7 mars 2025

Le Coin des tendances – Donald Trump – héritages – vieillissement

L’héritage et le rentier !

« Travaillez dur et vous réussirez » : ce conseil que les parents aiment répéter à leurs enfants est-il encore d’actualité ? Depuis plusieurs années, le rôle des héritages joue un rôle croissant dans les parcours de vie. Les sociétés occidentales se rigidifient socialement. Sans capital initial, les jeunes ont plus de difficultés à devenir propriétaires de leur résidence principale et à vivre au cœur des grandes agglomérations, qui offrent le plus d’opportunités au niveau professionnel.

En 2024, les habitants de l’OCDE devraient hériter de 6 000 milliards de dollars, soit environ 10 % du PIB, contre 7 % en 1960. Le poids des héritages par rapport au PIB a doublé en France en soixante ans. En Allemagne, entre 1970 et 2024, il a triplé. En Italie, les héritages ont représenté 15 % du PIB en 2023. Cette progression résulte à la fois de l’enrichissement et du vieillissement. Les habitants des pays aisés accumulent du patrimoine sur des périodes plus longues. La forte valorisation des actifs financiers et immobiliers, ces dernières années, a contribué à augmenter de manière sensible les héritages. Le ralentissement de la croissance depuis une génération et la faiblesse des gains de pouvoir d’achat ont conduit à une forte hausse du rapport patrimoine/revenus. En France, le patrimoine représente aujourd’hui plus de huit fois le revenu annuel, contre seulement quatre fois il y a cinquante ans.

Au Royaume-Uni, une personne sur six née dans les années 1960 devrait recevoir un héritage supérieur à dix années de revenus annuels moyens de sa génération. Pour les personnes nées dans les années 1980, ce ratio atteint un tiers. L’inégalité des héritages est, quant à elle, frappante. Un cinquième des 35-45 ans hériteraient de moins de 10 000 livres, tandis qu’un quart recevrait plus de 280 000 livres. Selon la Réserve fédérale, un Américain faisant partie des 5 % les plus aisés reçoit, en moyenne, plus de 50 000 dollars d’héritage, contre environ 5 000 dollars pour un Américain médian en termes de revenus.

Les baby-boomers des années 1950 et du début des années 1960 ont pleinement profité des Trente Glorieuses. Ils ont réussi à se constituer un patrimoine immobilier en empruntant à une époque où l’inflation jouait en leur faveur. Le remboursement des emprunts a été facilité par l’érosion monétaire, d’autant que, dans les années 1970, les salaires étaient indexés sur l’inflation. Par la suite, ces baby-boomers ont bénéficié de la hausse des prix de l’immobilier et des actifs financiers.

Les Allemands de plus de 65 ans, qui représentent un cinquième de la population, détiennent un tiers de la richesse nationale. Aux États-Unis, les baby-boomers, qui représentent également un cinquième de la population, possèdent la moitié de la richesse nette du pays, soit 82 000 milliards de dollars. Avec leur montée en âge, ces générations commencent à disparaître, ce qui conduit à des successions plus importantes que dans le passé.

Par le jeu des héritages, les fortunes se concentrent de plus en plus au sein de l’OCDE. Aux États-Unis, en 2023, 53 personnes sont devenues milliardaires grâce à un héritage, tandis que 84 l’ont été par leur activité professionnelle. D’année en année, le nombre d’héritiers milliardaires augmente, tandis que celui des milliardaires « self-made » diminue, du moins dans les pays riches.

Au-delà du cas particulier des milliardaires, les héritages façonnent de plus en plus les sociétés occidentales. À New York, Paris ou Londres, l’achat de logements dans les quartiers les plus huppés est réservé à ceux qui disposent d’un patrimoine important. Les salaires ne permettent plus de rembourser des emprunts portant sur un ou deux millions d’euros.

