Economie – énergie – France – 2027
Les priorités de politique économique de la France pour 2027
Les municipales étant passées, en France, les prochains mois devraient sur le plan politique être consacrés à l’élaboration des programmes en vue de l’élection présidentielle de 2027. La tentation sera forte pour les candidats de faire preuve de démagogie, une élection se gagnant rarement avec « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ». Le contexte économique, financier et géopolitique devrait être d’une rare complexité. L’endettement public de la France dépasse 115 % du PIB et le déficit se situe autour de 5 points de PIB. Avec la hausse des prix de l’énergie, la croissance devrait être nulle. Les menaces internationales n’ont jamais été aussi élevées depuis la fin de la guerre froide avec en outre, des relations avec les Etats-Unis qui se tendent à grande vitesse. L’idée d’un départ de ces derniers de l’OTAN n’est désormais plus inconcevable ni même celle d’un accord avec la Russie sur l’Ukraine dans le dos des Européens.
La France souffre d’un problème de compétitivité et de positionnement économique. La faiblesse de son système d’éducation constitue un handicap majeur pour réaliser une réorientation de sons système productif. Le pays ne forme pas assez de scientifiques, d’informaticiens, d’ingénieurs pour répondre aux besoins des secteurs de pointe.
La France est distancée dans les classements mondiaux concernant le niveau de formation des élèves et des étudiants comme en témoigne les résultats des enquêtes PISA de l’OCDE.
Cercle de l’Epargne – données OCDE
Seulement 3 % des enfants en France ont un niveau avancé en mathématiques dans l’enquête TIMSS, contre 10 % dans l’ensemble des pays, 15 % au Royaume-Uni, 40 % en Corée du Sud et 46 % à Singapour.
Cercle de l’Epargne – données IEA, Trends in International Mathematics and Science Study
Cercle de l’Epargne – données IEA, Trends in International Mathematics and Science Study
- La France se caractérise par le nombre élevé de jeunes qui quittent le système éducatif sans emploi et sans qualification (lNEET),
Cercle de l’Epargne – données LSEG Datastream, Eurostat
Le redressement de la qualité du système éducatif permettrait une amélioration du taux d’emploi des jeunes qui est en France assez faible. En 2025, il se situe autour de 25 %, contre 78 % aux Pays-Bas, 60 % au Danemark et 52 % en Allemagne.
Un plus grand nombre d’étudiants en filières scientifiques faciliterait la réindustrialisation et le développement du secteur des technologies de l’information. En 2025, la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière représentait 9 % du PIB en France, contre 19 % en Allemagne. Celle du secteur des technologies de l’information et de la communication s’élevait, toujours en 2025, à 7,2 % du PIB aux Etats-Unis, à 5 % en Allemagne et à 4,2 % en France.
La question du niveau des dépenses sociales sera un sujet sensible pour les candidats à l’élection présidentielle. Le vieillissement démographique conduit à une hausse des dépenses de retraite (le premier poste de dépenses en France) ainsi que des dépenses de santé et de dépendance. Les dépenses liées à la protection sociale représentaient, en 2025, en France plus de 31 % du PIB contre une moyenne au sein de la zone euro de 27 %. Ce poids élevé est lié à un nveau de couverture figurant parmi les meilleurs et à une étroitesse de la production nationale. Le PIB au vue de sa population est faible. Une des raisons majeurs de cette situation tient à un taux d’emploi qui demeure inférieure à la moyenne européenne. Il était pour les 15/64 ans de 69 % en 2025, contre 78 % en Allemagne et de 82 % aux Pays-Bas. Moins d’actifs en emploi, signifient moins de production et plus de prestations. Les dépenses sociales accaparent une grande partie des capacités financières des pouvoirs publics ce qui limitent par voie de conséquences leurs moyens pour l’investissement, la recherche et l’éducation.
La faiblesse du taux d’emploi s’explique par le départ précoce à la retraite d’une part non négligeable de la population. En 2025, le taux d’emploi des 60/64 ans était de 42 % en France, contre plus de 70 % en Allemagne, en Suède ou aux Pays-Bas. Le prochain Président ou la prochaine Présidente devra régler la question de la suspension de la réforme des retraites de 2023, dont la fin est prévue pour 2027 et le cas échéant s’engager dans la préparation d’une nouvelle réforme. En effet, même avec un âge légal à 64 ans, le système de retraite serait d’ici 2030 en déficit. Le Conseil d’Orientation des Retraites estime qu’un passage à 65 ans permettrait de rétablir l’équilibre.
En raison de charges et d’impôts élevés, le niveau d’investissement des entreprises demeurent faible en France. En 2025, il s’élevait à 11,1 % du PIB, soit quatre points au-dessous du niveau constaté aux Etats-Unis. Les entreprises françaises sont handicapées par le poids des impôts pesant sur la production. De manière globale, la France se caractérise par un niveau de prélèvements obligatoires figurant parmi les plus élevés de l’OCDE, 45,3 % du PIB, en 2025, contre 40,5 % en moyenne au sein de l’Union européenne. En raison du poids des charges sociales et fiscales, les pouvoirs ont mis en place un système complexe et coûteux d’aides et subventions aux entreprises (environ 200 milliards d’euros selon un rapport sénatorial) qui génère des effets d’aubaine et des situations de rente. Un démontage de ces aides en contrepartie d’une refonte fiscale serait souhaitable.
