25 avril 2026

Tendances – magnats – dollar – impôts

Le retour des magnats

La planète du numérique et, plus particulièrement, de l’intelligence artificielle, tourne autour de cinq grandes entreprises dirigées par des personnalités exerçant une influence sans précédent, tant sur le plan économique que politique. ChatGPT, exploité par OpenAI de Sam Altman, compte plus de 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires. Anthropic, dirigée par Dario Amodei, a mis au point un modèle d’IA si performant en matière de piratage qu’il a suscité l’inquiétude des décideurs publics. Demis Hassabis, à la tête des activités d’IA de Google, a reçu un prix Nobel pour ses travaux scientifiques. Elon Musk, qui dirige notamment xAI, est l’homme le plus riche du monde. Quant à Mark Zuckerberg, son groupe Meta a développé la famille de modèles open source la plus utilisée en Occident et consacre des sommes exponentielles au recrutement de chercheurs en IA afin de rattraper la frontière technologique. D’une manière très concrète, ces cinq hommes et, plus largement, leurs entreprises sont devenus incontournables. L’armée américaine utilise déjà leurs outils d’intelligence artificielle, certains de ces dirigeants (MM. Altman et Musk) y étant plus favorables que d’autres (M. Amodei). Certains économistes estiment que l’IA finira par démultiplier la croissance économique ; d’autres redoutent qu’elle ne mette des millions de personnes au chômage. Beaucoup craignent même qu’elle ne conduise à la disparition de l’humanité. Depuis la fission de l’atome, aucune innovation technologique n’avait suscité de tels espoirs et de telles angoisses.

Dans le passé, les grandes innovations ont été développées, au départ, par quelques entreprises possédées par des dirigeants qui ont alors accumulé un pouvoir considérable. Le pétrole a démultiplié les capacités de production. L’acier a rendu possible la construction d’immeubles toujours plus élevés. L’automobile a contribué à l’avènement de la consommation de masse. La banque de détail a généralisé le crédit. Les microprocesseurs ont accru la productivité dans les activités de bureau.

Le progrès technologique résulte, en effet, des efforts conjoints de millions d’individus. Personne n’a, à lui seul, inventé l’acier ou développé Internet. Pourtant, une poignée d’acteurs capte l’essentiel des retombées de ces efforts collectifs. L’hostilité envers les dirigeants qui tirent profit des innovations technologiques majeures n’est pas nouvelle. Dans le passé, les maîtres de forge, les pétroliers ou les créateurs d’entreprises automobiles furent bien souvent critiqués. Ils sont accusés d’avoir bénéficié d’un concours de circonstances favorable et d’exploiter le reste de la société.

Pour autant, ces dirigeants, par leur force d’entraînement, ont modifié le cours de l’histoire économique. Une étude publiée en 2023 par Shari Eli (Université de Toronto), citée par The Economist, souligne que le développement de la Ford Model T — lancée en 1908 à un prix bien inférieur à celui des modèles existants — explique en grande partie l’adoption massive de l’automobile aux États-Unis. Une autre étude, publiée l’an dernier par Ufuk Akcigit (Université de Chicago), met en évidence le rôle essentiel des « entrepreneurs transformateurs » dans la conversion des inventions en croissance économique durable. En somme, la prospérité suppose l’existence de magnats.

Afin de comparer les figures actuelles de l’IA aux grands capitaines d’industrie du passé, The Economist a analysé onze vagues technologiques aux États-Unis sur les 150 dernières années, du chemin de fer à Internet. Pour chacune d’entre elles, cinq personnalités clés ont été retenues, en fonction de leur rôle dans le contrôle, la diffusion et la popularisation de la technologie. Leur pouvoir a été mesuré à partir du chiffre d’affaires, de l’emploi et de la valorisation de leurs entreprises à leur apogée, ainsi que d’une évaluation qualitative du degré de contrôle exercé par ces dirigeants et de leur fortune personnelle. La richesse seule ne suffit pas à mesurer le pouvoir. Au sommet de sa puissance, la fortune de John D. Rockefeller représentait environ 1,5 % du PIB américain. Elon Musk pourrait aujourd’hui être encore plus riche, selon certaines méthodes de calcul. Néanmoins, selon ce classement, Henry Ford demeure le dirigeant d’entreprise le plus puissant que les États-Unis aient connu. Son entreprise employait, à son apogée, environ 0,15 % de la population américaine. En 1917, plus de 40 % des voitures en circulation aux États-Unis étaient des Model T. Les ouvriers de Ford étaient suffisamment rémunérés — le fameux salaire de 5 dollars par jour — pour pouvoir acheter les véhicules qu’ils produisaient.