Dans les pays de l’OCDE, les inégalités patrimoniales tendent à s’accroître au point de ressembler à celles qui avaient cours au XIXe siècle. Aujourd’hui, comme il y a une centaine d’années, le meilleur moyen de devenir riche est d’hériter ou d’épouser une personne fortunée. C’est le grand retour de Balzac. La notion de « beau mariage » retrouve toute son acuité. Désormais, les familles aisées sont plus regardantes sur le pedigree des heureux élus.

Dans les régions les plus riches des États-Unis, selon The Economist, les jeunes de 20 à 30 ans parlent de plus en plus ouvertement de la nécessité d’épouser une personne fortunée. Le phénomène de « l’accouplement assortatif », où les individus choisissent leur partenaire parmi ceux qui leur ressemblent socialement et économiquement, tend à s’intensifier.

La plupart des recherches se concentrent sur l’éducation ou le revenu, mais des travaux plus récents suggèrent que les héritiers sont également susceptibles de se marier entre eux. Étienne Pasteau, ancien membre de l’École d’économie de Paris, et Junyi Zhu de la Bundesbank estiment que l’héritage est deux fois et demie plus influent que le revenu du travail pour expliquer les choix matrimoniaux des Allemands. Une autre étude, centrée sur le Danemark, montre qu’au fil du temps, l’héritage joue un rôle de plus en plus déterminant dans les unions matrimoniales.

Une rupture par rapport au XXe siècle

Après la Première et la Seconde Guerre mondiale, la valeur de la richesse par rapport au revenu national s’est effondrée. Les destructions liées à la guerre et l’inflation élevée ont eu raison des rentiers. Les États, à la recherche de financements, ont alors augmenté les impôts sur le patrimoine.

Depuis quarante ans, l’immobilier a enregistré une forte augmentation de sa valeur, en partie à cause des politiques d’urbanisme restrictives qui limitent l’offre. La valeur des immeubles possédés par les Britanniques est passée d’un peu plus de 1 000 milliards de livres (130 % du PIB) au milieu des années 1990 à un peu moins de 7 000 milliards de livres (270 % du PIB) ces dernières années. À Paris, le prix des logements a été multiplié par cinq entre 1995 et 2023. Le patrimoine immobilier des ménages français a atteint 5 000 milliards d’euros en 2024. De 1995 à 2023, les prix à la consommation ont progressé de 59 %, tandis que les salaires réels (déduction faite de l’inflation) n’ont augmenté que de 13 %.

La baisse des droits de succession explique en partie le poids croissant de l’héritage au sein des familles. En 2024, les droits de succession représentaient bien moins de 1 % des recettes publiques dans les pays de l’OCDE. Plusieurs pays, dont l’Australie, le Canada, l’Inde, la Norvège et la Russie, les ont entièrement supprimés. Plus de vingt États américains ont mis fin à l’imposition des successions depuis 1976.

Les pays qui ne suppriment pas les droits de succession introduisent souvent des échappatoires. En France, bien que les taux restent relativement stables, il est possible de les contourner par le biais de montages légaux, souvent éloignés du droit commun. Les Pactes Dutreil, dont l’objectif est d’assurer la pérennité des entreprises familiales, permettent ainsi aux héritiers de bénéficier d’une exonération non négligeable des droits de succession. La quasi-totalité des États ont supprimé leur impôt sur la fortune.

La faiblesse de la croissance a accentué les inégalités patrimoniales. En 2014, les économistes Thomas Piketty (École d’économie de Paris) et Gabriel Zucman (London School of Economics) ont démontré, en analysant de nombreuses données, que les pays à croissance lente accumulent davantage de richesses (mesurées par rapport au revenu national) que ceux à forte croissance. Les ménages qui le peuvent épargnent à un rythme relativement constant dans le temps, mais, dans un contexte de faible croissance du PIB, leur patrimoine s’accroît mécaniquement en proportion.

