. Cela devrait déboucher sur une augmentation de la fiscalité locale. L’Etat a, en revanche, abandonné, en 2012, le principe de non remplacement d’un départ sur deux à la retraite.

 

De même les salaires, de leur côté, ont continué de progresser en France à la différence de ce qui a été constaté chez de nombreux partenaires. L’écart entre la progression des salaires et les gains de productivité explique, en partie, la perte de compétitivité des entreprises françaises. Néanmoins, les salaires des nouveaux embauchés sont orientés à la baisse. Les CDI reculent en représentant moins de 20 % des nouveaux contrats, preuve que la précarisation de l’emploi s’accroît.

Si la croissance venait à faire défaut dans les prochains mois, la situation économique de la France pourrait se dégrader à nouveau d’autant plus que la faiblesse de l’investissement de ces dernières années ne facilite pas le repositionnement des entreprises sur le haut de gamme.

Toujours plus de CDD et toujours aussi peu d’apprentis…

En 2015, les CDD ont représenté 87 % des nouveaux contrats contre 13 % pour les CDI. Il y a quinze ans, en l’an 2000, les chiffres étaient respectivement de 76 et 24 %. Sur cette même période, les CDD de plus d’un mois sont passés de 28 à 17 % (source Dares et ACCOSS). Au niveau du stock d’emplois, le CDI reste évidemment très majoritaire même si un effritement est constaté (80 %).

La France comptait, en 2014, 424 400 apprentis contre 1,482 million en Allemagne. En 2000, ces chiffres étaient respectivement de 363 000 et de 1,784 million. En Allemagne, le nombre d’apprentis a tendance à diminuer avec le recul de l’industrie. Par ailleurs, de nombreuses entreprises réduisent leurs dépenses d’apprentissage en considérant que la formation doit être prise en charge par les Länder.