Au sein du classement de The Economist, parmi les personnalités ayant changé le monde économique figurent notamment Cornelius Vanderbilt (chemins de fer), Andrew Carnegie (acier) ou Alfred P. Sloan (General Motors). Deux responsables encore vivants sont classés dans les dix premiers : Jeff Bezos (4ᵉ) et Elon Musk (8ᵉ). Ce dernier doit davantage sa place à Tesla et SpaceX qu’à l’IA. Mark Zuckerberg arrive en onzième position, principalement en raison de la domination de Meta dans les réseaux sociaux. A contrario, Sam Altman, Dario Amodei et Demis Hassabis — dont le pouvoir est plus directement lié à l’IA — se situent dans la moitié inférieure du classement. La conception des modèles repose sur un nombre restreint de chercheurs et sur une puissance de calcul considérable, ce qui limite les effectifs. Aucun des trois ne dispose non plus d’un contrôle comparable à celui de Ford ou Vanderbilt sur leur entreprise.

L’étude des dirigeants au fil de l’histoire fait apparaître leur caractère clivant. Ford diffusait des idées antisémites ; Rockefeller était obsédé par l’économie ; Vanderbilt consultait des médiums ; J.P. Morgan avait recours à l’astrologie ; Edison méprisait le sommeil ; Steve Jobs suivait des régimes extrêmes. Les innovations portées par ces dirigeants hors du commun ont, en règle générale, suscité des peurs physiques : les trains semblaient dangereux, tout comme les avions ; le pétrole comportait des risques, les voitures tuaient. D’autres dangers étaient financiers : les investissements excessifs dans les chemins de fer ont provoqué des crises, tout comme l’expansion du crédit bancaire. L’automatisation a également été accusée de détruire des emplois.

Tous les grands chefs d’entreprise ont entretenu des relations complexes avec l’État. Ils ont suscité à la fois admiration et crainte. Ils ont pu influencer des responsables politiques, mais aussi faire face à leur hostilité. Aux États-Unis, les autorités ont pris des mesures pour lutter contre les monopoles. En 1911, la Standard Oil a ainsi été démantelée lors de Standard Oil breakup. Dans les années 1970, les deux géants des télécommunications ITT et AT&T ont été contraints de se scinder. Plus récemment, Microsoft a dû faire face à de multiples plaintes pour abus de position dominante. En France, les très grands chefs d’entreprise sont fréquemment pris à partie en raison de leur richesse et de leurs revenus. Le PDG de LVMH, Bernard Arnault, peut être sollicité pour la reconstruction de Notre-Dame et conspué pour les avantages fiscaux dont il pourrait bénéficier.

L’histoire économique invite à la prudence dans les jugements hâtifs. Les magnats d’hier furent tour à tour admirés, redoutés puis régulés, sans pour autant que leur rôle dans la diffusion du progrès soit remis en cause. Les entrepreneurs de l’intelligence artificielle s’inscrivent dans cette continuité, tout en introduisant une rupture : jamais une technologie n’avait concentré un tel pouvoir cognitif entre les mains d’un si petit nombre d’acteurs. Dès lors, la question n’est pas tant de savoir s’il faut freiner ces nouveaux titans que de déterminer les conditions dans lesquelles leur puissance pourra être canalisée au service de l’intérêt général. Entre promesse de prospérité et risque de dépossession collective, l’intelligence artificielle ne signe pas la fin des magnats ; elle en redéfinit les contours et, sans doute, les responsabilités.

Les baisses d’impôt : populaires mais inefficaces ?