Ces dernières années, par peur de l’avenir, les ménages aisés ont même accru leur effort d’épargne, creusant davantage l’écart de richesses. Les pays comme les États-Unis, où la croissance est plus dynamique, sont moins soumis à la « loi de l’hérédité » que les pays européens. La possibilité de s’enrichir par son travail est plus élevée outre-Atlantique qu’en France ou en Italie. En 2023, les revenus des 1 % des héritiers les plus riches en France ont à nouveau dépassé ceux des 1 % des travailleurs les plus riches.

Quelles solutions pour endiguer la montée des inégalités patrimoniales ?

Pour les partisans du libéralisme, contrairement à certains préjugés, le poids croissant de l’héritage n’est pas positif sur le plan économique. Cette situation favorise l’essor d’une nouvelle classe de rentiers, susceptibles de mal allouer leur épargne. N’ayant pas eu à gagner l’argent hérité, ils ont tendance à être de mauvais gestionnaires.

Les rentiers sont souvent conservateurs et peu enclins à l’innovation. Ils se montrent généralement réticents à l’arrivée de nouveaux investisseurs dans les entreprises et s’opposent à la création de nouveaux logements, craignant que cela ne diminue la valeur de leur patrimoine.

À l’inverse, les non-possédants, estimant que le fruit de leur travail ne leur permettra pas d’acquérir un logement décent ni de réussir socialement, développent des comportements pessimistes. Ils peuvent considérer que le travail n’est plus une source d’enrichissement, ce qui les pousse parfois à s’en détourner. Dans certains cas, cette frustration peut favoriser des comportements déviants, y compris des activités illicites.

Deux voies permettent de casser la concentration des fortunes : taxer plus fortement les successions ou endiguer la valorisation du patrimoine en construisant plus de logements.

L’augmentation des droits de succession, combinée à la suppression des dispositifs dérogatoires, permettrait aux États d’augmenter leurs recettes tout en freinant le processus d’accumulation des richesses. Toutefois, une large majorité des électeurs reste opposée à une telle politique.

L’augmentation du volume du foncier constructible, la majoration des impôts sur les terrains non bâtis et non exploités constituent d’autres solutions pour favoriser la construction de logements neufs et ainsi peser sur les prix. Cependant, les pouvoirs publics devraient alors s’opposer aux électeurs qui, soucieux de préserver la valeur de leur patrimoine, préfèrent stabiliser le nombre de logements à proximité de leur domicile.

Attendre…

Logiquement, avec l’augmentation du nombre de décès chez les baby-boomers, la valeur du patrimoine devrait baisser. En effet, la remise sur le marché d’un important stock de logements devrait entraîner une baisse des prix, surtout si la population n’augmente pas, voire décline. Il en va de même pour les titres financiers.

Pour le moment, cette corrélation ne se vérifie pas, même dans les pays les plus avancés dans le processus de vieillissement démographique. La concentration du patrimoine, par le jeu des héritages et de la fiscalité, peut expliquer cette situation. Les rentiers captent une part croissante du patrimoine au détriment du reste de la population.

Par ailleurs, les locations traditionnelles se raréfient, car les propriétaires privilégient les locations saisonnières via les plateformes. Enfin, la disparition des gains de productivité ne permet pas une hausse des salaires, ce qui contribue au maintien des écarts patrimoniaux.

Donald Trump et le joueur de cartes

Même si son incursion dans l’univers des casinos n’a pas été couronnée de succès – le Trump Taj Mahal à Atlantic City qui fut l’un des plus grands casinos du monde, a accumulé des pertes avant d’être détruit –, le président des États-Unis n’en demeure pas moins un joueur, adepte du bluff et des rapports de force. Il assimile le ballet diplomatique à un jeu de cartes. À propos de la guerre en Ukraine, il a récemment déclaré que les forces russes avaient « pris beaucoup de territoire, donc elles ont les cartes ». Peu de temps après, Donald Trump a suggéré au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’accepter l’inévitable : « Il n’a pas de cartes ». La propension au jeu du président américain est-elle un vestige de son échec en tant que magnat des casinos ou le reflet d’une vision du monde où la force prime sur le droit ? Avec la Chine, le Mexique, la Corée du Nord, l’Europe, l’Ukraine et même TikTok, Donald Trump transforme la scène diplomatique en un immense jeu de poker menteur. Il considère que la puissance militaire et économique des États-Unis lui permet d’imposer sa volonté aussi bien à ses adversaires qu’à ses alliés. Il aime à répéter que la faiblesse et la stupidité de ses prédécesseurs ont incité d’autres pays à exploiter les consommateurs américains ou à s’abriter sous le parapluie sécuritaire des États-Unis. Donald Trump promet d’obtenir une juste compensation de ces « profiteurs ».

