16 janvier 2026

Economie – Japon – Etats – Unis – inégalité

Japon : de nouveau désirable

Depuis une trentaine d’années, les détenteurs de capitaux japonais étaient connus pour investir à l’étranger afin de bénéficier d’un rendement du capital supérieur à celui en vigueur dans leur pays. Compte tenu des taux d’intérêt très faibles au Japon, les investisseurs empruntaient pour acquérir des placements à l’extérieur. Cette situation pourrait évoluer dans les prochains mois, le Japon devenant à nouveau un territoire financièrement attractif, ce qui ne sera pas sans incidence pour les autres pays de l’OCDE à la recherche de capitaux.

Afin d’échapper à la déflation rampante depuis les années 1990 et aux faibles taux d’intérêt en lien avec la politique monétaire accommodante de la banque centrale, les investisseurs japonais ont pris l’habitude d’acquérir des actions et des obligations dans le reste du monde, ce qui leur a permis de profiter de rendements obligataires et d’une rentabilité des entreprises plus élevés qu’au Japon. De 2005 à 2025, les actifs nets détenus à l’étranger sont passés de 45 à 115 % du PIB.

Le taux d’intérêt du Japon à 10 ans sur les emprunts d’État a évolué entre 1 % et 0 % entre 2002 et 2023, quand ceux des États-Unis et de la zone euro étaient, hors période Covid, de 2 à près de 4 points au-dessus.

Pour les actions, le ROE des entreprises japonaises est inférieur en moyenne de 5 points depuis vingt ans à celui des entreprises américaines. L’écart avec la zone euro s’est amoindri, autour d’un point.

Depuis plus d’un an, des changements substantiels modifient la donne. L’inflation et l’inflation sous-jacente au Japon oscillent désormais autour de 3 %. La Banque du Japon est amenée à relever ses taux directeurs, actuellement de 0,75 %, ce qui devrait se traduire par une hausse du taux d’intérêt à long terme. Le taux d’intérêt à 3 ans est aujourd’hui de 3,41 %, contre moins de 1 % pendant des années. De son côté, le yen a cessé de se déprécier par rapport au dollar à compter de la mi-novembre 2025.

Si les titres japonais deviennent plus attractifs, par voie de conséquence, la détention de Treasuries américains et de titres publics européens par les Japonais devrait diminuer. Or, les investisseurs japonais jouent un rôle important dans l’acquisition de titres américains. De 2023 à 2025, l’encours de Treasuries possédés par les Japonais est passé de 1 000 à 1 200 milliards de dollars.

Après avoir stagné en 2024 et au début de 2025, l’indice Nikkei des principales actions japonaises a progressé de 26 % depuis le début du mois de juillet 2025 et a battu son record datant de 1990 (à préciser).

Le marché des actions japonaises profite des inquiétudes suscitées par la valorisation élevée des entreprises technologiques américaines et par la faiblesse de la croissance, ainsi que par la désindustrialisation de la zone euro. L’industrie japonaise demeure puissante, représentant 29 % du PIB, avec en outre une forte composante technologique (microprocesseurs, électronique, informatique, téléphonie, etc.). Les dépenses de recherche et développement représentaient 3,2 % du PIB en 2024. Le pays se caractérise par ailleurs par une forte utilisation des robots.

Dans ce contexte, les investisseurs pourraient arbitrer en faveur des actions japonaises au détriment des actions américaines et européennes. Compte tenu des besoins de financement élevés des administrations publiques en zone euro et aux États-Unis, la moindre propension des investisseurs japonais à acheter des titres pourrait occasionner une hausse des taux d’intérêt, déjà orientés à la hausse depuis deux ans. Aux États-Unis, compte tenu de la dépendance aux capitaux étrangers, le cours des actions pourrait être affecté par la baisse de ces flux. Les valeurs technologiques seraient les plus exposées à la réduction des capitaux japonais.

Etats-Unis : mécomptes de la concentration des patrimoines

La concentration des patrimoines s’est accentuée aux États-Unis depuis une vingtaine d’années. Cette concentration a été accompagnée d’un sous-investissement des entreprises. Or, pour le moment, l’administration américaine républicaine ne souhaite en aucun cas lutter contre cette concentration ; bien au contraire, elle tend à la renforcer.

Aux États-Unis, les inégalités de revenus et de patrimoine sont importantes. L’indice de Gini, mesurant les inégalités de revenus, est passé de 0,35 en 2002 à 0,40 en 2024. La part de la richesse nationale détenue par les 10 % les plus riches s’élevait à 68 % en 2025, contre 60 % en 2002. Pour les 1 % les mieux dotés, les ratios respectifs sont de 25 % et 31 %. Ces inégalités de patrimoine sont alimentées par la forte hausse des capitalisations boursières. En vingt-trois ans, l’indice Nasdaq des valeurs technologiques a été multiplié par 12 et le S&P 500 des plus grandes valeurs américaines par 6.

Cette montée des valorisations boursières ne s’accompagne pas d’une hausse notoire des taux d’investissement des entreprises. Aux États-Unis, l’investissement privé non résidentiel représentait, en 2025, 14 % du PIB, soit à peu près le niveau moyen de ces dix dernières années. Le taux d’investissement rapporté à la capitalisation boursière est passé de 15 % en 2003 à 8 % en 2025. Le stock de capital rapporté à la capitalisation boursière est également en recul, passant de 150 % à 90 % entre 2011 et 2025.

Le sous-investissement des entreprises américaines s’accroît depuis 2008. Les détenteurs de capitaux, de plus en plus riches, privilégient des actifs non productifs (bitcoins, or, obligations du Trésor, yachts, résidences de luxe) au détriment des investissements dans les entreprises ou dans la recherche.

De plus en plus, l’enrichissement a, aux États-Unis, pour origine des rentes de monopole dégagées par les grandes entreprises américaines, comme le souligne la hausse du taux de marge, passé à plus de 20 % entre 2002 et 2025. Or, les entreprises bénéficiant de rentes investissent peu. Leur objectif n’est pas la conquête de nouveaux marchés, mais la préservation de leur rente. Les personnes dotées d’un patrimoine élevé ne sont guère incitées à investir, et encore moins à le faire de manière rationnelle. La recherche du succès entrepreneurial et du gain productif n’est pas suffisamment prégnante. Une allocation plus équilibrée des capitaux permettrait à davantage d’individus de se lancer dans des projets et de prendre des risques.