Dans de nombreux pays, les responsables politiques promettent des diminutions d’impôts malgré des déficits publics élevés. Dans les années 1980, la réduction des prélèvements obligatoires répondait à un objectif de dynamisation de l’économie. La courbe de Laffer, souvent mise en avant, permettait de justifier qu’une baisse des impôts pouvait générer des recettes publiques supplémentaires grâce à son effet positif sur l’activité. Dans les années 2020, les promesses sont de nature plus populiste. Elles visent avant tout à gagner les élections.

Aux États-Unis, l’un des pays de l’OCDE où les prélèvements figurent parmi les plus faibles et où, à l’inverse, le déficit est l’un des plus élevés, Républicains comme Démocrates font preuve d’une imagination sans limite pour proposer des baisses d’impôts. En 2026, de nombreux Américains, surtout les plus riches, ont bénéficié d’importants remboursements liés à la « Big, Beautiful Bill » de Donald Trump, financée par des milliers de milliards de dollars de déficit. Souhaitant ne pas être en reste, deux sénateurs démocrates, Cory Booker et Chris Van Hollen, ont présenté leurs propres projets qui, s’ils étaient appliqués, conduiraient à ce qu’environ 55 % des contribuables ne paient plus d’impôt fédéral sur le revenu.

Sans surprise, ces propositions rencontrent un large soutien dans l’opinion. Les États fédérés multiplient les exonérations de taxe foncière, notamment pour les personnes âgées. En France, ces dernières années, les autorités ont supprimé la taxe d’habitation sur la résidence principale et la redevance audiovisuelle. Aux États-Unis, le débat fiscal se focalise sur la taxation des produits importés et sur celle des plus riches, les Républicains défendant la première et les Démocrates la seconde. En France, la discussion des lois de finances tourne de plus en plus autour de la taxation des patrimoines les plus importants. L’instauration d’une taxe dite « Zucman » de 2 % sur la valeur du patrimoine dépassant 50 millions d’euros figure ainsi au programme de plusieurs partis de gauche. En Californie, les Démocrates proposent un impôt sur la fortune de 5 % pour les milliardaires.

Le pointillisme fiscal est particulièrement dangereux. Un bon impôt est celui qui dispose d’une assiette large et de taux faibles. Or, les gouvernements multiplient les niches et les taxes frappant un nombre limité de contribuables. Les effets négatifs sont importants. Le premier est la recherche permanente de l’optimisation fiscale. Les contribuables les plus aisés tentent d’échapper aux taxes en jouant sur la complexité du système, voire en optant pour l’expatriation. Les gouvernements sont bien souvent contraints de pratiquer le « en même temps » : ils augmentent la fiscalité tout en créant des dérogations pour en atténuer les effets, rendant le système illisible. En France, toutes les taxes créées ces dernières années ont eu un rendement inférieur aux attentes.

La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), destinée à assurer une imposition minimale de 20 % pour certains très hauts revenus, prévue par la loi de finances pour 2025, devait rapporter 1,9 milliard d’euros. Or, le produit n’a pas dépassé 500 millions d’euros. La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, due par les sociétés soumises à l’IS réalisant plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, a rapporté 7 milliards d’euros, contre 8 milliards initialement prévus. Ces gains fiscaux peuvent masquer des manques à gagner indirects, notamment en raison d’un recul de l’investissement.

Les politiques fiscales menées par les États-Unis, le Royaume-Uni ou la France n’ont pas permis de réduire les déficits publics. Celui des États-Unis pourrait dépasser 7 % du PIB en 2026, quand celui de la France est proche de 5 %. Les promesses qui se multiplient à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, comme celles qui ne manqueront pas d’être formulées en France dans le cadre de la campagne présidentielle, risquent de dégrader encore la situation financière de ces pays. Lors des réunions de printemps du FMI à Washington cette semaine, certains économistes ne s’interrogeaient plus sur la probabilité, mais sur le moment d’un ajustement brutal du marché obligataire américain, comparable à celui survenu au Royaume-Uni sous Liz Truss. La France pourrait, après 2027, être confrontée au même risque.