Dans un monde qu’il perçoit de manière purement manichéenne et transactionnelle, les États-Unis abandonneraient toute considération éthique pour privilégier la coercition et le mensonge. Pour autant, le président américain pourrait rapidement se rendre compte que ses atouts ne sont pas illimités et qu’il pourrait finir par perdre la main.

Donald Trump et sa vision de la géopolitique : trois chantiers majeurs

  • L’Ukraine : le territoire des marges en coupe réglée

Durant sa campagne électorale, Donald Trump a affirmé qu’il pourrait mettre fin à la guerre en Ukraine « en 24 heures ». Les États-Unis disposent d’un important levier de pression, comme il l’a démontré début mars en annonçant la suspension de l’aide militaire après avoir humilié Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale. Ce dernier, pleinement conscient de la dépendance de son pays vis-à-vis des États-Unis, a été contraint de faire allégeance.

Au-delà des armes et des munitions, les États-Unis jouent un rôle clé dans les communications militaires ukrainiennes. Une grande partie des données proviennent de SpaceX, la société dirigée par Elon Musk. Même si cela n’a jamais été confirmé officiellement, il est probable que des instructeurs américains se trouvent sur le terrain pour aider l’armée ukrainienne à utiliser les équipements sophistiqués fournis par Washington, notamment les missiles anti-aériens Patriot.

Les Européens ne sont pas en mesure de compenser complètement un désengagement américain. De plus, Donald Trump pourrait interdire à ses alliés de livrer du matériel contenant des composants américains.

Donald Trump a également exigé que les États-Unis puissent accéder aux ressources naturelles de l’Ukraine en échange de leur soutien. Dans une première version des négociations, un montant de 500 milliards de dollars avait été évoqué, avant d’être abandonné. À l’origine, c’est l’Ukraine elle-même qui avait avancé cette idée, mais en contrepartie de garanties de sécurité américaines, qui restent pour l’instant très floues.

Le refus du président ukrainien de signer un accord sous la contrainte a paradoxalement renforcé sa popularité dans son pays, au moment même où Donald Trump insinuait qu’il n’avait plus le soutien de son peuple.

Une inquiétante complaisance envers la Russie

Donald Trump adopte une posture conciliante envers la Russie. Il s’est opposé aux résolutions hostiles à Moscou à l’ONU et considère que la Russie pourrait conserver la majeure partie des territoires qu’elle a conquis. À ses yeux, l’Ukraine n’a pas vocation à rejoindre l’OTAN, ce qui correspond exactement aux exigences de Vladimir Poutine depuis des années.

Malgré ces concessions, le président russe ne semble pas pressé de conclure un accord. Il a récemment déclaré : « Je serais heureux de rencontrer Donald… mais nous sommes dans une situation où il ne suffit pas de se retrouver pour prendre le thé, le café, s’asseoir et parler de l’avenir. Nous devons nous assurer que nos équipes préparent le terrain. »

Vladimir Poutine sait que le temps joue en sa faveur. L’armée ukrainienne recule, manque de munitions et subit les tergiversations occidentales. En fin stratège et joueur de poker, il est convaincu d’avoir des atouts en main qu’il préfère dévoiler au moment opportun.

En prenant le parti de la Russie contre les alliés européens, Donald Trump a créé une fracture au sein de l’OTAN et renforcé l’impression que les États-Unis sont devenus un partenaire peu fiable. Ironiquement, cette situation a poussé les Européens à accroître leur effort de défense, ce que Donald Trump réclame par ailleurs depuis longtemps.

