Economie – Etats-Unis – Europe
Etats-Unis : une croissance sans emploi ?
Pourquoi les Etats-Unis ont-ils une croissance forte et des créations d’emplois faibles
Depuis le 2ème trimestre 2025, la croissance du PIB en volume se maintient à un niveau relativement élevé, 3,8 % au 2ème trimestre 2025, 4,4 % au 3ème, 0,5 % seulement au 4ème, mais 1,5 % après correction de l’effet shutdown. La progression de l’emploi est, en revanche, faible. Au cours de l’année 2025, l’emploi total n’a augmenté que de 24 700 emplois par mois, contre +85 000 entre janvier 2024 et décembre 2024. Au premier trimestre 2026, l’emploi total a progressé de 79 000 emplois par mois. Cette déconnexion entre croissance et emplois s’explique par le poids croissant des secteurs de pointe, par des changements dans la consommation des ménages et par la politique anti-immigration de Donald Trump.
En 2025, la croissance américaine du PIB a été, 2,3 %. Sur les trois derniers trimestres, elle est en moyenne de 2,9 % après correction des effets du shutdown de 3,2 %. En 2025, l’emploi total ne progresse que de 24 700 par mois. Malgré cette croissance faible de l’emploi, le taux de chômage reste bas aux Etats-Unis (4,3 % en mars 2026, contre 4,0 % en janvier 2025), en raison du recul du nombre d’immigrés ayant un emploi.
En 2023 et 2024, les interceptions par la police sur la frontière sud des Etats-Unis atteignaient entre 1,5 et de 2 millions. En 2025, elles seraient revenues autour 250 000. Certains mois du printemps et de l’été 2025 ont enregistré des niveaux inférieurs à 20 000 passages, contre des pics mensuels dépassant 200 000 un an plus tôt. Les expulsion se sont élevés à plus 400 000 en 2025, soit un rythme inédit depuis plus d’une décennie. À ces départs contraints s’ajoutent des départs volontaires, difficiles à mesurer mais estimés à plusieurs centaines de milliers, dans un climat de dissuasion renforcée.
La population immigrée, qui avait atteint près de 47 millions de personnes en 2024 (soit environ 14 % de la population totale), aurait diminué de plus d’un million en 2025. Le solde migratoire des États-Unis, traditionnellement positif de l’ordre de +1 million de personnes par an dans les années récentes pourraient avoir enregistré en 2025 un solde proche de zéro, voire légèrement négatif, compris entre –50 000 et –300 000 personnes selon les estimations. Une telle inversion constitue un précédent dans l’histoire américaine.
Les visas de travail qualifié, notamment les H-1B, ont été soumis à des coûts accrus et à des exigences supplémentaires, contribuant à freiner les entrées dans les secteurs technologiques. Les visas étudiants, qui représentaient plus d’un million d’inscriptions internationales avant la pandémie, sont en forte baisse en raison des délais et une incertitude accrue.
La conséquence directe est un affaiblissement de la croissance démographique. La population américaine n’aurait progressé que de 0,4 % à 0,5 % en 2025, contre plus de 0,8 % en moyenne au cours de la décennie précédente. Or, depuis vingt ans, l’immigration contribuait pour près de la moitié de la croissance de la population active. Son recul se traduit mécaniquement par un resserrement de l’offre de travail. Sur le marché de l’emploi, les tensions s’accentuent dans les secteurs les plus dépendants de la main-d’œuvre étrangère : agriculture, construction, hôtellerie-restauration, services à la personne. Dans certaines régions, la baisse de la main-d’œuvre disponible se chiffre en dizaines de milliers de postes non pourvus. Le taux de participation des travailleurs nés à l’étranger, qui dépassait 66 %, jouait un rôle stabilisateur ; son recul contribue à rigidifier le marché du travail.
Plusieurs estimations situent la perte de produit intérieur brut liée au recul migratoire entre 0,2 et 0,4 point de PIB par an, soit un manque à gagner cumulé de 60 à 100 milliards de dollars sur deux ans.
À plus long terme, la question se pose en termes démographiques. Les États-Unis, dont la fécondité est tombée autour de 1,6 enfant par femme, comptaient sur l’immigration pour soutenir le renouvellement des générations. Sans cet apport, le vieillissement s’accélère mécaniquement. La part des plus de 65 ans, déjà proche de 17 %, pourrait dépasser 22 % d’ici 2040 dans un scénario de faible immigration.