Les entreprises en France n’investissent pas assez dans la recherche et l’innovation. Les dépenses en la matière étaient, en 2025, de 2,7 % du PIB aux Etats-Unis, contre 2,1 % en Allemagne et 1,4 % en France.
En donnant la priorité à la hausse des investissements (publics et privés) et aux dépenses de recherche et développement ainsi qu’avec un réorientation du système productif sur les secteurs à forte valeur ajoutée, un redressement de la productivité serait possible. La productivité française a, en effet, reculé entre 2017 et 2025.
Un des autres enjeux de l’élection présidentielle devrait être la simplification des processus de décisions publiques. Avec quatre échelons locaux (communes, intercommunalités, départements, régions), la France est confrontée à un éparpillement et à une dilution des responsabilités. Les collectivités locales éprouvent les pires difficultés à faire face à leurs missions en raison d’un déficit de compétences au niveau de leur personnel. De nombreux projets ne peuvent pas aboutir en raison de ce déficit combiné à la pesanteur des contraintes réglementaires. Quand l’Etat n’a plus les moyens financiers de sa politique, il recourt et abuse des normes qui en s’empilant paralyse tant l’action publique que privée. Toutes les tentatives de simplification ont pour le moment échoué du fait des corporatismes divers et variés et du manque de volonté.
L’engagement de réformes structurelles apparaît indispensable pour éviter la poursuite du déclin de la France qui se matérialise par son recul relatif en matière de PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat au sein de l’Union européenne. Si jusque dans la fin des années 2010, ce PIB était supérieur à la moyenne, ce n’est plus le cas depuis avec un écart qui ne cesse de s’accroître.
Quels pays souffrent le plus d’une hausse des prix de l’énergie ?
Face à la hausse des prix des hydrocarbures, tous les Etats ne sont dans la même situation. Certains sont producteurs et d’autres pas ; certains dépendent pour leur énergie avant tout du pétrole et du gaz quand d’autres ont un mix énergétique plus diversifié.
Une hausse des prix du pétrole et du gaz comme celles provoquées par la guerre au Moyen Orient en 2026 ou par l’invasion de l’Ukraine par les Russes en 2022 provoque un transfert des pays consommateurs vers les pays producteurs, sous réserve que ces derniers puissent délivrer le pétrole ou le gaz. La guerre en 2022 avait entrainé une hausse de 70 % du pétrole et une multiplication par trois du prix du gaz en Europe. En 2026, la guerre a induit une hausse de plus de 40 % du cours de baril de Brent et du prix du gaz naturel.
Les Etats-Unis sont les grands gagnants sur le marché du pétrole. Au cours du mois de mars 2026, la production des pays de l’OPEP a diminué de près de 25 % quand celle des Etats-Unis a progressé de 7 %. La production début avril atteignait plus de 14 millions de barils jour aux Etats-Unis, contre 5 millions en 2010. Celle de l’OPEP s’élevait fin mars à 22 millions de barils jours, contre 29 millions fin 2025 et 27 millions en 2010. Les exportations de pétrole brut atteignaient fin mars plus de 4 millions de barils jour aux Etats-Unis. Pour mémoire, elles ne dépassaient pas 1 million de barils jour en 2018. Le Brésil a également accru ses exportations. Elles ont représenté en rythme annuel au premier trimestres 45 milliards de dollars. En 2019, ce montant était de 25 milliards de dollars.
Au niveau du gaz naturel, les Etats-Unis ont également augmenté leur production. Ils produisent à fin mars 2026 autour de 100 milliards de pieds cubes par jour contre 80 milliards pour les pays de l’OPEP. En 2010, les productions respectives étaient de 58 et 42. Depuis 2022, les exportations de gaz naturel augmentent à grande vitesse pour les Etats-Unis. Fin mars, elles s’élevaient à plus de 800 milliards de pieds cubes par mois contre 550 fin 2021.
Si les Etats-Unis sont gagnants en tant qu’exportateur, ils n’échappent pas néanmoins à l’effet inflationniste du choc pétrolier même si le cours du pétrole américain WTI augmente moins fortement que le pétrole européen (Brent).
La hausse de 40 % des prix des combustibles observée entre février et avril 2026 pourrait aux Etats-Unis générer un gain de 0,8 à 1 point de PIB de revenu réel. Pour la croissance, des effets multiplicateurs sont à prendre en compte. Lors du précédent choc de 2022, l’investissement dans l’extraction pétrolière et gazière avait progressé de plus de 15 % en rythme annuel. Un mouvement comparable, quoique d’ampleur moindre, peut être anticipé en 2026. En intégrant les effets indirects, le gain total sur l’activité pourrait être porté jusqu’à 1,3 point de PIB.