Pour autant, les États-Unis ne sont pas prêts à quitter l’OTAN. Ils possèdent de nombreuses bases militaires en Europe, qui leur permettent de rayonner en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. De plus, les services américains s’appuient sur les renseignements fournis par leurs alliés européens et asiatiques. Ces échanges, mutuellement bénéfiques, pourraient être mis à mal si Donald Trump continue à mépriser ses partenaires. À terme, la politique étrangère américaine pourrait en ressortir affaiblie.

La question de l’après cessez-le-feu demeure ouverte. Après avoir mobilisé de nombreux soldats et stimulé l’industrie d’armement russe, Vladimir Poutine n’entend pas commettre la même erreur que la direction de Mikhaïl Gorbatchev lors de la fin de la guerre en Afghanistan. Le retour des soldats traumatisés avait alors provoqué une grande instabilité à la fin des années 1980.

Certains estiment qu’à défaut de pouvoir renverser Volodymyr Zelensky, le président russe pourrait relancer une nouvelle offensive en Ukraine. D’autres pensent qu’il chercherait plutôt à renforcer la présence de la Russie en Afrique.

  • Le Moyen-Orient : Donald Trump face à la complexité moyen-orientale

Au Moyen-Orient, l’objectif de Donald Trump est de conclure une série d’accords mettant fin aux conflits régionaux. Les États-Unis pourraient ainsi réduire leur présence militaire au Moyen-Orient et la renforcer en Asie. Steve Witkoff, l’envoyé du président pour le Moyen-Orient, tente de convaincre Israël et le Hamas d’entamer des négociations sur la deuxième phase d’un accord qui mettrait définitivement fin à la guerre. Ces pourparlers sont cependant reportés de semaine en semaine. Les parties prenantes ont, pour l’instant, tout intérêt à poursuivre le conflit : le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, craint que le retour de la paix ne précipite son départ du pouvoir, tandis que le Hamas redoute la réaction d’une population qui, depuis plus d’un an, subit bombardements et déplacements forcés.

Gaza, une terre de conquête pour le Président américain

L’idée de Donald Trump d’expulser les Palestiniens de la bande de Gaza pour construire des complexes touristiques a eu pour conséquence d’inciter les États arabes à élaborer un plan alternatif. Ce projet, adopté lors d’un sommet de la Ligue arabe, prévoit un effort de reconstruction sur cinq ans, dirigé par des entreprises égyptiennes et financé par les États du Golfe. D’un montant de 53 milliards de dollars, ce plan vise à permettre aux quelque deux millions de Palestiniens vivant à Gaza de rester sur leur territoire. Il prévoit la rénovation des terres agricoles, la création de zones industrielles et l’aménagement de vastes parcs. L’objectif est de transformer Gaza en une ville durable, avec des logements modernes, des infrastructures urbaines adaptées et un recours accru aux énergies renouvelables. Le projet inclut également l’ouverture d’un aéroport, d’un port de pêche et d’un port commercial. Il reprend plusieurs éléments des accords de paix d’Oslo des années 1990, abandonnés après l’effondrement du processus de paix. Le Hamas a salué cette initiative, estimant qu’elle marque le rejet, par les dirigeants arabes, de toute tentative de transfert forcé des Palestiniens hors de Gaza et de Cisjordanie occupée. En revanche, Israël a fermement rejeté le projet. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré que ce plan « ne tient pas compte des réalités de la situation », notamment en raison de l’absence de condamnation du Hamas.

Un accord de paix et de reconstruction à Gaza permettrait à Donald Trump de poursuivre des objectifs plus ambitieux. Il souhaite persuader l’Arabie saoudite de normaliser ses relations avec Israël, en élargissant les accords d’Abraham négociés lors de son premier mandat. Il envisage également de négocier un nouvel accord nucléaire avec l’Iran en échange d’un allègement des sanctions. De plus, il pourrait tenter à nouveau de résoudre le conflit israélo-palestinien, après l’échec de son « accord du siècle », rejeté par les Palestiniens durant son premier mandat. Toutefois, Donald Trump risque de comprendre rapidement que le Moyen-Orient est une région particulièrement complexe et que l’influence des États-Unis n’y est pas sans limite.

