Economie – Etats-Unis – BCE
Les Américains et la politique économique de Donald Trump
A neuf mois des élections de mi-mandat, la situation se complique pour Donald Trump. Dans les derniers sondages, une large majorité d’Américains désapprouvent les politiques menées par son administration. Même les électeurs républicains commencent à douter. La hausse des prix et l’emploi constituent les deux sujets d’inquiétude majeurs qui transcendent la population américaine.
Seulement 38 % des Américains approuvent les politiques menées depuis le mois de janvier 2025 quand 56% désapprouvent selon Yougov pour The Economist. Donald Trump s’était fait élire en s’engageant à améliorer le pouvoir d’achat notamment des Américains les plus modestes. Or, pour le moment, le compte n’y est pas. Or, cette population constitue le cœur de l’électorat de Donald Trump. 50 % des Américains ayant un revenu inférieur à 50 000 dollars par an ont voté pour lui en 2024, alors que dans le passé, ils n’étaient que 36% à voter républicain. 64 % des Américains blancs sans diplôme universitaire ont voté Donald Trump selon le Financial Times.
Le « One Big Beautiful Bill Act » signé par la Chambre des Représentants et par le Sénat au mois de juillet dernier maltraite cet électorat. Le texte réduit les dépenses de Medicaid (l’assurance maladie pour les personnes à revenu faible) et le Supplemental Nutrition Assistance Program (aide alimentaire pour les ménages les plus modestes). 8,6 millions d’Américains devraient à terme perdre leur couverture médical, Medicaid. La loi diminue les impôts en prolongeant celles qui avaient été instaurées par la Tax Cuts and Jobs Act de 2017. Les bénéficiaires de ces allégements sont essentiellement les ménages aisés. L’effet du One Big Beautiful Bill Act (OBBBA) est une hausse de 2.7% du revenu des 10 % d’Américains au revenu le plus élevé, et une baisse de 3.2 % du revenu des 10 % d’Américains à faibles revenus. Une hausse des inégalités de revenu après redistribution devrait augmentée aux Etats-Unis, sachant que celles-ci comptaient parmi le plus élevées de l’OCDE.
Les droits de douane moyens calculés sur l’ensemble des importations des Etats-Unis sont passés de 2 % au début de janvier 2025 à 17.5 % en début d’année avant que la Cour suprême remette en cause une grande partie de leur augmentation.
Selon les calculs du Budget Lab de l’Université de Yale ; l’effet sur le niveau des prix intérieurs des Etats-Unis de la hausse des droits de douane a été une augmentation des prix de 1.3 %. L’inflation sous-jacente s’élevait à 3 % en janvier 2026 et les anticipations des consommateurs concernant la hausse des prix à 12 moins dépasse désormais 5 % (source LESG Datastream). La confiance des ménages atteint un point bas inconnu depuis plus de dix ans.
Seule la richesse boursière des provoque une hausse du pouvoir d’achat depuis le début de 2025 mais celle-ci ne concerne que les ménages aisés qui possèdent des actions. Les 10 % des ménages les mieux dotés en patrimoine possédaient, en 2025, 50 % des actions et des pars de fonds de communs de placement (FCP). Ce ratio est globalement le même en prenant les 10 % des ménages ayant le plus forts revenus. Les 1 % des ménages ayant les plus forts revenus possèdent de leur côté 40 % des actions et des parts de FCP. Or, les détenteurs d’actions votent majoritairement depuis une dizaine d’années pour les candidats démocrates.
Par voie de conséquence, les ménages aux plus hauts revenus et aux patrimoines les plus élevés sont les seuls qui ont pu accroître leur consommation. Les Federal Reserve Financial Accounts montrent que du 2ème trimestre 2024 au 2ème trimestre 2025, la consommation en valeur des 10 % d’Américains au revenu le plus élevé a progressé de 18.7 % quand pour le reste de la population (90% des Américains), elle n’a augmenté que de 0.5 %.
Les chiffres publiés par le Census Bureau montrent que seuls les Américains ayant un diplôme de Bachelor (bac + 4) ou un diplôme supérieur au Bachelor ont bénéficié d’une hausse de leur revenu depuis 2017. En 2025, un titulaire d’un bachelor ou d’un diplôme supérieur a vu son salaire augmenter de 2,5 %, un Américain ayant fini la high school (lycée), de 0,5 %, un Américain n’ayant pas fini la high-shool de 0,1 % (US Bureau of Labor Statistics).