La croissance crée moins d’emplois en raison de sa structure même. Elle est, en effet, avant tout portée par les investissements en propriété intellectuelle qui ont un contenu en emplois faible. Les investissements en logiciels représentaient 3 points de PIB en 2025 contre 1,8 % en 2010. L’essor de l’intelligence artificielle (IA)provoque des destructions d’emplois dans des secteurs qui en étaient jusqu’à maintenant fortement créateurs (secteurs de l’ informatique, de la logistique et de la finance). Si l’intelligence artificielle a un effet positif sur l’emploi des personnes compétentes dans l’utilisation de l’intelligence artificielle, elle peut avoir un effet négatif sur l’emploi des personnes jeunes et faiblement qualifiées. Des effets de substitution sont constatés dans la finance, la distribution, le transport et la logistique, l’information ou l’industrie. en revanche, dans des secteurs comme la santé et l’éducation, l’IA est utilisée de manière complémentaire aux emplois.
Les inégalités croissantes de revenus aux Etats-Unis ne favorisent pas la consommation et donc l’emploi. les hausses de rémunérations ont profité avant tout aux plus riches. Ces derniers ont tendance soit à épargner, soit à investir à l’étranger. Par ailleurs, l’augmentation des droits de douane en générant de l’inflation pénalise le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes qui sont contraints de réduire leurs achats. L’inflation se répercutant sur les coûts salariaux incite les entreprises à limiter les créations d’emploi.
Cercle de l’Epargne – données : LSEG Datastream, Patrick Artus Conseil
Les Etats-Unis depuis une vingtaine d’années se sont caractérisés par une capacité à créer un grand nombre d’emplois. Cette spécificité est remis en cause par la politique de Donald Trump qui conduit à une baisse de la main d’œuvre et à une hausse des prix. L’intelligence artificielle en générant d’importants gains de productivité provoque a priori des ajustements au niveau de l’emploi. Cette phase peut être temporaire. L’IA est susceptible de déboucher sur des créations d’emplois dans un second temps.
La croissance européenne menacée
L’Allemagne avec son industrie est un des pays de l’Union européenne le plus exposé à la hausse des cours de l’énergie provoquée par la guerre en Iran. Les autorités allemandes ont été ainsi conduites à diviser le taux de croissance prévisionnel pour 2026, 0,5 % en lieu et place de 1 % quand la France n’a révisé pour le moment le sien que de 0,1 point ; 0,9 % contre 1 % précédemment. L’écart de croissance entre l’Europe et les Etats-Unis pourrait à nouveau se creuser en 2026 et 2027.
Le prix du pétrole est passé de moins de 70 dollars le baril avant le déclenchement du conflit en Iran à environ 100 dollars le baril en avril, soit une hausse de 40 %. Si aux Etats-Unis le prix du gaz naturel n’a pas été affecté par la guerre, en Europe il est passé de 30 à 42 euros par MWh, soit une hausse également de 40 %
Les Etats-Unis sont économiquement gagnants de l’augmentation des cours de l’énergie. Ils sont, en effet, exportateurs de pétrole et de gaz naturel. Ils exportent environ 4 millions de barils jour en avril 2026 contre 3 millions en 2022. Leurs exportations de gaz naturel sont passées de 400 à 850 milliards de pieds cubes de 2019 à 2026. La balance commerciale des combustibles des Etats-Unis est excédentaire de près de 100 milliards de dollars en données annuelles en 2026 quand elle était déficitaire de 100 milliards en 2015. La hausse des prix du pétrole et du gaz naturel accroît donc le revenu réel des Etats-Unis.
A l’inverse, la zone euro est importatrice de pétrole et de gaz naturel. Son déficit commercial pour les combustibles atteint 400 milliards de dollars, soit 2 % du PIB. Les importations d’énergie représentent plus de 4 points du PIB européen. La hausse observée du prix en euros de 40 % pour l’ensemble du pétrole et du gaz naturel implique une perte de revenu de 0,8 point de PIB à 1,6 point de PIB selon les modes de calcul utilisés.
La stabilité du prix du gaz aux Etats-Unis favorise la compétitivité prix de certains secteurs d’activité comme ceux de la chimie, la pharmacie, la métallurgie, l’industrie agroalimentaire ou les industries produisant les engrais, le plastique, le verre, le ciment, le papier, le carton.
La production de l’industrie chimique européenne est en net recul depuis l’année 2022 marquée le début de la guerre en Ukraine quand celle des Etats-Unis est en hausse, -25 % contre +10 %. Sur ces cinq dernières années, la production de plastique de la zone euro a reculé de 15 % quand celle des Etats-Unis est relativement stable. Depuis le covid, en 2020, la production industrielle européenne croit plus lentement que celle des Etats-Unis.
Le relèvement des prix de l’énergie par sa ponction sur le revenu des pays européens pèsera sur la demande intérieure. Par ailleurs, il pourrai accélérer la désindustrialisation avec des délocalisations de production notamment aux Etats-Unis. Cette situation devrait inciter les autorités européennes à diminuer la dépendance du vieux continent aux combustibles importés. L’électrification avec un recours accru aux énergies renouvelables et au nucléaire se justifie de plus en plus.