Les baisses d’impôt sont-elles populaires dans la durée ? Rien n’est moins sûr. Leurs auteurs sont rarement récompensés lors des élections. Les réductions fiscales du premier mandat de Donald Trump ne l’ont pas empêché de perdre l’élection de 2020. Sa popularité décline en 2026 malgré la multiplication des remboursements fiscaux. En 2002, Lionel Jospin n’a pas réussi à franchir le premier tour de l’élection présidentielle, malgré un allégement de l’impôt sur le revenu en 2001. De même, il n’est guère porté au crédit d’Emmanuel Macron d’avoir supprimé la taxe d’habitation, la redevance audiovisuelle, allégé l’impôt sur le revenu, remplacé l’ISF par l’IFI et institué le prélèvement forfaitaire unique. Les ménages sont plus sensibles à l’évolution de leurs revenus réels et de l’inflation qu’aux baisses d’impôts, considérant souvent que la diminution de certains prélèvements s’accompagne de la hausse d’autres.

À force de promettre des baisses d’impôts sans en assumer le financement, les responsables publics entretiennent une illusion collective dont le coût est différé mais certain. La contrainte budgétaire, longtemps contournée par la dette, finit toujours par s’imposer. Le véritable risque n’est pas tant l’impopularité des prélèvements que le retour brutal de leur nécessité, sous la pression des marchés.

Quand le dollar vacille !

L’épisode du « Liberation Day » d’avril 2025 n’a pas provoqué la fuite des capitaux hors des États-Unis. Il a produit un phénomène plus subtil et, à bien des égards, plus significatif : une remise en cause partielle du rôle stabilisateur du dollar. Les investisseurs internationaux continuent d’acheter massivement des actifs américains, mais ils s’emploient désormais à en neutraliser le risque de change. Ce glissement marque peut-être une inflexion dans l’ordre monétaire international.

Une anomalie de marché révélatrice

Le printemps 2025 a offert aux marchés financiers une configuration rare. À la suite des annonces de droits de douane américains, les actions, les obligations souveraines et le dollar ont simultanément reculé. Dans les deux semaines ayant suivi les décisions de politique commerciale, le S&P 500 a perdu 5 %, le rendement des Treasuries à dix ans a progressé de 20 points de base pour atteindre 4,33 %, induisant une baisse de près de 1,7 % de leur valeur, tandis que le dollar se dépréciait de 3,5 % face à un panier de devises.

Ce triptyque baissier constitue une rupture. Historiquement, le dollar jouait un rôle d’amortisseur. Lorsque les actifs américains corrigeaient, la devise se renforçait, offrant aux investisseurs non-résidents une forme de « couverture naturelle ». Ce mécanisme, bien connu des gestionnaires internationaux, permettait d’absorber une partie des pertes en période de tension.

Sa disparition temporaire au printemps 2025 a mis en lumière une fragilité nouvelle : le risque dollar n’est plus automatiquement compensateur. Il redevient un risque pur.

Le paradoxe américain : une attractivité intacte

Les flux de capitaux vers les États-Unis sont restés particulièrement élevés. À la fin juillet 2025, les investisseurs non-résidents avaient acquis en net 253 milliards de dollars d’actions américaines et 356 milliards de bons du Trésor, des montants très supérieurs aux moyennes observées entre 2015 et 2024. Ce maintien des flux s’explique aisément. Les États-Unis conservent des atouts structurels difficilement réplicables :

  • un marché obligataire d’une profondeur et d’une liquidité inégalées ;
  • des rendements réels redevenus positifs après le cycle de resserrement monétaire ;
  • une domination technologique, incarnée par les grandes capitalisations liées à l’intelligence artificielle ;
  • l’absence d’alternative crédible à l’échelle mondiale.

L’Europe ne dispose pas d’un actif obligataire fédéral de référence comparable aux Treasuries. Le Japon reste un marché étroit et contraint par sa politique monétaire. La Chine, malgré son poids économique, pâtit d’un déficit de confiance institutionnelle et de restrictions financières persistantes. L’Amérique demeure, par défaut autant que par choix, le cœur du système financier mondial.