Donald Trump depuis le début de son second mandat mène une politique qui pénalise son électorat. Pour le moment, la réindustrialisation reste un mirage, le déficit commercial s’étant aggravé en 2025 ; le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes baisse et les inégalités augmentent. Symbole de ce monde à deux vitesses, les places de concert s’envolent. Le prix des places des concerts de Lady Gaga peuvent ainsi atteindre plus de 6000 dollars. Le risque d’une sanction électorale est, pour les élections de mi-mandat, donc en l’état probable.
Les dilemmes de la Banque centrale européenne
L’élaboration d’une politique monétaire est, pour les banques centrales, un art de précision. Elles doivent tenir de facteurs internes et externes et elles sont soumises à des pressions contradictoires. Pour la zone euro, la complexité est accrue par l’absence d’Etat fédéral et des différences économiques et sociale entre les Etats membres. La Banque centrale européenne est en ce début d’année confrontée à une divergence des taux d’inflation entre les Etats membres et entre les différents secteurs de l’économie.
L’hétérogénéité de l’inflation entre les différents biens et services a probablement l’effet d’empêcher une baisse des taux d’intérêt, avec l’importance de l’inflation dans les services. Au contraire, l’hétérogénéité de l’inflation entre les différents pays peut pousser la BCE à baisser les taux d’intérêt pour éviter de plonger les pays à inflation faible dans une déflation
Pour ses décisions de politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) se fonde sur l’inflation globale, calculée sur l’ensemble des biens et des services et des pays de la zone euro. En janvier, cette inflation s’élève à 1,7 %, ce qui laisse normalement à la BCE une marge de manœuvre pour baisser ses taux d’intérêt (le taux de dépôt étant de 2 %). Or, le taux d’inflation cache une grande hétérogénéité. Ainsi, l’inflations sous-jacente (hors énergie et alimentation) est de 2,2 %, les prix de l’énergie baissant de 4,2 % sur un an. De leur côté, les prix des produits industriels n’ont augmenté que de 0,4 %. En revanche, ceux des services progressent de 3,2 %. Depuis 2024, les prix des services et de produits industriels divergent avec un écart qui atteint désormais plus de deux points. Les prix des produits industriels sont tirés vers le bas par la concurrence étrangère, par la faible activité dans l’industrie manufacturière de la zone euro et par l’appréciation de l’euro. Les prix des services sont tirés vers le haut par la croissance du salaire par tête, par une demande en hausse en lien avec le vieillissement démographique et par l’absence de gains de productivité.
Au sein de la zone euro, le salaire nominal progresse de 4 % par an du fait des pénuries de main d’œuvre favorisées par le vieillissement démographique. La productivité décline en Europe depuis 2017.
L’inflation évolue différemment selon les pays. En janvier, le taux d’inflation était, en rythme annuel de 0,4 % en France, de 1,0 % en Italie, de 2 ,1 % en Allemagne et de 2,5 % en Espagne. La France enregistre depuis près d’un an une faible inflation du fait de la modération salariale et d’une activité atone dans les services.
Les écarts de hausse des prix entre les biens et services, les prix des services augmentant nettement plus vite que ceux des produits industriels, peuvent inciter la BCE à renoncer à une nouvelle baisse de ses taux directeurs. Les écarts d’inflation entre les pays peuvent au contraire inciter la BCE à baisser ses taux d’intérêt, pour éviter que les pays où l’inflation est basse entrent en déflation en raison du niveau élevé des taux d’intérêt réels. En France, le taux d’intérêt réel atteint 3 points ce qui est élevé et pèse sur l’investissement et qui pénalise les finances publiques. La BCE doit, en outre, prendre en compte l’évolution de la politique monétaire américaine. Même si officiellement, elle n’intègre pas l’évolution taux de change de l’euro pour l’élaboration de sa politique monétaire, elle ne peut pas l’ignorer. La baisse des taux directeurs américains et les errements de la politique de Donald Trump ont provoqué depuis un an, l’appréciation de l’euro de plus de 13 %. Un euro fort favorise la baisse de l’inflation ce qui augmente et peu pénaliser les exportations. De nouvelles baisses des taux de la FED pourrait conduire la BCE à pratiquer de même.