Benyamin Netanyahou suit ses propres objectifs et son propre calendrier. Il veut rester au pouvoir et échapper aux nombreux procès qui le menacent. Il dépend, par ailleurs, des partis d’extrême droite qui souhaitent la reprise de la guerre à Gaza et la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Le Premier ministre israélien s’est toujours efforcé de maintenir les Palestiniens faibles et divisés, une politique qu’il applique depuis son arrivée au pouvoir. Il exige également la « démilitarisation complète » du sud de la Syrie et reste favorable à une attaque préventive contre l’Iran pour empêcher ce pays d’acquérir l’arme nucléaire, idéalement avec le soutien des États-Unis.

Ces projets vont à l’encontre de la stratégie de Donald Trump. L’annexion des territoires palestiniens compromettrait un accord de normalisation avec l’Arabie saoudite, tout comme une nouvelle guerre à Gaza. Une frappe contre l’Iran mettrait fin à tout espoir d’accord nucléaire. Le président américain conserve néanmoins une influence importante sur Israël. 70 % des importations d’armes israéliennes proviennent des États-Unis, qui ont envoyé 18 milliards de dollars d’aide militaire à Israël depuis le 7 octobre 2023, soit l’équivalent de 10 % des dépenses du gouvernement israélien. Néanmoins, Donald Trump ne peut pas exercer les mêmes pressions sur Benyamin Netanyahou que celles qu’il applique à Volodymyr Zelensky. Le Parti républicain, soucieux de séduire l’électorat juif en vue des prochaines élections, ne peut se permettre une rupture avec Israël. Enfin, la question du désarmement du Hamas demeure un sujet épineux. Les responsables arabes restent vagues sur ce point, bien conscients que le Hamas ne semble pas, à l’heure actuelle, prêt à accepter un accord de paix durable avec Israël.

L’Iran : un équilibre fragile entre sanctions et négociations

Concernant l’Iran, les positions du Premier ministre israélien ne permettent pas réellement d’engager des négociations. Pourtant, la République islamique semble désireuse de conclure un accord avec les États-Unis. Deux de ses mandataires, le Hamas et le Hezbollah, ont été marginalisés. Les frappes de missiles balistiques contre Israël menées par l’Iran l’année dernière ont causé peu de dégâts, tandis que les représailles israéliennes ont mis hors service certaines des défenses aériennes les plus sophistiquées du pays. Par ailleurs, l’économie iranienne souffre des sanctions occidentales. Cette situation de faiblesse ne signifie pas que  l’Iran soit disposé à accepter toutes les revendications américaines. Certains conseillers de Donald Trump espèrent limiter le programme nucléaire iranien, restreindre le développement des missiles balistiques et mettre fin au soutien de Téhéran aux milices mandataires. En l’état, il est peu probable que l’Iran accepte de telles conditions. Le risque pour le président américain est de devoir se contenter d’un accord plus restreint, proche de celui qu’il avait abrogé en 2018 (à la demande de M. Netanyahou). Pour accentuer la pression sur les autorités iraniennes, le 24 février dernier, le département du Trésor américain a annoncé de nouvelles sanctions contre plus de 30 courtiers pétroliers et entreprises impliqués dans la contrebande de pétrole iranien vers la Chine.