Le dollar, pivot du système international

Cette centralité des États-Unis se reflète dans le rôle du dollar. Celui-ci reste, de très loin, la principale monnaie internationale, à trois niveaux essentiels. Selon le FMI (COFER), le dollar représente encore près de 58 % des réserves de change mondiales en 2025, contre environ 20 % pour l’euro et moins de 3 % pour le renminbi.

Entre 45 % et 50 % des échanges internationaux de biens sont facturés en dollars, une proportion très supérieure à la part des États-Unis dans le commerce mondial (environ 10 %). Le dollar intervient dans près de 90 % des transactions de change (statistiques BIS), et plus de 60 % de la dette internationale est libellée dans cette devise. Les marchés obligataires, les produits dérivés, les financements bancaires internationaux restent structurés autour du billet vert. Ce triptyque — réserve, transaction, financement — constitue le socle du « privilège exorbitant » du dollar américain. Il confère aux États-Unis une capacité unique à attirer l’épargne mondiale et à financer leurs déficits à des conditions favorables.

De la confiance implicite à la gestion active du risque

Depuis le début de l’année 2025, les investisseurs internationaux ne remettent pas en cause la centralité du dollar ; ils modifient leur manière de l’utiliser. Face à l’affaiblissement de la « couverture naturelle », ils ont accru leurs stratégies de couverture de change. Les investisseurs institutionnels danois ont ainsi porté leur taux de couverture des actifs en dollars d’environ 60 % à plus de 70 % en 2025. Les grands fonds de pension australiens, gérant près de 2 800 milliards de dollars d’actifs, ont suivi une trajectoire similaire.

Pendant longtemps, la détention d’actifs américains pouvait s’accompagner d’un risque de change assumé, car implicitement compensé. Désormais, ce risque fait l’objet d’une gestion active. Les instruments utilisés — notamment les swaps de change — ont vu leur coût évoluer. Le cross-currency basis, indicateur clé du coût de couverture, s’est fortement dégradé après avril 2025, traduisant une demande accrue de protection contre une baisse du dollar.

Ce phénomène produit un effet en chaîne : les institutions financières qui vendent ces couvertures doivent elles-mêmes se protéger en vendant du dollar au comptant, accentuant ainsi sa dépréciation. Le dollar peut donc baisser non pas parce qu’il est délaissé, mais parce qu’il est davantage couvert.

Une fragilité politique plus que financière

La question n’est pas celle d’un affaiblissement économique des États-Unis. Elle est d’abord politique. Les annonces tarifaires de 2025 ont introduit une incertitude nouvelle sur la cohérence de la politique américaine. Or, la stabilité du dollar repose autant sur la crédibilité institutionnelle que sur la puissance économique. Le système monétaire international est, par nature, fondé sur la confiance. Quand celle-ci se fissure, même marginalement, les ajustements ne passent pas nécessairement par des ventes d’actifs, mais par des stratégies de protection.

Vers un dollar moins spontané, mais toujours dominant

Le déclin du dollar maintes fois annoncé aura-t-il lieu ? Rien ne permet de l’affirmer à ce stade. Les inerties sont considérables. La domination du billet vert repose sur des réseaux, des infrastructures financières et des habitudes contractuelles qui ne se modifient qu’à très long terme. En revanche, une évolution est perceptible : le dollar n’est plus un stabilisateur automatique. Il devient une variable de risque parmi d’autres.

Cette transformation est silencieuse, mais elle pourrait entraîner des conséquences durables. Si les stratégies de couverture se généralisent, la demande structurelle de dollars non couverts pourrait diminuer, rendant la devise plus sensible aux chocs politiques et géopolitiques.

La fin de l’évidence monétaire

L’épisode du « Liberation Day » ne signe pas la fin du règne du dollar. Il marque la fin de son infaillibilité qui avait été déjà écornée en 2008 lors de la crise financière. e monde continue d’acheter des actifs américains parce qu’il n’a pas d’alternative équivalente, mais il ne les détient plus avec la même insouciance monétaire. Le dollar reste le centre du système mais il n’en est plus, totalement, l’assurance totale.