Cette amélioration de la croissance s’accompagne d’un effet inflationniste non négligeable. L’énergie représente environ 6 à 7 % de l’indice des prix à la consommation (CPI) aux États-Unis. Une hausse de 40 % des prix énergétiques induit donc une contribution directe de +2,4 à +2,8 points à l’inflation à laquelle s’ajoutent des effets indirects via les coûts de transport et de production, estimés entre +0,5 et +1 point. L’effet total sur l’inflation peut ainsi être évalué entre +2,5 et +3,5 points sur un an, selon l’intensité des effets de second tour.
Ce résultat est cohérent avec les observations de 2022, bien que d’ampleur inférieure. À l’époque, la hausse des prix énergétiques, proche de 100 %, avait contribué à plus de 4 points d’inflation. Le choc de 2026, deux fois moins intense, produit logiquement un effet proportionnellement réduit mais encore significatif.
Les effets redistributifs internes sont en effet marqués. Les ménages subissent directement la hausse des prix de l’essence, dont l’élasticité est élevée et la visibilité immédiate. À l’inverse, les gains sont concentrés dans le secteur énergétique et dans certains territoires (Texas, Nouveau-Mexique, Louisiane). Cette hétérogénéité limite la transmission du gain externe à la consommation agrégée.
Les finances publiques devraient bénéficier d’un effet positif via l’augmentation des recettes fiscales issues du secteur énergétique et l’amélioration du solde extérieur.
L’Europe fortement exposée
Sur la période de mars à avril, le surcoût énergétique atteint pour l’Europe pour le pétrole et le gaz atteint plus de 40 % en prenant en compte le taux de change.
L’énergie importée représente environ 4 % du produit intérieur brut de l’Union européenne. Dès lors, une hausse de 40 % des prix équivaut à un prélèvement extérieur de l’ordre de 1,6 point de PIB si elle devait perdurer une année. L’inflation pourrait en fonction de la durée de la crise pourrait augmenter de 1 à 2 points. .
La France moins industriels que l’Allemagne et bénéficiant de l’énergie nucléaire est potentiellement moins exposée à l’augmentation du prix des hydrocarbures. Les importations de combustibles représentent environ 3 % de son PIB. Le prélèvement lié à la guerre au Moyen Orient pourrait atteindre 1,2 point du PIB. Le Royaume-Uni, enregistrerait une perte de 1 point. À l’autre extrémité, l’Espagne et l’ensemble de connaîtrait un manque à gagner de 1,6 point. L’Allemagne et l’Italie, situées dans une seraient confrontées à une ponction de 1,3 à 1,4 point.
Depuis 2022, ni la France, ni l’Allemagne, ni l’ensemble de l’Union européenne n’ont significativement réduit leurs quantités importées d’hydrocarbures prouvant la difficulté de réaliser des substitutions d’énergie. Certes, la France peut compter sur ses centrales nucléaires en 2026 quand en 2022 un grand nombre était à l’arrêt pour maintenance.
En 2022, face à la hausse des prix de l’énergie, les États avaient tenté d’en atténuer les effets par des boucliers tarifaires coûteux. En 2026, la mise en œuvre de telles politiques n’est plus d’actualité compte tenu de la situation des finances publiques notamment en France. Les gouvernements privilégient des mesures ciblées. e
L’augmentation du cours de l’énergie fragilise les finances publiques européennes en réduisant les recettes fiscales en raison de l’attrition de la croissance et en augmentant les dépenses, notamment celles liées au service de la dette en raison de la hausse des taux d’intérêt des obligations souveraines.
Japon et Corée du Sud sur la même longueur d’onde que l’Europe
Hors d’Europe, la vulnérabilité apparaît plus marquée encore. Le Japon, dont la dépendance aux hydrocarbures demeure élevée, verrait son revenu réel reculer de près de 1,8 point de PIB. La Corée du Sud, où les importations de combustibles atteignent entre 8 et 9 % du PIB, subirait un choc d’une toute autre ampleur entre 3 et 3,5 points de PIB, soit l’équivalent d’une récession immédiate si aucun ajustement n’intervenait.
Pour l’Union européenne, le choc pétrolier de 2026 devrait se traduire par un prélèvement direct de 1,6 point de PIB et une perte de croissance comprise entre 1,5 et 2 points. L’inflation, quant à elle, pourrait être majorée de 1 à 2 points, bien en deçà des sommets de 2022 mais suffisamment pour compliquer la tâche des banques centrales.
Lee choc énergétique de 2026 procure aux États-Unis un gain de revenu de l’ordre de 1 point de PIB, pouvant atteindre 1,3 point en intégrant les effets d’entraînement, au prix d’une inflation accrue de 2,5 à 3,5 points. Ce bilan contraste fortement avec celui de l’Europe et confirme que l’énergie, loin d’être un simple facteur de coût, constitue désormais un déterminant majeur de la hiérarchie des performances économiques entre grandes zones.