Pour peser davantage sur l’économie iranienne, les États-Unis devraient imposer des sanctions secondaires aux ports chinois ou menacer de sanctions les Émirats arabes unis, qui abritent de nombreux intermédiaires. Or, de telles mesures entraîneraient des conséquences diplomatiques importantes et pourraient nuire aux intérêts américains. Une escalade des sanctions pourrait également inciter l’Iran à s’en prendre à ses voisins, comme en 2019, lorsque des drones et des missiles avaient temporairement paralysé la moitié de la production pétrolière de l’Arabie saoudite. L’Arabie saoudite cherche avant tout à stabiliser la région en limitant les tensions avec l’Iran, ce qui pourrait la placer en porte-à-faux avec les États-Unis. Les risques d’instabilité sont en effet nombreux. La Syrie post-Assad pourrait retomber dans le chaos, tandis que la mort du guide suprême iranien vieillissant, Ali Khamenei, pourrait déclencher une lutte de pouvoir.

  • La Chine, principal enjeu pour Donald Trump

La Chine reste l’enjeu numéro un pour Donald Trump. Il rêve de conclure un accord général avec l’Empire du Milieu. Afin de prouver sa détermination à rebattre les cartes, il a décidé d’augmenter les droits de douane sur les produits chinois. Il avait déjà eu recours à cette arme lors de son premier mandat, et Joe Biden, son successeur, avait poursuivi cette politique. En plus de cette hausse de 10 points des droits de douane, le président des États-Unis prévoit d’augmenter les taxes portuaires sur les navires fabriqués ou détenus par des Chinois, ainsi qu’un durcissement des règles encadrant les investissements entrants et sortants en Chine. D’autres taxes douanières sont probablement à venir après une révision de la politique commerciale prévue d’ici le 1er avril. Les États-Unis risquent toutefois de subir des représailles. La Chine est leur troisième marché d’exportation et les autorités chinoises ont déjà restreint l’exportation de plusieurs minéraux stratégiques vers les États-Unis. Pékin a également lancé une enquête antitrust contre Google.

Pour l’instant, la Chine fait la sourde oreille aux exigences de Donald Trump. Xi Jinping n’a pas assisté à son investiture et les autorités chinoises poursuivent leurs efforts pour réduire leur dépendance économique vis-à-vis des États-Unis. Donald Trump pourrait déplacer le débat sur Taïwan. Il accuse l’île de « voler » l’industrie américaine des microprocesseurs et a déclaré : « Ils veulent une protection. Ils ne nous paient pas d’argent pour la protection, vous savez ? La mafia vous fait payer de l’argent, n’est-ce pas ? »

Cette attaque pourrait réjouir les autorités chinoises, mais elle inquiète les alliés traditionnels des États-Unis dans la région, notamment la Corée du Sud et le Japon. Ceux-ci pourraient être tentés de développer leur propre dissuasion nucléaire, craignant un désengagement américain.

Le dangereux bluff de Donald Trump ?

Les paris risqués de Donald Trump pourraient finir par se retourner contre lui, tant les relations internationales sont complexes. Les motivations de ses adversaires sont loin d’être univoques. L’objectif principal de Xi Jinping est d’assurer la survie du Parti communiste chinois et d’affirmer la Chine comme une grande puissance, d’abord en Asie, puis au niveau international. La croissance économique est un moyen d’y parvenir, mais elle ne constitue pas la seule arme dont dispose Pékin. De même, aucune incitation ne pourra convaincre les Gazaouis de quitter massivement leur territoire ou l’Ukraine de renoncer à son indépendance. Les autres acteurs jouent leur propre partition, qui ne dépend pas exclusivement des décisions américaines. Les décisions prises dans un conflit peuvent entraîner des répercussions sur un autre. Si Donald Trump décide d’imposer des droits de douane sur les puces électroniques afin de renforcer la production nationale, il affaiblit Taïwan qui produit environ 90 % des microprocesseurs les plus avancés au monde. De la même manière, la réhabilitation de Vladimir Poutine pourrait bénéficier indirectement à la Chine. Le recours systématique au bluff risque de nuire à la crédibilité de la diplomatie américaine. À force de multiplier les coups de poker, le monde pourrait finir par comprendre qu’il peut se passer des États-Unis. L’isolationnisme de Donald Trump finirait alors par se retourner contre lui.